Polly Platt

  • Casting
  • Production

Détails

Âge
Nationalité
Filmographie 4 films
Récompense 1 nomination et 0 victoire

Biographie

Polly Platt, née le 29 janvier 1939 à Fort Sheridan, dans l’Illinois, et décédée le 27 juillet 2011 à New York, est une scénariste, directrice artistique, productrice et découvreuse de talents américaine. Si son nom reste aujourd’hui relativement méconnu du grand public, son influence sur le nouvel Hollywood et le cinéma américain contemporain est considérable. À la croisée de nombreux films majeurs, Polly Platt a joué un rôle clé, souvent en coulisses, dans la naissance de carrières emblématiques et le raffinement visuel de plusieurs œuvres cultes.

Des débuts dans le design de production, au cœur du nouvel Hollywood

Polly Platt commence sa carrière comme chef décoratrice, à une époque où les femmes sont encore rares à ce poste dans l’industrie. Formée à l’École des beaux-arts de Carnegie Mellon, elle développe très tôt un œil acéré pour la composition visuelle, l’esthétique américaine, les détails de décor qui racontent une histoire sans un mot. Elle rencontre le réalisateur Peter Bogdanovich, dont elle devient l’épouse et la collaboratrice.

Elle co-conçoit avec lui les univers visuels de plusieurs de ses films les plus célèbres, en particulier :

  1. The Last Picture Show (1971), drame mélancolique sur l’Amérique rurale
  2. Paper Moon (1973), fable en noir et blanc au charme vintage
  3. What’s Up, Doc? (1972), comédie hommage aux screwball comedies des années 30

Bien que non toujours créditée officiellement, Polly Platt joue un rôle déterminant dans la conception visuelle, mais aussi dans les choix de casting, de ton, de narration. À cette époque, elle est bien plus qu’une technicienne : elle est une co-architecte artistique.

Leur collaboration prend fin après le succès de The Last Picture Show, lorsque Bogdanovich entame une relation avec Cybil Shepherd, actrice que Platt elle-même avait recommandée pour le rôle principal. Cette rupture sentimentale et professionnelle marque un tournant, mais ne freine en rien sa carrière, au contraire, elle s’émancipe et affirme sa propre voix.

Découvreuse de talents et mentor silencieuse

Dans les années qui suivent, Polly Platt devient une figure-clé dans le lancement de nombreuses carrières. Elle travaille chez Gracie Films, la société fondée par James L. Brooks, et y joue un rôle essentiel dans la production de films marquants comme :

  1. Terms of Endearment (1983)
  2. Broadcast News (1987)
  3. Say Anything... (1989), premier film de Cameron Crowe
  4. Bottle Rocket (1996), premier film de Wes Anderson

C’est elle qui repère et soutient les débuts de Wes Anderson et Owen Wilson, alors totalement inconnus. Elle défend Bottle Rocket auprès de la production, contribue à convaincre les studios, et agit en mentor bienveillante. Sans elle, difficile d’imaginer l’émergence de ce style si particulier qui deviendra la marque de fabrique d’Anderson.

Elle aide également Cameron Crowe à affiner l’écriture de son premier scénario, le poussant à clarifier ses personnages et à creuser ses dialogues.

Sa force réside dans son instinct narratif autant que dans son sens visuel : elle comprend ce qui touche une audience, et ce qui rend un personnage vivant. Dans une industrie largement dominée par des hommes, elle agit comme un maillon essentiel entre les créateurs et la production, avec une capacité rare à faire émerger les bonnes idées, et les bonnes personnes.

Scénariste et productrice : une voix discrète mais influente

Polly Platt n’a jamais cherché à diriger de film, mais elle écrit et produit. Elle coécrit notamment Pretty Baby (1978) avec Louis Malle, et participe à la production de plusieurs films à la croisée du grand public et du cinéma d’auteur.

Elle n'est pas toujours créditée à la hauteur de son apport, ce qui contribue à sa relative invisibilité dans l’histoire officielle du cinéma américain. Mais ceux qui ont travaillé avec elle ou croisé sa route sont nombreux à témoigner de sa patience, de sa lucidité artistique, et de sa capacité à trouver ce qui élève un film au-dessus de la moyenne.

Une pionnière dans un milieu peu accueillant aux femmes

Dans une époque où les femmes étaient rarement productrices, encore moins chefs décoratrices ou découvreuses de talents, Polly Platt s’impose par le travail, l’intuition et la loyauté envers les projets, plus que par le charisme médiatique. Elle ne s’est jamais mise en avant, préférant faire émerger les autres.

Elle fut également la première femme à intégrer la branche "design de production" de l’Académie des Oscars, ce qui en dit long sur sa position dans un univers professionnel longtemps fermé.

Un héritage en filigrane, mais déterminant

Polly Platt est de ces personnalités qui n’apparaissent que rarement au générique, mais qui changent profondément le visage du cinéma. Grâce à elle, des films ont existé, des carrières ont démarré, des styles visuels ont trouvé leur cohérence. Son travail a contribué à forger l’identité du cinéma américain des années 70 à 90, entre réalisme, fantaisie et ancrage émotionnel.

Depuis sa mort en 2011, plusieurs témoignages (dont la série audio You Must Remember This, qui lui consacre une saison entière) ont permis de remettre son nom au centre de l’histoire du cinéma hollywoodien, un nom trop longtemps relégué à l’arrière-plan, alors qu’il était en réalité au cœur du processus créatif.

Si l’industrie avait davantage reconnu les femmes dans leurs rôles de créatrices, Polly Platt figurerait sans doute depuis longtemps parmi les grands noms du cinéma américain. Aujourd’hui, c’est peu à peu le cas.

Filmographie

4 sur 4 films

  • Ajouté le
  • Modifié le