Radu Mihăileanu

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Filmographie 2 films

Biographie

Radu Mihăileanu est né le 23 avril 1958 à Bucarest, en Roumanie. Il grandit dans une famille juive, marquée à la fois par les cicatrices de l’Histoire et les interdits d’un régime communiste autoritaire. Très tôt, il est fasciné par la littérature, le théâtre, le langage et par ce que le cinéma peut en faire. Fuyant la dictature de Ceaușescu, il s’exile en France dans les années 80, où il entame une carrière de scénariste et de réalisateur.

Radu Mihăileanu, c’est l’un des rares cinéastes à avoir su faire de l’exil, de l’errance, de l’identité et de l’humour des matériaux de cinéma universels. Son œuvre, à la fois profondément enracinée dans l’histoire européenne et ouverte au monde, cultive une forme de réalisme poétique, sans cynisme, sans posture, mais jamais naïf. Un cinéma du cœur et de la mémoire, qui interroge autant qu’il réconforte.

Un premier grand choc : Train de vie

C’est avec Train de vie (1998) que Radu Mihăileanu se fait connaître du grand public. Le film, à mi-chemin entre la fable, la comédie absurde et le drame historique, raconte l’histoire improbable d’un village juif d’Europe de l’Est qui décide de simuler sa propre déportation pour échapper aux nazis. Sujet casse-gueule par excellence, traitement délicat mais brillamment équilibré entre humour, tendresse et tragédie.

Le film est salué internationalement, car il parvient à aborder la Shoah sans frontalité brutale, mais sans jamais la minimiser. Train de vie s’inscrit dans une tradition de cinéma à la Charlie Chaplin ou à la Emir Kusturica, où le grotesque révèle la profondeur, où l’émotion surgit à travers le rire.

Ce premier long-métrage signe déjà la marque de fabrique de Mihăileanu : un mélange de réalisme historique, de comédie burlesque et de réflexion existentielle, toujours porté par un regard profondément humaniste.

Un cinéma de l’exil et de la transmission

Son deuxième long-métrage, Va, vis et deviens (2005), est un autre jalon important de sa filmographie. Le film suit un jeune Éthiopien chrétien envoyé en Israël en se faisant passer pour juif, lors de l’opération Moïse dans les années 80. Là encore, Radu Mihăileanu s’attaque à une réalité historique lourde : l’immigration, l’identité, le déracinement, qu’il traite avec émotion et subtilité.

Ce film, peut-être son plus fort à ce jour, lui vaut une reconnaissance internationale : Prix du public à la Berlinale, César du meilleur scénario original, et une pluie d’autres récompenses. À travers ce récit, Mihăileanu interroge l’appartenance, la mémoire, le mensonge utile, et la construction d’un soi mouvant. C’est un film politique, certes, mais avant tout profondément intime.

Avec Va, vis et deviens, il confirme qu’il est l’un des grands conteurs de l’exil, et qu’il sait, sans manichéisme ni pathos, parler du monde à travers des trajectoires personnelles.

De la comédie musicale au conte féministe

Avec Le Concert (2009), Radu Mihăileanu revient à un registre plus léger — du moins en surface. Cette comédie douce-amère suit un ancien chef d’orchestre du Bolchoï, déchu par le régime soviétique, qui tente de réunir ses anciens musiciens pour un concert à Paris. À nouveau, le film joue sur les contrastes : humour, nostalgie, musique, blessures historiques. Un cocktail qui fonctionne : Le Concert est un succès public en France et à l’international, porté par Alexeï Guskov et Mélanie Laurent, et une bande-son mémorable.

Puis vient La Source des femmes (2011), tourné au Maroc, qui transpose la grève du sexe de Lysistrata dans un village où les femmes, épuisées par leur condition, cessent d’avoir des relations intimes avec leurs maris jusqu’à ce que ceux-ci prennent leur part des corvées d’eau. Un film féministe dans le fond sans être doctrinaire dans la forme, qui reste fidèle à l’approche de Mihăileanu : utiliser la fable pour interroger des réalités sociales concrètes. Sélectionné en compétition au Festival de Cannes, il confirme l’ambition humaniste et universelle de son cinéma.

Une fidélité au récit, au collectif, au vivant

Même quand ses films ne sont pas autobiographiques, Radu Mihăileanu raconte ce qu’il connaît profondément : la tension entre l’individu et le groupe, le poids des origines, la force de la transmission. Il ne fait pas un cinéma bavard, mais un cinéma qui aime les personnages, les peuples, les histoires multiples.

Il travaille souvent avec des castings multinationaux, mêlant langues, cultures et registres. Dans ses films, on passe du rire à l’émotion sans transition visible, parce que la vie elle-même n’en fait pas. Il ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à faire entendre des voix qu’on entend peu. Son travail s’adresse autant à l’esprit qu’au cœur, ce qui explique peut-être sa longévité, même loin des tendances du moment.

Filmographie

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