Suzanne Shepherd
- Casting
Détails
| Autre nom | Sadie Gertrude Stern |
|---|---|
| Âge |
|
Nationalité |
| Filmographie | 5 films |
Biographie
Suzanne Shepherd, née Sadie Gertrude Stern le 31 octobre 1934 à Elizabeth, dans le New Jersey (États-Unis), et décédée le 17 novembre 2023 à New York, est une actrice, metteuse en scène et professeure d’art dramatique américaine.
Si son visage est resté dans l’ombre des grandes vedettes, Suzanne Shepherd a pourtant marqué plusieurs générations de spectateurs, que ce soit dans Goodfellas, The Sopranos ou encore Mystic Pizza. Avec sa voix rauque, son regard tranchant et son jeu toujours ancré dans une réalité émotionnelle forte, Suzanne Shepherd fait partie de ces comédiennes qui incarnent la vérité du quotidien, souvent dans les rôles de mères, de figures familiales rugueuses mais inoubliables.
Une formation théâtrale exigeante et un goût du collectif
Avant d’apparaître sur les écrans, Suzanne Shepherd se forge sur les planches. Elle fait partie des premières femmes à enseigner la méthode Meisner, du nom du grand maître de jeu d’acteur Sanford Meisner, dont elle fut l’élève. Cette méthode, centrée sur l’écoute, la sincérité et la spontanéité, façonnera profondément son style de jeu : direct, émotionnellement connecté, jamais dans l’artifice.
Dans les années 1960, elle participe à la fondation des Compass Players, un collectif d’improvisation théâtrale où elle côtoie des figures comme Alan Arkin ou Elaine May. Ce goût du travail d’ensemble, de la création collective, ne la quittera plus. Suzanne Shepherd n’est pas une actrice "solo" : elle s’intègre, elle soutient, elle ancre.
Goodfellas : une apparition courte mais inoubliable
Le cinéma la découvre sur le tard. Lorsqu’elle tourne Goodfellas en 1990, elle a déjà plus de 50 ans. Elle y joue la mère de Karen Hill (Lorraine Bracco), et en quelques scènes à peine, impose une présence imposante, à la fois inquiète, cinglante et protectrice. Face au chaos de la mafia, son personnage représente une forme de réalité brute : celle d’une mère juive new-yorkaise, lucide et sans illusion.
Dans un film rempli de gangsters hauts en couleur, Suzanne Shepherd réussit à imposer une vérité domestique, sans effets, presque documentaire. Elle montre ce que cela signifie d’être témoin silencieux d’un monde violent. Et ce genre de rôle, elle le joue avec une économie de moyens impressionnante.
The Sopranos : la mère de Carmela, figure de froideur et de jugement
C’est dans la série culte The Sopranos que Suzanne Shepherd trouve son rôle le plus visible : Mary DeAngelis, la mère de Carmela Soprano. Elle apparaît dans près de 20 épisodes entre 2000 et 2007. Dans un univers où les hommes règnent par la violence et où les femmes tentent de composer avec cette brutalité, Mary DeAngelis est une figure froide, sarcastique, souvent désapprobatrice, jamais dupe.
Suzanne Shepherd livre une performance marquée par une forme de dureté maîtrisée. Elle incarne une femme qui juge sans parler fort, qui désapprouve sans hurler. Son personnage est aussi antipathique qu’essentiel : il donne de la profondeur au portrait familial de Carmela, et participe à montrer comment les femmes perpétuent ou subissent les structures de pouvoir patriarcales.
Dans un monde d'hommes violents, Mary DeAngelis ne se soumet pas, mais ne console pas non plus. Elle est cette génération de mères pour qui la tendresse n’est pas la priorité. Et Suzanne Shepherd l’incarne avec une fidélité glaçante.
Une pédagogie du jeu au long cours
En parallèle de sa carrière d’actrice, Suzanne Shepherd n’a jamais cessé d’enseigner. Elle a formé des dizaines d’acteurs à la méthode Meisner, dans des ateliers à New York et ailleurs. Pour elle, le jeu était une écoute active, un échange émotionnel, un travail d’honnêteté.
Elle a aussi dirigé plusieurs mises en scène, notamment Off-Broadway, avec la même exigence de justesse. Elle ne cherchait pas l’esbroufe, mais l’alignement entre le texte, le corps et la voix. C’est cette approche qui a fait d’elle une référence discrète mais respectée dans le milieu théâtral new-yorkais.
Une actrice du réel, fidèle à ses rôles
Suzanne Shepherd n’a jamais cherché à multiplier les apparitions, ni à varier artificiellement ses rôles. Elle savait ce qu’elle incarnait à l’écran : des femmes dures, réalistes, enracinées dans un certain quotidien urbain, souvent de la classe moyenne ou ouvrière, souvent fatiguées, parfois sévères, mais jamais caricaturales.
Elle a accepté d’être associée à ces rôles, sans essayer de s’en extraire par des performances “à contre-emploi”. Et c’est ce choix d’incarnation constante qui rend son travail aussi fort. Elle ne jouait pas, elle habitait ses personnages.