Paul Schrader
- Réalisation
- Écriture
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 9 films |
| Récompenses | 3 nominations et 2 victoires |
Biographie
Paul Joseph Schrader, né le 22 juillet 1946 à Grand Rapids, dans le Michigan (États-Unis), est un scénariste, réalisateur et critique de cinéma américain. Il est surtout connu pour sa collaboration avec Martin Scorsese, avec qui il signe certains des scénarios les plus marquants du cinéma américain des années 70 et 80. Mais réduire Paul Schrader à un simple scénariste serait une erreur : il est aussi l’auteur d’une œuvre personnelle, complexe, souvent dérangeante, où se mêlent solitude, culpabilité, rédemption et violence intérieure.
Né dans une famille calviniste très stricte, il ne voit pas son premier film avant l'âge de 17 ans. Cette absence de culture cinématographique dans sa jeunesse n’empêchera pas Paul Schrader de devenir, quelques années plus tard, l’un des penseurs les plus aigus du septième art. Avant même de passer derrière la caméra, il se fait remarquer comme critique pour des publications spécialisées, et notamment par un essai fondateur : Transcendental Style in Film: Ozu, Bresson, Dreyer (1972), où il analyse un cinéma du dépouillement et de la spiritualité. Tout un programme, qu’il ne cessera d’explorer par la suite.
Un scénariste viscéral, architecte de la colère et du malaise
Le nom de Paul Schrader reste indissociable de Taxi Driver, chef-d'œuvre réalisé par Martin Scorsese en 1976. Le scénario, écrit dans une période de grande détresse psychologique, donne naissance à l’un des personnages les plus emblématiques du cinéma américain : Travis Bickle, vétéran de guerre insomniaque, solitaire, hanté par la décadence de New York. Le film incarne une forme de nihilisme urbain qui deviendra la marque de fabrique de Paul Schrader.
Le duo Scorsese–Schrader continue avec Raging Bull (1980), La Dernière tentation du Christ (1988) et Bringing Out the Dead (1999), des films où la violence, le sacrifice et la souffrance s’inscrivent comme des enjeux existentiels. Chez Paul Schrader, le personnage principal est souvent un homme en crise, dans une trajectoire de chute ou de salut, mais toujours en tension. Il n’y a jamais de repos, rarement de paix.
Ce qui frappe dans ses scénarios, c’est leur intensité psychologique. On y trouve des soliloques, des voix-off, des journaux intimes, des prières désespérées. L’action importe peu : c’est l’âme du personnage qui est au centre. Paul Schrader écrit comme on confesse, comme on autopsie, avec une précision clinique et une fièvre latente.
Un réalisateur aux obsessions métaphysiques
Dès 1978, Paul Schrader passe à la réalisation avec Blue Collar, un drame social rugueux sur trois ouvriers de Detroit, porté par Richard Pryor et Harvey Keitel. Ce film annonce le ton : âpre, frontal, politique. Suivront des œuvres marquantes comme American Gigolo (1980), Mishima: A Life in Four Chapters (1985), Affliction (1997), et plus récemment First Reformed (2017) ou The Card Counter (2021), qui témoignent tous d’une remarquable cohérence thématique.
Le cœur de son cinéma repose sur une structure qu’il qualifie lui-même de "diary film" : un homme seul, hanté par un traumatisme ou un monde qu’il ne comprend plus, entame une descente introspective. Ces personnages sont souvent des figures de rédemption impossible, guidées par une quête quasi religieuse. Paul Schrader a d’ailleurs lui-même résumé ce type de personnage comme "un homme assis dans une chambre", ce qui, avouons-le, n’est pas le pitch le plus vendeur… mais c’est souvent l’un des plus profonds.
First Reformed, avec Ethan Hawke, cristallise cette forme de cinéma. Le film suit un prêtre protestant rongé par la culpabilité, la foi vacillante et les préoccupations écologiques, dans un style qui convoque aussi bien Bresson que Bergman. Ce film marque un véritable retour en grâce pour Paul Schrader, salué par la critique internationale pour sa rigueur formelle et sa puissance dramatique.
Un cinéaste habité par la foi, la faute et la solitude
Chez Paul Schrader, impossible d’échapper à la dimension religieuse. Bien qu’il se soit éloigné du dogme calviniste de son enfance, il n’a jamais cessé de questionner la notion de péché, de salut, de sacrifice. Ses films sont peuplés de figures messianiques, de prêtres, de soldats, de juges ou d’expiateurs. Il met en scène des hommes qui écrivent des journaux, qui prient en silence, qui cherchent un sens à leur souffrance. Pas vraiment de quoi faire rire les foules, certes, mais un terreau d’une richesse inépuisable.
C’est un cinéma qui ne cherche pas à séduire, mais à questionner. Qui ne flatte ni les émotions faciles, ni les conventions du genre. Paul Schrader est souvent plus respecté que célébré, plus étudié que consommé. Pourtant, ses films laissent une empreinte durable, parfois même dérangeante. Ils s’adressent à ceux qui veulent penser, douter, creuser.
Son style visuel, longtemps minimaliste, s’est durci avec le temps. Il préfère les plans fixes, les cadres géométriques, les silences. Son art n’est pas spectaculaire, mais tendu. Et lorsqu’il flirte avec le thriller ou le film de vengeance, c’est toujours avec une distance presque ascétique.
Un auteur fidèle à lui-même, malgré les échecs et les embûches
La carrière de Paul Schrader n’a pas été un long fleuve tranquille. Plusieurs de ses films ont été des échecs commerciaux ou critiques, parfois massacrés au montage, parfois totalement ignorés. Il a connu des périodes de creux, de désaveu, de marginalisation dans l’industrie hollywoodienne. Pourtant, il a toujours poursuivi sa route, sans céder au cynisme ni à la facilité.
Loin des standards formatés, Paul Schrader est resté un auteur au sens fort du terme : un cinéaste qui creuse les mêmes sillons, qui interroge la condition humaine avec constance, sans jamais édulcorer. Il revendique un cinéma moral, pas moralisateur, mais profondément éthique. Un cinéma où le spectateur est face à lui-même, sans filtre, sans issue confortable.
Filmographie
9 sur 9 films