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Film Index

Satoshi Kon

Casting Divers Réalisation Écriture

Nationalité
 Japon
Mort
24 août 2010
Âge
46 ans
Autre nom
今 敏
Filmographie
5 films

Biographie

Satoshi Kon, né le 12 octobre 1963 à Kushiro, sur l’île de Hokkaidō, au Japon, et mort le 24 août 2010 à Tokyo, est un réalisateur, scénariste, animateur et dessinateur de manga japonais. Auteur de quatre longs métrages d’animation et de la série télévisée Paranoia Agent (2004), il est notamment connu pour son utilisation du montage et pour ses récits explorant les relations entre réalité, mémoire et imaginaire. Il a travaillé avec Katsuhiro Ōtomo et le studio Madhouse, avant de recevoir une reconnaissance internationale pour Perfect Blue (1997), Millennium Actress (2001) et Paprika (2006).

Une formation graphique et la rencontre avec Katsuhiro Ōtomo

Satoshi Kon passe une partie de son enfance à Sapporo, puis à Kushiro, sur l’île de Hokkaidō. Pendant sa scolarité, il se passionne pour le dessin et découvre plusieurs séries d’animation japonaises, notamment Space Battleship Yamato et Mobile Suit Gundam. Il s’intéresse également aux mangas de science-fiction de Katsuhiro Ōtomo, en particulier à Dōmu, récit fantastique situé dans un ensemble résidentiel de Tokyo.

En 1982, il entre à l’université des arts de Musashino, près de Tokyo, où il étudie la communication visuelle et le graphisme. Il approfondit sa connaissance du cinéma et découvre l’œuvre de l’écrivain japonais Yasutaka Tsutsui, dont les récits fantastiques et les expérimentations narratives retiennent son attention.

Pendant ses études, il réalise Toriko (« Prisonnier »), court manga de science-fiction qui obtient en 1984 une deuxième place au dixième prix Tetsuya Chiba, organisé par le magazine Young Magazine de l’éditeur Kōdansha. Cette distinction lui permet de rencontrer Katsuhiro Ōtomo, auprès duquel il travaille comme assistant. Il obtient son diplôme universitaire en 1987.

Le jeune dessinateur poursuit ses recherches graphiques avec Kaikisen (« Le Pacte de la mer »), manga publié en 1990, dont l’intrigue se déroule dans une petite ville côtière japonaise. Le récit met en scène une famille chargée de protéger un œuf de sirène, menacé par un projet d’aménagement touristique.

Sa collaboration avec Ōtomo se prolonge à travers World Apartment Horror (1991), manga réalisé d’après un scénario du cinéaste. L’histoire, située dans un immeuble occupé notamment par des immigrés asiatiques, associe un récit de gangsters à des éléments surnaturels. Ōtomo réalise également une adaptation cinématographique en prises de vues réelles.

L’apprentissage de l’animation et les collaborations avec Mamoru Oshii

Au début des années 1990, Satoshi Kon participe à plusieurs productions d’animation japonaises. Il travaille notamment sur les décors de Rōjin Z (1991), film de science-fiction réalisé par Hiroyuki Kitakubo sur un scénario de Katsuhiro Ōtomo. Il se familiarise avec les techniques de fabrication des longs métrages d’animation, après avoir principalement travaillé dans la bande dessinée.

En 1993, il participe à Patlabor 2, réalisé par Mamoru Oshii, comme artiste chargé de la composition des plans (layout). Ce travail consiste à déterminer précisément la disposition des personnages et des décors à l’intérieur de l’image, ainsi que les cadrages nécessaires à la réalisation des scènes. Il contribue également à l’adaptation animée de JoJo’s Bizarre Adventure, en participant à l’animation et à la préparation de plusieurs épisodes.

Avec Mamoru Oshii, Satoshi Kon entreprend parallèlement la réalisation du manga Seraphim: 266613336 Wings, publié à partir de 1994 dans le magazine Animage. Oshii écrit le scénario et Kon réalise les dessins. Le récit se déroule dans un monde touché par une maladie mystérieuse qui transforme progressivement les êtres humains. La collaboration prend fin avant l’achèvement de l’histoire, à la suite de désaccords artistiques entre les deux auteurs.

