Martha Hyer

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Biographie

Martha Hyer, née le 10 août 1924 à Fort Worth, au Texas, et morte le 31 mai 2014 à Santa Fe, au Nouveau-Mexique, est une actrice et scénariste américaine. Figure familière du Hollywood des années 1950 et 1960, elle s’est souvent spécialisée dans les femmes élégantes, cultivées ou issues de la haute société. Elle reste surtout connue pour Sabrina de Billy Wilder et pour Gwen French dans Some Came Running (Comme un torrent), rôle qui lui vaut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

Du Texas à Northwestern

Martha Hyer grandit à Fort Worth dans une famille aisée. Son père, Julien Capers Hyer, est avocat et juge ; il participe après la Seconde Guerre mondiale aux travaux judiciaires liés aux procès de Nuremberg. Martha est l’une de trois filles. Elle termine ses études secondaires à Arlington Heights High School avant d’intégrer la Northwestern University, dans l’Illinois, où elle étudie le théâtre et l’expression orale.

À Northwestern, elle appartient à la sororité Pi Beta Phi, comme Patricia Neal. Après son diplôme, elle gagne la Californie et poursuit sa formation au Pasadena Playhouse, institution qui sert alors de pépinière à de nombreux acteurs destinés aux studios hollywoodiens. Après des tentatives infructueuses auprès de Paramount et de 20th Century Fox, elle décroche finalement un contrat avec RKO en 1946.

Des petits rôles à Sabrina

Ses débuts à Hollywood sont modestes. Elle apparaît sans être créditée dans The Locket en 1946, puis enchaîne pendant plusieurs années les petits rôles, notamment dans des westerns et des productions de série B. Sa filmographie s’étoffe progressivement avec Born to Kill, The Woman on the Beach, Roughshod ou encore The Lawless.

Le début des années 1950 marque une nette progression. Elle joue dans So Big de Robert Wise en 1953, puis dans Abbott and Costello Go to Mars, Wyoming Renegades, The Battle of Rogue River et la comédie musicale Lucky Me avec Doris Day.

En 1954, Billy Wilder lui confie Elizabeth Tyson dans Sabrina. Son personnage est la jeune femme fortunée à laquelle David Larrabee, joué par William Holden, est promis avant que celui-ci ne s’éprenne de Sabrina, incarnée par Audrey Hepburn. Le rôle reste secondaire, mais la visibilité du film contribue fortement à installer Hyer parmi les actrices recherchées pour des personnages sophistiqués.

Elle poursuit avec Francis in the Navy face à Donald O’Connor, Battle Hymn avec Rock Hudson et Mister Cory de Blake Edwards avec Tony Curtis. Dans la version de 1957 de My Man Godfrey, elle reprend le personnage de Cornelia Bullock face à David Niven et June Allyson.

Gwen French dans Some Came Running

Le sommet critique de sa carrière arrive en 1958 avec Some Came Running de Vincente Minnelli, adapté du roman de James Jones. Frank Sinatra y incarne Dave Hirsh, ancien soldat et écrivain revenu dans sa ville natale de l’Indiana. Martha Hyer joue Gwen French, enseignante de littérature cultivée dont Dave tombe amoureux. Shirley MacLaine interprète Ginny Moorhead et Dean Martin le joueur professionnel Bama Dillert.

Le personnage de Gwen correspond particulièrement bien à l’image cinématographique de Hyer : élégante, réservée, intellectuelle et socialement respectable, mais émotionnellement beaucoup plus ambivalente qu’elle ne le laisse paraître. Son opposition avec la vulnérable Ginny de Shirley MacLaine constitue l’un des principaux axes sentimentaux du film.

La prestation de Hyer lui vaut sa seule nomination aux Oscars. Lors de la cérémonie récompensant les films de 1958, elle est nommée à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle aux côtés de Peggy Cass, Maureen Stapleton, Cara Williams et Wendy Hiller ; cette dernière remporte le prix pour Separate Tables. Some Came Running reçoit cinq nominations au total, dont celles de Shirley MacLaine et Arthur Kennedy.

Cary Grant, Joan Crawford et les grandes productions

Autour de Some Came Running, Hyer connaît l’une des périodes les plus actives de sa carrière. En 1958, elle apparaît dans Houseboat avec Cary Grant et Sophia Loren, ainsi que dans Paris Holiday avec Bob Hope.

En 1959, elle joue Herodias dans The Big Fisherman de Frank Borzage, grande fresque biblique avec Howard Keel, puis Barbara Lamont dans The Best of Everything, drame consacré à plusieurs jeunes femmes travaillant dans une maison d’édition new-yorkaise, avec Hope Lange, Suzy Parker et Joan Crawford. L’American Film Institute confirme ces deux rôles parmi ses principaux crédits de cette période.

Le début des années 1960 la voit encore très présente : Ice Palace avec Richard Burton, The Last Time I Saw Archie avec Robert Mitchum, puis A Girl Named Tamiko en 1962 et Wives and Lovers en 1963.

