Trần Anh Hùng
- Réalisation
- Écriture
Détails
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Nationalités |
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| Filmographie | 5 films |
| Récompenses | 4 nominations et 3 victoires |
Biographie
Trần Anh Hùng est né le 23 décembre 1962 à Đà Nẵng, au Vietnam, mais il grandit en France après avoir quitté son pays natal avec sa famille à l’âge de six ans. Cinéaste à la croisée des cultures, il est l’un des rares réalisateurs d’origine vietnamienne à avoir conquis la critique internationale tout en gardant une signature esthétique profondément personnelle. Trần Anh Hùng fait partie de ces cinéastes qui préfèrent le silence aux effets de manche, la lenteur à la frénésie, et la beauté du geste à la logique du box-office.
Un cinéma sensoriel né entre deux cultures
Formé à l’Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC) à Paris, Trần Anh Hùng débute dans les années 1990 avec une ambition claire : raconter le Vietnam à sa façon, loin des clichés occidentaux et des représentations figées. En 1993, il frappe un grand coup avec L’Odeur de la papaye verte, un film visuellement envoûtant, tourné intégralement en studio… à Paris. Le film, tout en délicatesse et en retenue, séduit immédiatement la critique internationale et décroche la Caméra d’or au Festival de Cannes.
Ce qui marque dans l’univers de Trần Anh Hùng, c’est cette volonté de faire du cinéma une expérience presque tactile. Chaque plan est minutieusement composé, chaque mouvement de caméra semble dicté par un souffle poétique. Il ne s’agit pas simplement de raconter des histoires, mais d’inviter le spectateur à les ressentir, presque à les humer.
Le Vietnam comme mémoire et matrice
Avec Cyclo (1995), Trần Anh Hùng s’éloigne de l’intimisme feutré de ses débuts pour plonger dans les rues vibrantes et violentes de Hô Chi Minh-Ville. Ce deuxième long-métrage, à l’esthétique plus brute, remporte le Lion d’or à la Mostra de Venise, confirmant son statut de cinéaste à suivre. Là encore, l’approche reste sensorielle, presque hypnotique, mais l’énergie urbaine et la dureté sociale viennent ajouter une tension nouvelle à sa mise en scène.
Il poursuit en 2000 avec À la verticale de l’été, une œuvre contemplative qui clôt ce qu’on pourrait appeler sa trilogie vietnamienne. Là, la ville de Hanoï devient un personnage à part entière, baignée de lumière, de silences et de traditions familiales complexes. Trần Anh Hùng y explore les liens du sang, les non-dits, et cette étrange mélancolie qui accompagne souvent le retour au pays, même imaginaire.
Une parenthèse japonaise et une fidélité au style
En 2010, Trần Anh Hùng surprend en adaptant le roman culte de Haruki Murakami, La Ballade de l’impossible (Norwegian Wood). Ce projet japonais, ambitieux et risqué, témoigne une fois encore de sa capacité à transposer son style dans des contextes culturels différents. Là encore, pas de grands effets : juste des émotions à fleur de peau, des paysages soigneusement cadrés et une mise en scène d’une extrême pudeur.
Même s’il s’essaie à des projets plus européens, comme Éternité en 2016, avec Audrey Tautou et Mélanie Laurent, Trần Anh Hùng reste fidèle à cette recherche du beau, du vrai, de l’épure. Son cinéma, souvent qualifié de lent (avec tendresse ou agacement, selon le spectateur), continue de séduire ceux qui aiment prendre le temps d’entrer dans une œuvre comme on entre dans un jardin zen.
Un retour remarqué à la gastronomie comme art de vivre
En 2023, Trần Anh Hùng revient avec La Passion de Dodin Bouffant, un film en français, centré sur la cuisine, l’amour et l’art de vivre à la française. Un thème qui pourrait sembler très éloigné de ses premières œuvres… mais qui, en réalité, prolonge sa fascination pour les gestes, les matières, le détail. Il y retrouve Juliette Binoche dans un rôle tout en nuances, et cette passion du geste juste, du cadre précis, rappelle immédiatement ses débuts. Un film culinaire, oui, mais à sa manière : lent, sensoriel, presque méditatif.
Ce retour a d’ailleurs été salué au Festival de Cannes, où il a remporté le Prix de la mise en scène, une reconnaissance de plus pour un réalisateur qui n’a jamais dévié de sa voie, même quand le marché l’appelait ailleurs.
Un cinéaste discret mais inclassable
Il y a chez Trần Anh Hùng une forme de constance rare : celle d’un auteur qui ne cherche ni à plaire à tout prix, ni à choquer, ni à s’inscrire dans une tendance. Il travaille lentement, choisit ses projets avec soin, et se tient loin des projecteurs médiatiques. Cette discrétion ne fait que renforcer l’aura de son œuvre, régulièrement redécouverte par de nouvelles générations de cinéphiles.
Sa double culture, vietnamienne de naissance et française d’adoption, infuse chacun de ses films. Il ne cherche pas à réconcilier ces identités, mais à en faire dialoguer les sensibilités, les silences, les gestes. Un cinéma rare, qui ne parle pas fort, mais qui continue de résonner longtemps après le générique de fin.
Filmographie
5 sur 5 films