Yorgos Lanthimos
- Réalisation
- Production
- Écriture
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 5 films |
| Récompenses | 16 nominations et 5 victoires |
Biographie
Yorgos Lanthimos, né le 27 mai 1973 à Athènes, en Grèce, est un réalisateur, scénariste et producteur dont le style singulier a profondément marqué le cinéma contemporain, notamment grâce à son approche déroutante des relations humaines, du langage et du pouvoir.
Maître d’un cinéma froid, dérangeant, souvent hilarant mais toujours profondément symbolique, Yorgos Lanthimos a réussi à s’imposer comme l’une des voix les plus originales de sa génération, passant avec agilité de l’expérimentation grecque aux grandes scènes de festivals internationaux… sans jamais lisser ses idées.
Son œuvre interroge des thèmes fondamentaux, l’amour, la violence, la norme, la famille, l’institution, le libre arbitre, en les décortiquant à travers des mises en scène volontairement artificielles, où le malaise devient presque un outil narratif. Chez Yorgos Lanthimos, rien n’est jamais naturel, et c’est précisément ce qui rend ses films si fascinants.
Les débuts grecs : un langage visuel déjà perturbant
Avant de devenir une figure incontournable du cinéma d’auteur, Yorgos Lanthimos débute sa carrière dans la publicité, le clip et le théâtre expérimental. Son passage par des formes très codifiées influence durablement son esthétique : plans froids, dialogues mécaniques, silences pesants. Ces choix deviendront des signatures.
Son premier long métrage marquant, Kinetta (2005), reste confidentiel, mais pose les bases de son style. C’est surtout avec Kynodontas (Dogtooth, 2009) qu’il émerge sur la scène internationale. Ce huis clos familial, dans lequel des parents élèvent leurs enfants dans un isolement radical en les coupant du monde extérieur, déploie une violence froide et absurde, soulignée par des dialogues détachés et un humour glaçant. Le film remporte le prix Un Certain Regard à Cannes, et est nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.
À partir de là, Yorgos Lanthimos est catalogué — non sans raison — comme un spécialiste du malaise intelligent, de ces récits où l’étrangeté des comportements humains met en lumière l’absurdité des conventions.
L’internationale de l’absurde : The Lobster et The Killing of a Sacred Deer
En 2015, Yorgos Lanthimos signe The Lobster, son premier film en anglais, avec Colin Farrell, Rachel Weisz et Léa Seydoux. Dans une société dystopique où les célibataires sont transformés en animaux s’ils ne trouvent pas de partenaire, il pousse jusqu’à l’extrême les logiques sociales de l’amour et du couple. L’univers est délibérément rigide, l’humour noir omniprésent, et les dialogues monotones deviennent des vecteurs de satire.
Le film séduit la critique pour sa précision conceptuelle, sa noirceur clinique et son second degré ravageur. Il reçoit le Prix du jury à Cannes et confirme la place de Yorgos Lanthimos parmi les auteurs les plus singuliers du moment.
Il enchaîne avec The Killing of a Sacred Deer (2017), une tragédie glaçante inspirée du mythe d’Iphigénie, où l’on retrouve Colin Farrell et Nicole Kidman. Froid, chirurgical, presque abstrait, le film fait de l’étrangeté un instrument de tension constante. Là où The Lobster provoquait le rire par l’absurde, Sacred Deer installe le spectateur dans un inconfort radical, en jouant sur la logique implacable de la punition divine.
The Favourite : baroque, pouvoir et venin
Avec The Favourite (2018), Yorgos Lanthimos surprend en changeant de registre... en apparence seulement. Le film, qui retrace la rivalité entre deux courtisanes (interprétées par Emma Stone et Rachel Weisz) autour de la reine Anne (Olivia Colman), pourrait être une relecture du film en costumes. Mais il en fait une œuvre satirique, cruelle, sensuelle et tragique, où les luttes de pouvoir se jouent à coups de phrases assassines et de regards moqueurs.
La mise en scène reste identifiable : grands angles déformants, lumière naturelle brutale, rythme décalé. Mais cette fois, le scénario est coécrit par une autre plume (Deborah Davis), et Yorgos Lanthimos se concentre sur la direction d’acteurs, qu’il pousse vers une forme d’exagération théâtrale, entre comédie noire et mélodrame politique.
The Favourite est son plus grand succès critique et commercial à ce jour. Il récolte 10 nominations aux Oscars, dont celle du meilleur réalisateur, et permet à Olivia Colman de décrocher la statuette. C’est aussi le film qui démontre que Yorgos Lanthimos peut adapter son style tout en restant totalement lui-même.
Un cinéma du contrôle, du silence et de la rupture
Le travail de Yorgos Lanthimos est souvent comparé à celui de Michael Haneke ou Stanley Kubrick, pour sa froideur apparente, sa distance clinique et sa mise en scène ultra-maîtrisée. Mais là où Haneke dissèque la violence avec un sérieux implacable, Lanthimos y insuffle une absurdité volontaire, un humour très noir, presque enfantin, qui fait rire autant qu’il met mal à l’aise.
Son esthétique repose sur des dialogues délibérément plats, des comportements mécaniques, une absence d’émotion apparente, qui contrastent violemment avec la brutalité des situations. Ce décalage est la clé de son cinéma : l’humain devient étrange par sa normalité.
Il ne cherche jamais à rassurer. Il met en lumière les mécanismes sociaux, les hypocrisies, les jeux de domination et les impasses affectives, sans fournir de morale ni de solution. Un cinéma du constat, de la faille, du vertige.
Filmographie
5 sur 5 films