Victor Argo
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Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 7 films |
Biographie
Victor Argo, né le 5 novembre 1934 à New York, dans le quartier du Bronx, et décédé le 7 avril 2004, est un acteur américain surtout connu pour ses rôles de gangsters, de flics fatigués, de marginaux taiseux et de figures new-yorkaises rugueuses. Longtemps associé au cinéma indépendant américain, Victor Argo a incarné pendant plus de 40 ans un certain type de personnage : dur à cuire en surface, mais profondément humain.
Avec son regard perçant, sa diction lente et son allure discrètement menaçante, Victor Argo n’a jamais été une star, mais il a traversé les films de Scorsese, Abel Ferrara, Woody Allen ou Jim Jarmusch comme un repère, un acteur qu’on ne voit jamais faire semblant. Une sorte de garant de la gravité dans des récits souvent habités par la violence et le doute.
D’origine portoricaine, acteur new-yorkais jusqu’au bout des ongles
Né Victor Jimenez dans une famille d’origine portoricaine, Victor Argo grandit dans un Bronx encore très ouvrier et multiculturel. Il adopte plus tard le nom "Argo" pour éviter d’être discriminé à une époque où les acteurs latinos étaient systématiquement cantonnés à des rôles caricaturaux — un choix révélateur du contexte de l’époque, mais aussi de sa volonté de travailler sans se faire enfermer dans une seule étiquette.
Il débute dans le théâtre off-Broadway dans les années 1960, au moment où le New York underground artistique est en pleine effervescence. Il fréquente Yoko Ono, Sam Shepard, Robert De Niro (avant qu’il ne soit célèbre), et fait ses classes dans un univers où l’expérimentation et la marginalité sont la norme. C’est un acteur de scène, d’abord. Il n’a pas peur de dire non, ni d’attendre le rôle juste.
Les années 1970–1980 : dans l’ombre de Scorsese et des films noirs urbains
C’est avec Martin Scorsese que Victor Argo trouve un véritable tremplin. On le retrouve dans plusieurs de ses films, souvent dans des rôles secondaires mais cruciaux. Dans Taxi Driver (1976), il est l’un des employés de la supérette témoin de la montée en tension de Travis Bickle. Dans The Last Temptation of Christ (1988), il incarne l’apôtre Pierre. Et dans Mean Streets, il s’inscrit parfaitement dans l’univers de la petite criminalité new-yorkaise.
À cette époque, Victor Argo devient une figure incontournable du polar américain, version sale, poisseuse, psychologique. Il joue des hommes épuisés, ambigus, ni bons ni méchants, mais toujours présents dans la zone grise.
Il est également un régulier chez Woody Allen, dans des films comme Crimes and Misdemeanors, The Purple Rose of Cairo, ou Deconstructing Harry. Sa capacité à jouer des rôles sérieux dans des univers parfois absurdes le rend précieux : un acteur de vérité, dans des mondes de fiction.
Une collaboration marquante avec Abel Ferrara
S’il fallait retenir un cinéaste avec qui Victor Argo a eu un lien particulièrement fort, ce serait sans doute Abel Ferrara. Ensemble, ils creusent un sillon fait de culpabilité, de rédemption impossible, de violence sourde.
Dans King of New York (1990), Victor Argo incarne un policier tenace, l’un des rares personnages à opposer une forme de morale à l’univers ultra-violent du film. Dans Bad Lieutenant (1992), il joue encore un rôle de policier — face à un Harvey Keitel en pleine déchéance — dans un film devenu culte pour sa noirceur radicale.
Avec Ferrara, Victor Argo donne le meilleur de lui-même : un jeu minimaliste, sec, sans effet. Il joue souvent les hommes de l’ombre, ceux qui savent, mais qui ne disent rien. Un style très new-yorkais, très années 90, à contre-courant du cinéma hollywoodien plus clinquant.
Un acteur profondément indépendant, jusqu’à la fin
Même lorsqu’il apparaît dans des films plus populaires comme True Romance ou The Yards, Victor Argo conserve la même méthode : ne pas en faire trop. Il ne cherche pas à voler la scène, il l’habite. On pourrait le qualifier d’"acteur de fond", au sens noble du terme : il donne de la profondeur à l’arrière-plan.
Son dernier rôle marquant sera dans Coffee and Cigarettes (2003) de Jim Jarmusch, où il joue face à Bill Rice, dans un échange silencieux, presque suspendu, d’une densité rare. Un adieu poétique, presque involontaire, à un cinéma de la contemplation.
Une carrière sans fracas, mais pleine de respect
Victor Argo meurt en 2004 à l’âge de 69 ans, d’un cancer du poumon. Peu médiatisé, son décès laisse pourtant un vide réel dans le monde du cinéma indépendant américain. De nombreux réalisateurs, comédiens et critiques saluent alors son intégrité, sa fidélité, et son humilité.
Il n’a jamais été une tête d’affiche, mais il a été un pilier du cinéma new-yorkais, de ceux qui donnent une vraie texture à l’univers d’un film. Pas de jeu de façade, pas de glamour, juste de l’authenticité — et une voix rauque qui semblait toujours dire : "J’ai vu pire."