Robert Bloch
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Détails
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| Filmographie | 5 films |
Biographie
Robert Albert Bloch, né le 5 avril 1917 à Chicago (Illinois, États-Unis) et mort le 23 septembre 1994 à Los Angeles, est un écrivain américain principalement connu pour avoir écrit le roman Psycho, qui inspira Alfred Hitchcock pour l’un de ses films les plus célèbres. Mais réduire Robert Bloch à cet unique titre serait passer à côté d’une œuvre aussi foisonnante que dérangeante, enracinée dans le fantastique, l’horreur psychologique et une forme très particulière d’humour noir.
Fidèle à l’esprit de H. P. Lovecraft, dont il fut l’un des plus jeunes disciples, Bloch a développé une voix littéraire singulière, mêlant souvent violence, ironie et paranoïa urbaine. Il reste aujourd’hui une figure majeure de la littérature d’horreur américaine, à la croisée des genres et des générations.
Premiers pas dans l’ombre de Lovecraft
À seulement 17 ans, Robert Bloch entre en correspondance avec Howard Phillips Lovecraft, maître de l’horreur cosmique. Ce dernier, toujours curieux de jeunes plumes prometteuses, l’intègre rapidement dans son cercle informel d’auteurs : le “Mythe de Cthulhu” accueille bientôt un jeune Chicagoan.
Bloch publie ses premières nouvelles dans les pages de Weird Tales, une revue culte pour amateurs d’horreur et de fantastique. C’est là qu’il développe ses thématiques favorites : des individus banals confrontés à l’irrationnel, des descentes progressives dans la folie, et une affection certaine pour les fins cruelles mais grinçantes. Il signe également un hommage posthume à Lovecraft avec The Shambler from the Stars (1935), dans lequel il fait littéralement mourir un personnage inspiré de son mentor – avec son accord, bien entendu.
Psychose : du roman culte au chef-d’œuvre de Hitchcock
En 1959, Robert Bloch publie Psycho, roman court et glaçant inspiré du tueur en série Ed Gein, dont les crimes avaient bouleversé l’Amérique quelques années plus tôt. L’histoire d’un jeune homme apparemment inoffensif, Norman Bates, vivant dans un motel isolé avec sa mère… ou pas, va bouleverser les codes du thriller psychologique.
L’année suivante, Alfred Hitchcock en acquiert les droits dans le plus grand secret et en fait l’un de ses films les plus audacieux. Le reste appartient à la légende du cinéma, mais il faut souligner que le roman de Bloch, souvent éclipsé par son adaptation, possède sa propre force littéraire : une narration découpée, une montée en tension efficace, et surtout, une manière très crue de sonder la psyché humaine.
Le succès est tel que Bloch enchaîne avec deux suites (bien moins connues que l’original), mais son nom reste désormais irrémédiablement associé à Norman Bates, ce fils à maman devenu l’un des visages les plus inquiétants de la fiction américaine.
Une œuvre prolifique entre pulp, télévision et satire macabre
Robert Bloch n’a jamais cessé d’écrire, que ce soit pour des revues pulp, des romans de gare (au sens noble), ou des scénarios pour la télévision. Il a notamment signé plusieurs épisodes de Alfred Hitchcock Presents, Thriller, ou encore Star Trek. Car oui, Bloch peut aussi écrire de la science-fiction, tant que la folie et la cruauté sont au programme.
Son style est reconnaissable entre mille : très visuel, parfois ironique, toujours efficace. Il manie la peur comme un prestidigitateur manie ses cartes, souvent avec un clin d’œil. Il aime que ses personnages pensent avoir tout compris, juste avant de découvrir qu’ils sont piégés. Il affectionne les décors banals (bureaux, hôtels, salons ordinaires), dans lesquels se nichent les pires angoisses. Et surtout, il ne fait jamais tout à fait confiance à la normalité, ce vernis fragile sous lequel grince toujours quelque chose.
Un héritage durable dans la littérature d’horreur et au-delà
Robert Bloch laisse derrière lui une œuvre abondante : plus de 30 romans, plus de 400 nouvelles, et une multitude de scénarios. Il a remporté de nombreux prix, dont le Hugo Award, le Bram Stoker Award et le World Fantasy Award, souvent en hommage à l’ensemble de sa carrière.
Son influence est immense, bien que souvent indirecte. Stephen King, par exemple, l’a toujours reconnu comme une figure tutélaire. Quant aux amateurs de séries d’anthologie horrifiques, ils lui doivent beaucoup de ces histoires à twist final, où la peur n’arrive jamais là où on l’attend.
Jusqu’à sa mort en 1994, Robert Bloch est resté un conteur de l’ombre, fidèle à ses démons mais toujours un peu moqueur. Il n’était peut-être pas un génie torturé comme Lovecraft, ni un artisan du macabre comme Poe, mais il maîtrisait l’art du frisson immédiat, de l’angoisse psychologique, et ce mélange délicat entre horreur et satire qui rend ses textes toujours aussi savoureux à lire... avec une lampe allumée, de préférence.