Walter Salles

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Détails

Âge
Nationalité
Filmographie 5 films
Récompenses 7 nominations et 4 victoires

Biographie

Walter Moreira Salles Júnior, plus connu sous le nom de Walter Salles, est né le 12 avril 1956 à Rio de Janeiro, au Brésil. Réalisateur, scénariste et producteur, Walter Salles s’est imposé comme l’un des grands noms du cinéma latino-américain contemporain, avec une œuvre profondément humaniste, souvent centrée sur des personnages en quête d’identité, de liens ou de racines.

Explorateur des marges, il a fait du voyage son motif central, autant dans le sens géographique qu’existentiel.

Cinéaste de la douceur rugueuse, il préfère les silences éloquents aux dialogues superflus, les visages fatigués aux effets spéciaux, et la lenteur au spectaculaire. Une esthétique patiemment construite, entre réalisme social et poésie visuelle.

Des débuts entre documentaire et fiction

Issu d’une famille influente du milieu culturel et bancaire brésilien (son père, Walter Moreira Salles, fut diplomate et banquier, mais aussi mécène), Walter Salles suit des études de cinéma à Paris, à la Sorbonne. Il débute sa carrière dans le documentaire, ce qui imprègnera durablement son approche du cinéma : attention portée aux détails du réel, regard respectueux sur les gens ordinaires, et volonté d’explorer des territoires peu représentés à l’écran.

Il réalise ses premiers longs-métrages dans les années 1990, mais c’est avec Terre lointaine (Terra Estrangeira, 1995), co-réalisé avec Daniela Thomas, qu’il se fait remarquer à l’international. Ce film en noir et blanc, à la croisée du drame intime et du road movie, marque les débuts de son style : une caméra en mouvement, des personnages déracinés, et une musique discrète mais poignante.

Central do Brasil : la consécration internationale

En 1998, Walter Salles signe son œuvre la plus emblématique : Central do Brasil. Le film suit la relation entre une ancienne institutrice, Dora (interprétée par la remarquable Fernanda Montenegro), et un jeune garçon à la recherche de son père. Ce duo improbable traverse le Brésil en train, en bus, à pied, dans un voyage initiatique où chaque arrêt est un morceau de pays, de mémoire, d’humanité.

Le film est un succès critique majeur, remportant l’Ours d’or à Berlin, un Golden Globe, et une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger. Mais au-delà des prix, Central do Brasil touche par sa simplicité désarmante. À travers une narration épurée et une mise en scène sensible, Walter Salles capte l’essence du Brésil profond, celui des visages oubliés, des lettres jamais lues, des rencontres imprévues.

Le film ancre définitivement Walter Salles comme l’un des cinéastes les plus importants de son pays, capable de faire rayonner un récit local dans une dimension universelle.

Carnets de voyage, entre mythe révolutionnaire et éveil intime

En 2004, Walter Salles passe à la vitesse supérieure avec Carnets de voyage (The Motorcycle Diaries), une coproduction internationale qui retrace un moment méconnu de la vie de Che Guevara, avant qu’il ne devienne l’icône révolutionnaire que l’on connaît. Interprété par Gael García Bernal, le jeune Ernesto Guevara sillonne l’Amérique du Sud à moto avec son ami Alberto Granado. Ce périple le confronte à l’injustice sociale, à la pauvreté, mais aussi à la beauté brute des paysages sud-américains.

Avec une mise en scène contemplative et un attachement constant à la dimension humaine, Walter Salles évite la glorification historique ou politique. Il préfère montrer un homme en devenir, touché par les gens qu’il rencontre. Le film est salué pour sa sobriété, sa poésie visuelle et son approche sincère d’un personnage souvent réduit à son image militante.

C’est peut-être le plus grand talent de Walter Salles : raconter la politique sans en faire un discours.

Une incursion à Hollywood sans renier sa voix

En 2012, Walter Salles adapte Sur la route (On the Road), le roman culte de Jack Kerouac, projet longtemps jugé infilmable. Le film, avec Garrett Hedlund, Kristen Stewart et Sam Riley, se veut fidèle à l’esprit du livre, plus qu’à sa lettre. La critique est partagée, mais le film révèle une nouvelle fois la capacité du cinéaste à filmer le mouvement comme révélateur intérieur, et à accompagner ses personnages vers eux-mêmes à travers leurs dérives physiques.

Même dans ce projet plus américanisé, Walter Salles ne cède pas à la tentation du clinquant. Il conserve son goût pour l’observation, le tempo lent, les errances chargées de sens. Un parti pris qui peut déconcerter, mais qui témoigne d’une cohérence artistique forte, rare dans le cadre d’une adaptation aussi attendue.

Producteur, passeur, et figure du cinéma latino-américain

Au-delà de ses propres films, Walter Salles s’investit aussi comme producteur, notamment pour soutenir le cinéma indépendant brésilien. Il collabore régulièrement avec d’autres cinéastes, comme Daniela Thomas, et participe à la valorisation d’un cinéma d’auteur dans un pays où les conditions de production restent fragiles.

Il est également membre de jurys internationaux (Cannes, Berlin), et intervient régulièrement dans des débats sur la création cinématographique en Amérique latine. Jamais donneur de leçons, il préfère jouer un rôle de passeur, attentif aux jeunes générations, fidèle à une idée du cinéma comme outil de compréhension de l’autre.

Un cinéaste de la lenteur habitée et de l’émotion sincère

Walter Salles appartient à cette catégorie de réalisateurs qui ne cherchent pas à choquer, ni à séduire à tout prix. Son cinéma avance lentement, mais sûrement, à travers des routes cabossées, des silences éloquents, des regards échappés. Il filme des gens qui marchent, qui fuient, qui cherchent, et surtout qui apprennent. Il filme la migration, l’exil, la solitude, mais aussi l’espoir têtu de se réinventer, toujours.

Loin des modes, fidèle à ses thèmes, Walter Salles a su construire une œuvre à la fois profondément brésilienne et largement universelle. Un cinéma modeste en apparence, mais immense par ce qu’il déclenche. Comme un train qui traverse un pays immense, sans bruit excessif, mais avec la certitude d’aller quelque part.

Filmographie

5 sur 5 films

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