Robert Downey Sr.

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Filmographie 6 films

Biographie

Robert Downey Sr., né Robert Elias Jr. le 24 juin 1936 à New York, et décédé le 7 juillet 2021 à Manhattan, est un réalisateur, scénariste et acteur américain au style radicalement libre, dont le nom reste souvent éclipsé par celui de son célèbre fils, Robert Downey Jr. Pourtant, dans les cercles du cinéma indépendant, Robert Downey Sr. est une figure incontournable du cinéma underground des années 1960 et 1970, période pendant laquelle il a signé plusieurs œuvres aussi satiriques que déroutantes.

Volontiers provocateur, résolument anarchiste dans sa manière de concevoir le 7ᵉ art, Robert Downey Sr. a cultivé une forme d’irrévérence joyeusement absurde. Son cinéma, fait de petits budgets et de grandes idées, n’a jamais visé les masses, mais a su conquérir un public de fidèles, attirés par son humour noir, son sens du non-sens, et sa critique acerbe de l’Amérique bien-pensante.

Une trajectoire atypique, entre autodidactisme et satire libre

Avant de devenir cinéaste, Robert Downey Sr. commence sa carrière dans la publicité, puis se tourne progressivement vers la réalisation de courts-métrages expérimentaux. Dans un New York en ébullition artistique, il se fait remarquer pour son ton décalé et ses partis pris formels résolument non conventionnels. Très vite, il rejette les modèles narratifs classiques pour adopter une démarche satirique, souvent proche du collage dadaïste.

C’est dans les années 1960 qu’il trouve sa voix — ou plutôt son cri : un cinéma sauvage, burlesque, souvent absurde, avec une esthétique bricolée qui assume fièrement ses limites budgétaires. Influencé par les mouvements contre-culturels, le théâtre de l’absurde et la bande dessinée underground, Robert Downey Sr. développe un style qui mélange critique sociale, humour grotesque et formules visuelles inattendues.

Putney Swope, satire corrosive devenue culte

En 1969, Robert Downey Sr. réalise son film le plus connu, Putney Swope, une satire hilarante et cinglante sur le monde de la publicité et du racisme institutionnel. Le pitch est simple : lors d’une élection interne dans une grande agence publicitaire, un membre noir du conseil d’administration est accidentellement élu président… et décide de tout bouleverser.

Tourné en noir et blanc avec un casting improbable et une mise en scène volontairement chaotique, le film dénonce autant le capitalisme que les récupérations progressistes hypocrites. Il devient un succès surprise, notamment auprès du public étudiant et des milieux artistiques, et s’inscrit rapidement parmi les œuvres phares du cinéma underground américain.

Aujourd’hui encore, Putney Swope est considéré comme un film culte, souvent cité pour son audace et son insolence. Et, dans une ironie toute downeyenne, le rôle principal n’est même pas doublé par l’acteur à l’écran… mais par Robert Downey Sr. lui-même, qui jugeait sa propre voix plus adaptée au ton du personnage.

Un cinéma libre, entre improvisation et irrévérence

Après Putney Swope, Robert Downey Sr. continue à tourner des films inclassables : Greaser’s Palace (1972), sorte de western biblique psychédélique, Pound (1970), où des humains incarnent des chiens enfermés dans un chenil, ou encore Chafed Elbows (1966), comédie surréaliste réalisée avec des photos fixes avant que ce soit à la mode.

Il ne cherche jamais à plaire. Il filme ce qui lui semble drôle, absurde, dérangeant, voire inutile. Il joue parfois dans ses propres films, souvent avec des proches ou des non-professionnels. Et dans Pound, il donne même un petit rôle à son fils de cinq ans, Robert Downey Jr., qui fait là ses débuts à l’écran — un passage de témoin sans prétention, mais symbolique.

L’œuvre de Robert Downey Sr. est marquée par une liberté artistique rare, mais aussi par une certaine méfiance à l’égard de l’industrie hollywoodienne. Il travaille souvent en marge, avec peu de moyens, et accepte très tôt que sa place se situe hors des sentiers battus.

Une reconnaissance discrète, mais réelle

Même si son nom n’apparaît pas dans les palmarès officiels ou les rétrospectives à grande échelle, Robert Downey Sr. a influencé une génération de cinéastes indépendants. Des réalisateurs comme Paul Thomas Anderson, Jim Jarmusch, Richard Linklater ou Spike Lee ont tous, à un moment ou un autre, évoqué son impact sur leur manière de concevoir le cinéma en dehors des normes.

Il reste, jusqu’à la fin de sa vie, une figure respectée de la scène artistique new-yorkaise, intervenant parfois dans des documentaires, apparaissant dans quelques films en tant qu’acteur, mais toujours avec la même attitude nonchalante. Pas besoin de reconnaissance institutionnelle quand on a l’estime de ses pairs — et la liberté totale de faire ce qu’on veut.

Une relation père-fils entre ombre et lumière

L’histoire de Robert Downey Sr., c’est aussi, en filigrane, celle d’un père atypique, artiste bohème, et d’un fils devenu superstar. La trajectoire de Robert Downey Jr., marquée par des hauts spectaculaires et des bas très médiatisés, est souvent évoquée en miroir avec l’indépendance farouche de son père. Les deux hommes entretiennent une relation complexe, faite d’admiration, de distance, mais aussi de profond respect mutuel.

En 2022, Robert Downey Jr. produit un documentaire intitulé Sr., diffusé sur Netflix, dans lequel il dresse un portrait touchant, plein d’humour et d’affection, de ce père hors normes. Un film qui permet à un public plus large de découvrir l’œuvre, mais aussi la personnalité atypique, de Robert Downey Sr., artiste aussi intransigeant que généreux.

Robert Downey Sr., artisan d’un cinéma sans permission

Robert Downey Sr. n’a jamais cherché à faire carrière, mais à faire des films. Des films bizarres, provocateurs, bricolés, mais libres. Et dans un paysage où le cinéma est souvent contraint par les chiffres, les formats et les attentes, son œuvre résonne comme un souffle d’air pur, un rappel que le cinéma peut aussi être un espace de jeu, d’ironie et d’irrévérence.

Moins connu du grand public, il est pourtant une figure essentielle pour comprendre une autre histoire du cinéma américain — celle qui se fait dans les marges, en Super 8, avec peu de moyens mais beaucoup d’idées. Et à ce titre, Robert Downey Sr. restera toujours, quelque part, le sale gosse génial du cinéma indépendant.

Filmographie

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