Une autre étape importante de sa formation intervient avec Magnetic Rose (1995), segment du film collectif Memories, produit par Katsuhiro Ōtomo et réalisé par Kōji Morimoto. Satoshi Kon participe à la conception visuelle et signe le scénario, inspiré d’une histoire d’Ōtomo. Le récit suit deux membres d’un équipage spatial qui pénètrent dans une station abandonnée, où les souvenirs d’une cantatrice morte semblent avoir pris une existence matérielle.

La production permet à Satoshi Kon de développer des procédés narratifs fondés sur la superposition de souvenirs et d’images imaginaires. Les décors d’opéra, les objets issus du passé et les illusions produites par la station spatiale deviennent des éléments essentiels à la progression dramatique.

Le montage et la représentation des réalités multiples

En 1997, Satoshi Kon réalise son premier long métrage, Perfect Blue, produit par le studio Madhouse. Adapté d’un roman de Yoshikazu Takeuchi, le film raconte l’histoire de Mima Kirigoe, jeune chanteuse qui quitte son groupe de musique pour entreprendre une carrière d’actrice. Confrontée à des menaces et à une série de crimes, elle perd progressivement la capacité de distinguer les événements qu’elle vit des images produites par son imagination.

Le réalisateur travaille avec le scénariste Sadayuki Murai pour transformer le roman original en thriller psychologique. Il utilise des raccords qui font passer brusquement d’une situation à une autre, sans transition explicative. Certaines scènes initialement présentées comme des événements réels se révèlent appartenir à une fiction télévisée ou à un rêve du personnage principal.

Ce principe de montage devient l’une des caractéristiques les plus reconnaissables de son travail. Satoshi Kon utilise notamment les match cuts, raccords qui associent deux images à partir de leur composition ou d’un mouvement commun. Il peut ainsi représenter un changement d’époque ou un souvenir en conservant la continuité visuelle d’une action.

Dans Millennium Actress (2001), il développe ce procédé autour du personnage de Chiyoko Fujiwara, ancienne vedette du cinéma japonais qui raconte sa vie à deux documentaristes. Les souvenirs de l’actrice sont représentés à travers les scènes des films dans lesquels elle a joué. Les personnages traversent ainsi différentes époques et différents genres cinématographiques, tandis que les deux journalistes apparaissent parfois à l’intérieur même des événements qu’elle évoque.

Le scénario, écrit avec Sadayuki Murai, fait également référence à l’histoire du cinéma japonais. Plusieurs séquences rappellent les films de samouraïs et les drames historiques, ainsi que les productions de science-fiction de l’après-guerre. Millennium Actress remporte le grand prix de la division animation du Japan Media Arts Festival en 2001, puis le prix Ōfuji Noburō aux Mainichi Film Awards.

Satoshi Kon reçoit également pour ce film plusieurs distinctions internationales, dont le prix du meilleur film d’animation au festival Fantasia de Montréal en 2001. En 2004, il est nommé aux Annie Awards dans les catégories de la meilleure réalisation et du meilleur scénario d’un long métrage d’animation, cette dernière nomination étant partagée avec Sadayuki Murai.

La société japonaise, les médias et les personnages marginalisés

L’observation des comportements sociaux occupe une place importante dans les récits de Satoshi Kon. Avec Tokyo Godfathers (2003), il s’intéresse à trois personnes sans domicile vivant dans la capitale japonaise. Gin, ancien cycliste, Hana, femme transgenre, et Miyuki, adolescente fugueuse, découvrent un nouveau-né abandonné pendant la nuit de Noël. Ils entreprennent de retrouver ses parents à travers différents quartiers de Tokyo.

Le réalisateur écrit le scénario avec Keiko Nobumoto, connue notamment pour son travail sur la série Cowboy Bebop. Le récit s’inspire librement du film Le Fils du désert (3 Godfathers, 1948) de John Ford. Satoshi Kon accorde une attention particulière à la représentation des espaces urbains, depuis les gares et les rues commerçantes jusqu’aux lieux occupés par les personnes sans domicile. Le film reçoit le prix du meilleur long métrage d’animation au festival de Sitges en 2003, puis celui du meilleur film d’animation aux Mainichi Film Awards.