The Carpetbaggers et First Men in the Moon

L’année 1964 est particulièrement chargée. Dans The Carpetbaggers (Les Ambitieux), adaptation du best-seller de Harold Robbins, elle joue Jennie Denton. Le film réunit George Peppard, Carroll Baker et Alan Ladd et devient l’une des productions les plus connues de sa filmographie tardive.

Elle apparaît également dans First Men in the Moon, adaptation du roman de H. G. Wells réalisée par Nathan Juran avec des effets spéciaux de Ray Harryhausen. Hyer y interprète Kate Callender, rôle qui la fait entrer de manière inhabituelle dans le cinéma fantastique et de science-fiction.

La même année, elle figure aussi dans Bikini Beach, signe de la variété parfois surprenante de ses emplois : la sophistication des mélodrames hollywoodiens côtoie désormais des films populaires destinés à un public beaucoup plus jeune.

Face à John Wayne dans The Sons of Katie Elder

En 1965, Henry Hathaway lui confie Mary Gordon dans The Sons of Katie Elder (Les Quatre Fils de Katie Elder), western porté par John Wayne et Dean Martin. Elle y tient le principal rôle féminin.

L’année suivante, elle apparaît dans The Chase d’Arthur Penn, avec Marlon Brando, Jane Fonda et Robert Redford, ainsi que dans The Night of the Grizzly. Elle poursuit parallèlement une activité importante à la télévision, passant notamment par The Alfred Hitchcock Hour, Bewitched, The Beverly Hillbillies et Family Affair.

À mesure que le système classique des studios décline et que les rôles de premier plan deviennent plus rares pour elle, Hyer travaille davantage dans des productions européennes, des films de genre et des séries télévisées. Son parcours illustre à cet égard une difficulté fréquente pour les actrices hollywoodiennes de sa génération : les emplois qui les avaient rendues célèbres se raréfiaient rapidement avec l’âge, bien avant qu’elles ne souhaitent nécessairement arrêter de travailler.

Le mariage avec Hal B. Wallis

Martha Hyer se marie une première fois avec le producteur et réalisateur C. Ray Stahl ; leur union se termine par un divorce. En 1966, elle épouse ensuite l’un des producteurs les plus importants de l’histoire de Hollywood, Hal B. Wallis. Celui-ci avait notamment dirigé la production chez Warner Bros. avant de devenir producteur indépendant et avait été associé à des films comme Casablanca, The Maltese Falcon et, plus tard, True Grit. Hyer et Wallis restent mariés jusqu’à la mort du producteur en 1986.

Après leur mariage, Hyer se convertit au judaïsme, religion de Wallis. Le couple soutient également Northwestern University : le campus d’Evanston possède toujours le Hal & Martha Hyer Wallis Theater, qui porte leurs noms.

Leur mariage aura aussi une conséquence inattendue sur la carrière de Hyer : après avoir pratiquement quitté les écrans, elle se met à écrire.

Scénariste secrète de Rooster Cogburn

Sa dernière apparition au cinéma est généralement donnée comme The Day of the Wolves en 1971, et sa dernière prestation télévisée intervient dans McCloud en 1974. Elle se retire alors du métier d’actrice.

Mais en 1975, son nom réapparaît indirectement dans une grande production. Hyer écrit le scénario de Rooster Cogburn (Une bible et un fusil), suite de True Grit, produite par Hal B. Wallis et réunissant John Wayne et Katharine Hepburn. Elle choisit cependant de signer sous le pseudonyme masculin « Martin Julien ». Turner Classic Movies confirme que Martin Julien était bien le pseudonyme de Martha Hyer et la crédite comme scénariste du film.

Cette contribution est particulièrement singulière : après avoir partagé l’écran avec John Wayne dans The Sons of Katie Elder, elle participe dix ans plus tard à l’écriture de l’un de ses derniers grands westerns sans que son véritable nom apparaisse au générique.

Finding My Way

En 1990, elle revient sur son parcours dans l’autobiographie Finding My Way: A Hollywood Memoir, publiée par HarperSanFrancisco/HarperCollins. Elle y raconte son enfance au Texas, ses débuts de starlette, sa carrière dans le système hollywoodien et sa vie auprès de Hal Wallis.

Après la mort de Wallis, Hyer s’installe durablement à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. Elle y mène une existence beaucoup plus retirée du monde du cinéma. Elle meurt à Santa Fe le 31 mai 2014, à l’âge de 89 ans.

Martha Hyer demeure représentative d’un type d’actrice très lié au Hollywood classique : blonde élégante, souvent distribuée comme rivale sophistiquée ou femme du monde, mais capable d’introduire fragilité et ambiguïté dans ces personnages apparemment impeccables. Sa Gwen French de Some Came Running reste l’expression la plus reconnue de ce registre, tandis que son scénario de Rooster Cogburn révèle une facette beaucoup moins connue d’une carrière qui ne s’est pas entièrement arrêtée lorsqu’elle a cessé d’apparaître devant la caméra.

Filmographie

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