Robert Rietti

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Filmographie 9 films

Biographie

Robert Rietti est un acteur, traducteur, dramaturge et directeur de doublage britannique, né le 8 février 1923 à Paddington, Londres et mort le 3 avril 2015 à Londres.

Origines, famille et débuts de comédien

À l’état civil, Robert Rietti se nomme Lucio Herbert Rietti. Il est le plus jeune de deux fils de l’acteur italien Victor (Vittorio) Rietti et de Rachel Rosenay, issus d’une famille juive d’origine italienne installée en Grande-Bretagne depuis plusieurs générations. Enfant, il grandit dans un environnement où le théâtre occupe une place centrale, son père dirigeant la compagnie Teatro Italiano à Londres. C’est au sein de cette troupe qu’il fait ses premiers pas sur scène en 1932, à l’âge de neuf ans, dans une pièce intitulée Mysterious Currents.

Sous le nom de « Bobby Rietti », Robert Rietti devient rapidement un jeune comédien très demandé. Il fait ses débuts au cinéma en 1933 dans la comédie Heads We Go réalisée par Monty Banks, puis enchaîne les rôles d’enfants dans des films comme The Scarlet Pimpernel ou The Private Life of Don Juan, tournés au milieu des années 1930. Durant cette décennie, il apparaît dans dix-huit longs métrages et joue dans plus de cent vingt pièces, ce qui lui donne, avant même l’âge adulte, une expérience de plateau et de scène exceptionnelle pour un acteur de sa génération.

Guerre, service aux armées et retour au spectacle

La Seconde Guerre mondiale interrompt brutalement la carrière naissante de Robert Rietti. En raison de ses origines italiennes, il est interné avec son frère au camp d’Ascot en tant qu’« étranger ennemi », avant d’être libéré puis incorporé dans la Rifle Brigade de l’armée britannique. L’armée lui demande ensuite de prendre la tête de la troupe « Stars in Battledress », formation d’artistes en uniforme chargée d’assurer des spectacles pour les soldats britanniques et alliés. Il y dirige un groupe de jeunes comédiens où figurent notamment Peter Ustinov et Terry-Thomas, qui se produit en tournée en Angleterre puis dans l’Europe libérée.

En 1945, Robert Rietti est invité par John Gielgud à rejoindre sa production d’Hamlet destinée aux troupes britanniques stationnées en Extrême-Orient. À la fin du conflit, il revient pleinement au métier d’acteur, repartageant son temps entre le théâtre, la radio, le cinéma et les débuts de la télévision. Ce retour à la vie artistique se fait dans un paysage audiovisuel en pleine mutation, où la radio reste dominante mais où les nouveaux moyens de diffusion offrent rapidement de nouveaux espaces à des interprètes rompus aux exigences de la scène et du micro comme lui.

Radio, télévision et collaborations prestigieuses

Dans les années 1950, Robert Rietti s’impose comme une voix familière des auditeurs britanniques. Il collabore à plusieurs séries radiophoniques popularisées à l’international, notamment The Third Man et The Black Museum, toutes deux portées par Orson Welles, avec lequel il entretient une relation professionnelle et amicale durable. Il participe également aux adaptations radiophoniques de Horatio Hornblower avec Michael Redgrave, de The Scarlet Pimpernel, de la collection Theatre Royal avec Laurence Olivier, ainsi qu’à une série de dramatiques consacrées à Sherlock Holmes interprétées par John Gielgud et Ralph Richardson.

Parallèlement, Robert Rietti devient un visage récurrent de la télévision britannique naissante. Il cumule au fil des années plus de 160 apparitions, aussi bien dans des dramatiques que dans des séries ou des émissions de variétés. Il joue à l’écran avec son père dans The Jack Benny Program en 1957 puis dans Harry’s Girls en 1960, et les deux hommes partagent l’affiche de plusieurs versions télévisées de la pièce To Live in Peace ainsi que du téléfilm Against the Stream. En 1958, George Sanders présente Candle for the Madonna, téléfilm dont Robert Rietti signe le scénario et où il tient le rôle principal, illustrant déjà son double statut d’acteur et d’auteur.

Cinéma, James Bond et présence internationale

La carrière cinématographique de Robert Rietti s’étend sur plusieurs décennies et plus de quatre-vingts films. Après ses rôles d’enfant dans les années 1930, il revient au grand écran à l’âge adulte dans des productions britanniques et internationales variées. On le retrouve notamment au générique de Call of the Blood et Prelude to Fame au début des années 1950, puis dans des films de guerre et d’aventures comme They Who Dare, Tank Force ou Sink the Bismarck!. Son visage apparaît aussi dans des œuvres marquantes des années 1960 et 1970, dont The Bible: In the Beginning…, The Italian Job, Sunday Bloody Sunday, The Hiding Place et The Omen, où il incarne un moine aux côtés de Gregory Peck.

