Santiago Segura
- Casting
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 14 films |
| Récompenses | 2 nominations et 2 victoires |
Biographie
Santiago Segura, né le 17 juillet 1965 à Madrid, est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur espagnol, célèbre pour avoir bousculé le paysage cinématographique de son pays avec un mélange d’humour gras, d’autodérision assumée et de sens aigu du marketing. Créateur de la saga Torrente, il est devenu une figure incontournable de la culture populaire espagnole, à la fois moqué, adoré, et redoutablement efficace. Que l’on adhère ou non à son style, Santiago Segura fait partie de ces artistes qui ont redéfini les règles du succès commercial en Espagne, sans jamais renier leur origine underground.
De la fac d’arts à l’auto-production : une ascension bien ficelée
Avant de jouer les flics obèses et vulgaires sur grand écran, Santiago Segura passe par les Beaux-Arts et commence sa carrière comme réalisateur de courts-métrages. Très tôt, il adopte un ton provocateur, grotesque, avec une esthétique bricolée qui fait mouche. En 1993, il remporte un Goya du meilleur court-métrage de fiction pour Perturbado, un film déjà bien marqué par son goût pour l’humour noir et les personnages dégénérés.
Son physique peu conventionnel, sa gouaille madrilène et son charisme de mec ordinaire l’imposent vite comme une figure reconnaissable, à mi-chemin entre le clown trash et le commentateur social ironique. Il apparaît dans des petits rôles chez Álex de la Iglesia, notamment dans El día de la bestia (1995), où il incarne un fan de hard rock complètement allumé — un rôle devenu culte. Cette collaboration, d’ailleurs, est fondatrice : de la Iglesia lui ouvre les portes du cinéma de genre et l’encourage à creuser son propre sillon.
Torrente : le triomphe du mauvais goût assumé
En 1998, Santiago Segura frappe un énorme coup avec Torrente, el brazo tonto de la ley, qu’il écrit, réalise, produit et interprète. Le film met en scène José Luis Torrente, un ancien flic raciste, misogyne, alcoolique, fainéant et fier de l’être — bref, tout ce qu’on ne devrait pas être. C’est une satire grinçante de l’Espagne des années 90, qui joue sur tous les clichés les plus crasses… et ça cartonne. Le film devient un phénomène de société, et surtout un succès commercial phénoménal, ouvrant la voie à une saga de cinq volets, tous très rentables, malgré des critiques souvent assassines.
Torrente divise : certains y voient un génie comique qui pousse l’humour à son extrême, d’autres un symptôme inquiétant d’un humour qui se complaît dans la vulgarité. Mais au fond, Santiago Segura le sait très bien : Torrente n’est pas un héros, c’est une caricature — et si on rit, c’est aussi de nous-mêmes.
Un homme d’affaires avisé, producteur prolifique et touche-à-tout
Loin de se limiter à Torrente, Santiago Segura s’est imposé comme un producteur intelligent et pragmatique, capable d’identifier ce qui fonctionne au box-office et de s’adapter sans complexe. Dans les années 2010, il s’éloigne progressivement de l’humour trash pour viser un public familial, avec des films comme Padre no hay más que uno, énorme succès en Espagne. Là encore, les critiques restent tièdes, mais le public suit. Ce virage vers le cinéma “grand public tout public” est souvent vu comme opportuniste, mais Santiago Segura, lui, y voit une évolution logique : faire des films que les gens vont voir en famille, sans pour autant renier son goût pour l’autodérision.
Il participe aussi à des émissions de télé, prête sa voix à des films d’animation, joue dans des films plus confidentiels, et reste un visage omniprésent de la pop culture espagnole. Ce qui le différencie de beaucoup de ses contemporains, c’est cette maîtrise totale de son image, qu’il exploite autant pour faire rire que pour vendre des billets. Certains appellent ça du génie, d’autres du cynisme. Lui, probablement, s’en fiche.
Une figure controversée… mais incontournable
Avec ses lunettes, son air de faux innocent et sa silhouette reconnaissable, Santiago Segura fait partie de ces figures du cinéma espagnol qui agacent autant qu’elles fascinent. Il n’a jamais prétendu faire du cinéma d’auteur, mais revendique haut et fort un cinéma populaire, à la fois efficace, provocateur et assumé. Il connaît son public, parle sa langue, et ne craint pas de se salir les mains — au propre comme au figuré.
Et pourtant, derrière l’humour bas de plafond de Torrente ou les grosses ficelles de ses comédies familiales, on trouve une forme de lucidité sociale, une capacité à capturer les contradictions de la société espagnole contemporaine, sans détour ni morale.