Les rapports entre les individus et les médias constituent un autre sujet majeur de son œuvre. Dans Paranoia Agent (Mōsō Dairinin, 2004), série de treize épisodes produite par Madhouse, Satoshi Kon développe une intrigue autour d’un mystérieux agresseur surnommé Shōnen Bat, un adolescent qui frappe ses victimes avec une batte de baseball dorée. L’enquête menée par deux policiers révèle progressivement les angoisses et les mensonges des personnages impliqués.

La série lui permet d’aborder plusieurs aspects de la société japonaise contemporaine, notamment la pression professionnelle et la fabrication de personnages populaires par la publicité. L’un des protagonistes est Tsukiko Sagi, dessinatrice à l’origine de Maromi, un petit chien devenu une mascotte commerciale. Son personnage se trouve au centre des premiers événements de l’intrigue, avant que le phénomène Shōnen Bat se propage à travers les récits des médias.

La représentation de la circulation des images occupe également une place importante dans Paprika (2006), adaptation du roman de Yasutaka Tsutsui publié en 1993. Le film suit la psychiatre Atsuko Chiba, qui utilise un appareil expérimental permettant de pénétrer dans les rêves de ses patients. Elle adopte dans cet espace onirique l’identité de Paprika, personnage qui se déplace librement entre les univers imaginaires. Lorsque plusieurs appareils sont dérobés, les rêves commencent à envahir la réalité.

Présenté en compétition à la Mostra de Venise en 2006, Paprika reçoit le prix du public au Festival du nouveau cinéma de Montréal, puis le prix de la critique au festival Fantasporto en 2007.

La collaboration musicale avec Susumu Hirasawa

La relation artistique entre Satoshi Kon et le compositeur Susumu Hirasawa constitue un aspect important de son travail audiovisuel. Fondateur du groupe de rock électronique P-Model en 1979, Hirasawa développe également une carrière solo qui associe des instruments électroniques à des sonorités orchestrales.

Pour Millennium Actress, Satoshi Kon choisit Hirasawa afin de créer une partition accompagnant les déplacements du personnage principal à travers ses souvenirs. La musique utilise des rythmes électroniques et des mélodies qui se poursuivent pendant les transitions entre les différentes époques représentées dans le film.

Le compositeur retrouve le réalisateur pour Paranoia Agent, dont il signe notamment le générique d’ouverture, Yume no Shima Shinen Kōen (« Parc de l’illusion de l’île des rêves »). La séquence montre les principaux personnages riant dans des environnements menaçants, accompagnés par le chant et les arrangements électroniques de Hirasawa.

Leur collaboration se poursuit avec Paprika, pour lequel le compositeur crée une bande originale comportant notamment le morceau Byakkoya no Musume (« La Fille du tigre blanc »). La musique accompagne plusieurs séquences de défilés oniriques dans lesquelles des objets domestiques et des figures religieuses traversent les rues d’une ville. Hirasawa utilise notamment la synthèse vocale dans la conception de ses compositions.

Satoshi Kon emploie également la musique de Hirasawa dans Ohayō (« Bonjour »), court métrage réalisé en 2007 pour le projet collectif AniKuri15, produit par la chaîne japonaise NHK. Le film, d’une durée d’environ une minute, représente le réveil d’une jeune femme dont les gestes sont successivement accomplis par plusieurs versions d’elle-même.

Les dernières années et la reconnaissance posthume

Après Paprika, Satoshi Kon entreprend la réalisation de Yume-Miru Kikai (Dreaming Machine), long métrage d’animation développé avec le studio Madhouse. Il imagine un univers peuplé exclusivement de robots, dont trois personnages principaux, Ririco, Robin et King, entreprennent un voyage dans un monde futuriste.

Le projet marque une évolution dans son travail, avec un récit destiné à un public plus jeune que celui de ses précédents longs métrages. Le réalisateur conserve toutefois ses recherches sur la transformation des espaces et sur les possibilités du montage en animation. Il travaille notamment à la préparation des décors et des séquences animées avec plusieurs collaborateurs de Madhouse.

En mai 2010, un cancer du pancréas lui est diagnostiqué. Après avoir appris que la maladie est incurable, Satoshi Kon se retire à son domicile auprès de son épouse, Kyōko Kon. Il rédige un dernier texte destiné à ses proches et à ses admirateurs, dans lequel il évoque notamment le travail entrepris avec ses collaborateurs.