L’association de Robert Rietti avec la saga James Bond contribue fortement à sa notoriété. Outre sa présence à l’image dans On Her Majesty’s Secret Service et Never Say Never Again, il est, avec Sean Connery, l’un des seuls acteurs à apparaître à la fois dans Thunderball et dans son remake ultérieur. Sa voix et son travail de doublage sont par ailleurs omniprésents dans la série, ce qui consolide en coulisses son rôle de spécialiste des personnages secondaires, qu’ils soient alliés ou adversaires de l’agent 007. En fin de carrière, il continue de tourner, notamment dans Madame Sousatzka, Hilary and Jackie et Hannibal, où il prête ses traits au personnage de Sogliato.

Doublage, direction artistique et « homme aux mille voix »

C’est toutefois dans le domaine du doublage que Robert Rietti acquiert une réputation internationale singulière. À partir des années 1950, il devient l’un des principaux artisans du post-synchronisme en Europe, travaillant aussi bien comme comédien que comme directeur de doublage. Il introduit au Royaume-Uni le système de la bande rythmo d’origine française, permettant une synchronisation particulièrement précise entre voix et image, et dirige l’ADR de plus de sept cents films pour les marchés britanniques et internationaux.

Comme interprète, Robert Rietti est notamment chargé de redoubler en anglais les répliques de Gregory Peck en allemand dans The Guns of Navarone, celles d’Orson Welles dans Treasure Island et, pour une série de dix films tournés après une opération du larynx, la voix de Jack Hawkins. Dans l’univers de James Bond, il prête sa voix à plusieurs personnages, dont Emilio Largo dans Thunderball et Tiger Tanaka dans You Only Live Twice, et participe au doublage de huit films de la franchise au total. Comme directeur de doublage, il est nommé au Golden Reel Award pour la version anglaise de Once Upon a Time in America, où il supervise notamment la post-synchronisation de Robert De Niro.

Dramaturge, traducteur et activité éditoriale

Au-delà de son travail devant et derrière le micro, Robert Rietti mène une activité soutenue de dramaturge et de traducteur. Il adapte en anglais de nombreuses pièces italiennes, en particulier celles de Luigi Pirandello, dont il traduit et édite plusieurs volumes de théâtre, contribuant ainsi à la diffusion de cet auteur majeur du XXᵉ siècle auprès du public anglophone. Il écrit également des textes originaux pour la scène, la radio et la télévision, parmi lesquels des pièces produites dans les années 1950 et 1960 qui prolongent sa pratique d’acteur par un travail d’écriture dramatique plus personnel.

Robert Rietti fonde enfin la revue Gambit, trimestriel consacré au théâtre, dont il assure pendant dix-huit ans la direction éditoriale. Cette activité d’éditeur s’inscrit dans un engagement plus large en faveur de la circulation internationale des textes dramatiques, en mettant en avant des auteurs d’origines diverses et en offrant un espace de publication à des pièces contemporaines peu connues en langue anglaise. Elle complète un parcours où se répondent constamment interprétation, traduction et mise en valeur des écritures théâtrales.

Distinctions, vie personnelle et dernières années

La reconnaissance institutionnelle accompagne largement la carrière de Robert Rietti. En 1959, lui et son père sont faits chevaliers par le gouvernement italien pour services rendus à la culture italienne, titre rehaussé en 1988 au grade de Cavaliere Ufficiale de l’Ordre du Mérite de la République italienne. Il est également honoré du suffixe OMRI lié à cette distinction, fréquemment accolé à son nom dans les sources britanniques. En 2012, l’University of Florida lui décerne un doctorat honoris causa en hommage à l’ensemble de sa contribution aux arts du spectacle, année qui coïncide avec le quatre-vingtième anniversaire de ses débuts sur scène.

Sur le plan privé, Robert Rietti épouse en 1958 Tina Semah, originaire d’Irak. Le couple a quatre enfants, deux filles, Anya et Liana, et deux fils, Jonathan et Benjamin, dont l’un, le rabbin Jonathan Rietti, devient une figure connue de l’enseignement et de la prédication au sein du judaïsme orthodoxe. Installé à Londres, il reste actif jusqu’à un âge avancé, intervenant dans des écoles de cinéma, publiant des anthologies de pièces italiennes et participant aux activités de la BAFTA.

Veuf depuis 2008 après la disparition de Tina, Robert Rietti meurt le 3 avril 2015 à Londres à l’âge de 92 ans. Les nécrologies publiées dans la presse britannique le saluent comme un « homme aux mille voix », formule qui résume à la fois la diversité de ses incarnations d’acteur, la multiplicité de ses doublages et la place singulière qu’il occupe dans l’histoire des industries cinématographiques britannique, américaine et italienne du XXᵉ siècle.

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