William Friedkin

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Détails

Âge
Nationalité
Filmographie 11 films
Récompenses 5 nominations et 2 victoires

Biographie

William Friedkin, né le 29 août 1935 à Chicago (États-Unis) et décédé le 7 août 2023, est un réalisateur, scénariste et producteur américain connu pour avoir signé certains des films les plus marquants et dérangeants du Nouvel Hollywood. S'il reste avant tout célèbre pour The French Connection et The Exorcist, William Friedkin a construit une œuvre plus large, tendue entre ambition artistique, obsession du réalisme et fascination pour les zones grises de l’âme humaine. Ni académique, ni prévisible, il est de ces réalisateurs qui n'ont jamais cherché à plaire, mais à percuter.

Une entrée en cinéma par la télévision et le documentaire

Avant de faire trembler les salles obscures, William Friedkin a fait ses classes dans le documentaire télévisé. À la fin des années 1950, il réalise plusieurs programmes pour la télévision américaine, notamment The People vs. Paul Crump, un documentaire saisissant sur un prisonnier du couloir de la mort. Ce travail, salué pour sa rigueur et sa dimension humaine, attire rapidement l’attention des studios.

Ce passage par le réel ne sera jamais oublié dans sa manière de faire du cinéma. Dès ses premiers films de fiction, on retrouve une volonté farouche de coller au concret, à la sueur, au bruit, à la rugosité de la rue. Cette approche presque documentaire restera l’une des marques de fabrique de William Friedkin, jusque dans ses œuvres les plus spectaculaires.

The French Connection : le polar réinventé

En 1971, William Friedkin frappe un grand coup avec The French Connection. Inspiré d’une affaire réelle, ce polar sec et nerveux met en scène Gene Hackman dans le rôle du flic borderline Popeye Doyle. Tourné en grande partie en décors naturels, avec des méthodes quasi guérilla (caméra à l’épaule, lumière naturelle, acteurs au milieu de passants réels), le film impose une esthétique brute qui tranche avec les canons hollywoodiens de l’époque.

La scène de poursuite en voiture sous le métro aérien de New York devient instantanément mythique. Mais plus que l’action, c’est le ton du film qui marque : froid, désabusé, sans glorification du héros. The French Connection remporte cinq Oscars, dont meilleur film et meilleur réalisateur, propulsant William Friedkin au sommet du Nouvel Hollywood.

The Exorcist : la terreur psychologique portée à son paroxysme

Deux ans plus tard, en 1973, William Friedkin change complètement de registre, sans rien perdre de son exigence de mise en scène. Avec The Exorcist, il adapte le roman de William Peter Blatty dans une ambiance à la fois clinique et métaphysique. Le film, souvent réduit à ses scènes choquantes, est en réalité un drame sur la foi, la maternité et le doute, porté par une mise en scène d’une précision chirurgicale.

Le tournage, chaotique, alimente la légende du film. Friedkin y dirige ses acteurs avec une intensité parfois brutale, multipliant les prises, allant jusqu’à tirer à blanc pour obtenir une réaction de peur authentique, ou à secouer les comédiens pour provoquer des tremblements. Le résultat, glaçant, devient l’un des plus grands succès commerciaux de l’histoire du cinéma d’horreur et vaut au réalisateur une nouvelle nomination aux Oscars.

Une suite de projets audacieux, entre échecs critiques et œuvres cultes

Après avoir enchaîné deux chefs-d'œuvre, William Friedkin refuse de céder à la facilité. Il signe Sorcerer (1977), remake très personnel du Salaire de la peur, avec une tension constante, des décors hostiles et une bande originale lancinante de Tangerine Dream. Malgré une production ambitieuse, le film est un échec à sa sortie, éclipsé par un petit film spatial sorti la même année (Star Wars, pour ne pas le nommer).

Cet échec ne freine pas son audace, mais lui fait perdre la faveur des studios. Les années 80 et 90 sont marquées par une alternance de thrillers et de films plus confidentiels, comme To Live and Die in L.A. (1985), polar urbain très stylisé, ou Bug (2006), huis clos paranoïaque sur fond de conspiration et de folie. Autant de films qui témoignent d’un cinéaste obsédé par la tension, le doute, l’instabilité psychologique et morale.

Un réalisateur controversé, entier et sans compromis

William Friedkin n’a jamais été un réalisateur facile. Ses méthodes de travail, parfois musclées, ses déclarations abruptes et sa volonté de tout contrôler ont souvent suscité tensions et controverses. Mais c’est aussi ce tempérament qui a nourri la radicalité de son œuvre. Il ne cherchait pas le consensus, mais l’impact. Il a lui-même souvent déclaré qu’il voulait que ses films soient ressentis physiquement par le spectateur, comme un choc.

Cette posture radicale lui a parfois coûté cher en termes de carrière, mais elle lui a aussi valu un immense respect, notamment chez les cinéastes contemporains. Plusieurs réalisateurs, de Quentin Tarantino à William Friedkin lui-même (il n’était pas le dernier à s’auto-citer en interview), ont reconnu l’influence de son style nerveux, de sa gestion du suspense et de son goût pour le chaos maîtrisé.

Un héritage durable dans le cinéma de genre et au-delà

Aujourd’hui encore, l’empreinte de William Friedkin se fait sentir, surtout dans le cinéma de genre. Ses films continuent d’être étudiés pour leur mise en scène tendue, leur traitement du réel et leur capacité à explorer la noirceur humaine sans filtres. Il n’a peut-être pas tourné autant que ses contemporains, mais chacun de ses films, même les moins connus, porte cette volonté de déranger, de gratter là où ça fait mal.

Jusqu’à la fin de sa vie, William Friedkin est resté passionné par son art. Il a donné de nombreuses interviews, souvent tranchantes, où il revenait sans langue de bois sur Hollywood, sur la peur, sur Dieu, sur la violence. Un cinéaste qui, en définitive, n’a jamais cessé de questionner ce qu’on regarde… et pourquoi on le regarde.

Filmographie

11 sur 11 films

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