Il meurt le 24 août 2010, à l’âge de 46 ans. Son dernier message est publié sur son site personnel après son décès. Dreaming Machine demeure inachevé, malgré les efforts entrepris par le producteur Masao Maruyama et les membres du studio Madhouse pour en poursuivre la fabrication.

En 2019, Satoshi Kon reçoit à titre posthume le Winsor McCay Award, distinction honorifique décernée dans le cadre des Annie Awards pour une contribution exceptionnelle à l’art de l’animation. La récompense est remise lors de la cérémonie organisée en janvier 2020.

En 2021, le réalisateur français Pascal-Alex Vincent lui consacre le documentaire Satoshi Kon, l’illusionniste, présenté au Festival de Cannes dans la sélection Cannes Classics. Le film réunit notamment des témoignages de Mamoru Oshii, de Mamoru Hosoda et de plusieurs collaborateurs du cinéaste japonais. Il examine ses méthodes de travail et les procédés de montage qui caractérisent ses réalisations.

Filmographie

  • La luna
    Tout public

    Un petit garçon a atteint l’âge de se questionner sur le monde. Devrait-il suivre l’exemple de son père ou de son grand-père ? La Luna s’inspire de l’enfance de Enrico Casarosa, sur la mer de Genoa (Italie), où son père et son grand-père ne se parlaient que très peu car ne se supportaient pas l’un l’autre. Le réalisateur décida d’abord de ne pas faire de bouches aux personnages afin de faciliter l’animation. Ce fut au contraire plus compliqué pour les animateurs qui devaient travaillés ce manque par la barbe du père et du grand-père. L’arrière-plan du court n’est pas fait en image de synthèses mais en pastel. Casarosa s’est inspiré du travail de Miyazaki et du film The Distance of the Moon de Italo Calvino.

    2012 0h07 Remerciements

  • Paprika
    Interdit aux moins de 16 ans

    Dans un futur très proche, un groupe de brillants scientifiques ont créé une machine capable de contrôler nos rêves. Mais cette merveille technologique a été dérobée. Pour éviter le chaos et sauver l’humanité, Paprika doit découvrir qui sont les coupables et empêcher ces terroristes du rêve de contrôler nos esprits.

    2006 1h30 Jinnai (voix) Réalisateur Scénario

  • Tokyo Godfathers
    Tout public

    À Tokyo, dans le quartier populaire de Shinjuku, pendant les fêtes de Noël. Alors que le froid a envahi la ville, Gin, un homme bourru, Miyuki, un adolescent fugueur et Hana, un travesti, vivent ensemble dans les rues de la ville. Un soir, à la recherche de nourriture, ils trouvent un bébé abandonné dans une poubelle. Dans ses langes, une clef dont les comparses ignorent à quoi elle peut bien servir. Bien décidés à protéger le nourrisson des rigueurs du froid, les trois clochards cherchent également à retrouver les parents du bambin le plus rapidement possible. La clef s’avère être leur seul indice. Commence pour eux un parcours semé d’embûches…

    2003 1h32 Réalisateur Scénario Histoire originale

  • Millennium Actress
    Tout public

    Chiyoko Fujiwara est une ancienne gloire du cinéma japonais. Aujourd’hui, âgée de 70 ans, elle vit recluse chez elle. Un jour, un homme vient lui rendre visite pour l’interviewer sur son passé. Il lui remet une clé, que Chiyoko avait perdu voilà 30 ans. Devant le journaliste et son caméraman elle se met à raconter son histoire. Une vie pleine d’amour et de passion, passée à rechercher un étrange inconnu, celui-là même qui lui a un jour remis cette clé en lui faisant la promesse de se revoir…

    2002 1h27 Réalisateur Histoire originale Scénario

  • Perfect Blue
    Interdit aux moins de 12 ans

    Chanteuse pop très populaire, Mima décide d’abandonner la scène pour devenir actrice. Sans regrets, elle quitte son groupe et accepte un petit rôle dans une série TV, déclenchant ainsi la colère de ses fans… et plus particulièrement celle de l’un deux. Le mystérieux « traqueur » passe à l’acte en dévoilant en détail la vie de Mima sur Internet, puis en menaçant ses proches. Des incidents violents se produisent et elle réalise que son existence se confond dangereusement avec la série dans laquelle elle joue. Mima sombre dans la schizophrénie tandis que les cadavres s’accumulent autour d’elle…

    1998 1h21 Réalisateur