Robert Kerman
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Détails
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| Filmographie | 3 films |
Biographie
Robert Kerman, né le 16 décembre 1947 à Brooklyn, dans l’État de New York, et décédé le 27 décembre 2018 à l’âge de 71 ans, est un acteur américain à la trajectoire pour le moins singulière. Formé comme acteur classique, il est surtout connu du grand public pour sa participation à une époque bien précise du cinéma : celle du porno chic des années 1970 et des films d’exploitation, notamment dans l’horreur italienne. Oui, Robert Kerman, c’est à la fois Shakespeare et Cannibal Holocaust. Un drôle de grand écart, qui lui a valu une certaine notoriété, une réputation à la fois culte et marginale, et une place à part dans l’histoire du cinéma de genre.
Des débuts sérieux, puis un détour prolongé par l'industrie du X
Diplômé de l’université de Brooklyn et passé par la prestigieuse American Academy of Dramatic Arts, Robert Kerman débute avec l’ambition de faire carrière dans le théâtre et le cinéma "classique". Mais dans l’Amérique des années 1970, les opportunités ne sont pas toujours nombreuses, et l’industrie du cinéma pour adultes commence à se professionnaliser, avec des productions plus ambitieuses.
Sous le nom de scène R. Bolla (parfois décliné en "Richard Bolla", pour le clin d’œil...), Robert Kerman devient l’un des acteurs les plus reconnaissables du cinéma pornographique de l’âge d’or, jouant dans des films désormais cultes comme Debbie Does Dallas (1978), The Opening of Misty Beethoven (1976) ou encore Babylon Pink. Il y est apprécié pour son physique "ordinaire", son aisance face caméra et une forme de naturel qui tranche avec les performances plus rigides de l’époque.
Fait assez rare : contrairement à de nombreux acteurs du genre, Robert Kerman ne se contente pas de jouer, il joue bien. Il apporte à ses rôles une vraie intention dramatique, ce qui renforce son aura dans le milieu, mais le freine aussi dans ses ambitions plus traditionnelles.
Le virage des années 1980 : cannibales, jungle et cinéma d’exploitation
Au début des années 1980, Robert Kerman tente de s’éloigner du cinéma pour adultes. Il commence à apparaître dans des films de série B, en particulier dans le cinéma d’exploitation italien, un genre très friand d’acteurs américains à petit prix. Il tient alors le rôle principal dans Cannibal Holocaust (1980) de Ruggero Deodato, un film aussi célèbre que controversé, souvent cité comme l’un des plus violents et choquants du cinéma d’horreur.
Dans ce film, Robert Kerman incarne un anthropologue enquêtant sur la disparition d’une équipe de tournage en Amazonie. Le long-métrage, mélangeant fiction et images pseudo-documentaires, provoque un tollé à sa sortie, au point que le réalisateur devra prouver devant la justice italienne que ses acteurs sont bien en vie. Robert Kerman, lui, livre une performance plus sobre que l’ensemble du film, qui reste l’un des sommets de sa carrière dans le cinéma traditionnel, aussi extrême soit-il.
Il apparaîtra également dans d’autres films de cannibales ou d’aventure trash (Cannibal Ferox, Eaten Alive!), toujours dans cette zone floue entre horreur graphique et série B exotique. Ces films, parfois oubliés pendant des années, sont aujourd’hui redécouverts par les amateurs de cinéma de genre comme des curiosités cultes, et Robert Kerman y est vu comme une figure emblématique.
Une fin de carrière en pointillés et une reconnaissance tardive
Après les années 1980, Robert Kerman peine à maintenir une carrière stable. L’industrie du X change de visage, le cinéma d’exploitation s’essouffle, et son passé pornographique continue à le pénaliser pour décrocher des rôles plus "classiques", notamment aux États-Unis. Il a plusieurs fois exprimé ses regrets d’avoir été "catalogué", bien qu’il n’ait jamais renié ses choix.
Dans les années 2000, il fait quelques brèves apparitions dans des films plus grand public, dont une petite scène dans Spider-Man (2002) de Sam Raimi. Il devient aussi une figure culte dans les festivals de cinéma de genre, où il est invité pour parler de Cannibal Holocaust et de ses autres rôles marquants. Le public redécouvre alors un acteur plus fin et plus lucide que son image ne le laissait parfois penser.
Une trajectoire à part, entre underground et culture culte
La carrière de Robert Kerman échappe à toute lecture linéaire. Elle est faite de choix pragmatiques, de prises de risques, de zones grises et de reconversions manquées. Mais c’est aussi ce qui la rend intéressante. Il n’a jamais été une star hollywoodienne, ni une icône mainstream, mais il a laissé une trace forte dans deux univers parallèles : le cinéma pour adultes, et le cinéma d’horreur extrême.
Et surtout, il a su apporter quelque chose de rare dans ces milieux souvent stéréotypés : un vrai jeu d’acteur, une implication sincère, même dans les projets les plus improbables. Cela suffit à lui valoir, encore aujourd’hui, le respect d’une partie du public et des cinéphiles les plus curieux.
Avec son regard fatigué, son air de ne pas y croire tout à fait, et sa capacité à tout jouer, du professeur anthropologue au chauffeur de bus lubrique, Robert Kerman reste un acteur de l’ombre... mais dont l’ombre est plus grande qu’on ne le croit.