Le quotidien enchanté
143 filmsIl existe une tradition française du fantastique doux qui cherche moins l'évasion que la transfiguration : regarder le réel ordinaire et y découvrir une grâce cachée, une logique secrète. Jacques Tati en avait posé les bases dans Mon oncle. Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain a donné à cette tradition son oeuvre la plus exportée, un Paris de carte postale habité par des gens qui ne demandent qu'à être heureux.
Cette veine poétique se retrouve chez Michel Gondry, dont La science des rêves transforme les émotions en architectures visuelles baroques, et chez Jaco Van Dormael, dont Le Tout Nouveau Testament envoie la fille de Dieu distribuer des révélations à ses habitants. Holy Motors de Leos Carax pousse la logique du fantastique jusqu'à l'abstraction pure.
Mais la majeure partie de cet ensemble appartient à une comédie française plus populaire, celle du décalage et de l'inadaptation : personnages qui ne rentrent dans aucune case, familles dysfonctionnelles rattrapées par la tendresse, figures marginales que la vie récompense contre toute attente. Le Grand Bain, La Famille Bélier ou Diamant brut habitent ce territoire, chacun avec son tempo propre.
Ce que ces films partagent, c'est la conviction que la vie ordinaire mérite d'être regardée de près, avec indulgence et un peu de magie.