Raymond Chow

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Détails

Autres noms 周文怀 Chow Man-wai
Âge
Nationalité
Filmographie 18 films

Biographie

Raymond Chow Man-wai (周文怀) est né le 8 octobre 1927 à Hong Kong et s’est éteint le 2 novembre 2018, dans la même ville. Figure discrète mais incontournable du cinéma asiatique, Raymond Chow n’était ni acteur ni réalisateur, mais producteur, et pas n’importe lequel. C’est lui qui a permis l’émergence du cinéma d’action hongkongais moderne, qui a lancé la carrière de Bruce Lee, et qui a propulsé le studio Golden Harvest au rang d’empire du divertissement en Asie. Autant dire que, sans lui, le cinéma d’arts martiaux ne serait sans doute pas ce qu’il est aujourd’hui.

Avant de devenir producteur, Raymond Chow étudie le journalisme à l’université de Hong Kong, puis travaille dans les relations publiques. Il entre dans le monde du cinéma presque par hasard, mais y trouve très vite sa voie. Son flair pour repérer les talents et son instinct de businessman vont transformer une petite industrie régionale en phénomène mondial.

La Shaw Brothers... puis la rupture stratégique

Dans les années 1950 et 60, Raymond Chow travaille chez Shaw Brothers Studio, alors le géant du cinéma en Asie. Il y occupe des postes de direction, supervise des productions, apprend les rouages du métier. Mais rapidement, il ressent une frustration croissante face au système rigide et centralisé du studio, où la créativité individuelle est bridée.

En 1970, il quitte la Shaw Brothers (coup de théâtre à l’époque) pour fonder son propre studio : Golden Harvest. Une décision risquée, presque suicidaire sur le papier, mais qui va totalement redistribuer les cartes du cinéma hongkongais.

Le principe de Golden Harvest est simple mais révolutionnaire : donner plus de liberté aux artistes, leur offrir une part des recettes, et miser sur une production plus moderne, plus souple, mieux adaptée aux goûts du public.

Bruce Lee, la révélation qui change tout

Le premier coup de génie de Raymond Chow, c’est de parier sur un jeune acteur sino-américain au style explosif et à l’attitude frondeuse : Bruce Lee. Recalé par les studios américains malgré un charisme évident, Bruce Lee trouve chez Raymond Chow l’oreille attentive et la liberté créative qu’il cherchait.

Avec The Big Boss (1971), puis Fist of Fury (1972), Golden Harvest frappe un grand coup. Le public est conquis, Bruce Lee devient une icône instantanée, et le cinéma hongkongais entre dans une nouvelle ère, plus brutale, plus rythmée, plus internationale. Les films ne sont pas seulement des succès locaux : ils s’exportent massivement, en Occident, en Asie du Sud-Est, en Afrique, et même dans les pays arabes.

Le sommet de cette collaboration est Enter the Dragon (1973), coproduit avec Warner Bros.. C’est la première fois qu’un film d’arts martiaux hongkongais est cofinancé par un studio hollywoodien. Le succès est mondial, mais la tragédie frappe peu après : Bruce Lee meurt à 32 ans, juste avant la sortie du film.

Ce drame aurait pu anéantir la Golden Harvest, mais Raymond Chow, malgré le choc, continue d’avancer.

De Jackie Chan à Jet Li : la pépinière d’icônes de Raymond Chow

Après Bruce Lee, Raymond Chow cherche un nouvel acteur capable d'incarner une autre forme d’héroïsme martial. Il mise alors sur un jeune cascadeur formé à l'opéra de Pékin : Jackie Chan. D’abord hésitant à se démarquer de l’ombre de Lee, Chan impose rapidement un style bien à lui, mélange d’arts martiaux et de comédie burlesque.

Golden Harvest produit alors une série de films cultes comme Drunken Master, Project A, Police Story... Raymond Chow laisse à Jackie Chan une grande liberté pour développer ses cascades et ses chorégraphies. Encore une fois, le pari est gagnant. Jackie Chan devient une superstar mondiale, et Golden Harvest son principal navire amiral.

Dans les années 90, Raymond Chow produit aussi des films avec Jet Li, notamment Fong Sai Yuk ou Once Upon a Time in China (via la collaboration avec Tsui Hark). Il contribue ainsi à renouveler le genre tout en respectant ses codes traditionnels.

Une influence bien au-delà de Hong Kong

Raymond Chow ne se contente pas de produire des films. Il façonne l’identité même du cinéma hongkongais moderne. Il comprend très tôt l’importance du marché international, du marketing et du cross-over entre les cultures. Sous sa direction, Golden Harvest ouvre des antennes à Hollywood, à Taïwan, en Thaïlande...

Il produit aussi des films non martiaux, comme des comédies populaires ou des drames, mais son nom reste à jamais associé à l’action. Il fait partie de ceux qui ont transformé un cinéma de niche en phénomène culturel mondial, influençant même des réalisateurs occidentaux comme Quentin Tarantino, the Wachowskis, ou Gareth Evans.

En 2007, Raymond Chow reçoit le Lifetime Achievement Award aux Hong Kong Film Awards, une reconnaissance tardive mais largement méritée.

Un bâtisseur de l’ombre qui a changé la donne

Contrairement aux stars qu’il a révélées, Raymond Chow n’a jamais cherché la lumière. Il est resté discret, préférant les salles de réunion aux tapis rouges. Mais sans lui, pas de Bruce Lee à l’échelle mondiale. Pas de Jackie Chan avec autant de liberté. Pas de Golden Harvest comme moteur du renouveau asiatique. Il a su allier flair artistique, sens des affaires et intuition culturelle comme peu de producteurs l'ont fait.

Aujourd’hui encore, son nom résonne avec respect et nostalgie pour tous ceux qui ont grandi avec le cinéma de Hong Kong. Il était le pont entre l’Orient et l’Occident, entre le kung-fu traditionnel et le divertissement de masse, entre les coups de pied spectaculaires et les succès internationaux.

Raymond Chow ne portait pas le costume de héros à l’écran, mais dans les coulisses, c’était bien lui le grand maître du jeu.

Filmographie

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