Patricia Highsmith
- Écriture
Détails
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Biographie
Patricia Highsmith est une romancière et nouvelliste américaine, née le 19 janvier 1921 à Fort Worth, au Texas, et décédée le 4 février 1995 à Locarno, en Suisse. Elle est surtout connue pour ses romans à suspense psychologique, son exploration glaçante de la criminalité ordinaire, et pour avoir donné naissance à l’un des personnages les plus ambigus de la littérature moderne : Tom Ripley.
Traduites dans des dizaines de langues, ses œuvres continuent d’influencer romanciers, cinéastes et lecteurs passionnés de récits noirs. Pourtant, Patricia Highsmith, aussi célèbre soit-elle, est restée toute sa vie une figure solitaire, souvent à contre-courant des normes sociales et littéraires de son temps.
Une enfance instable, une voix singulière
Née sous le nom de Mary Patricia Plangman, Patricia Highsmith grandit dans un climat familial compliqué. Ses parents divorcent peu après sa naissance, et ses relations avec sa mère, qu’elle qualifiera plus tard de toxiques, restent tendues toute sa vie. Très tôt, elle développe un regard distancié, parfois cruel, sur le monde qui l’entoure. Elle étudie à la Columbia University, se passionne pour la psychanalyse, et commence à écrire dès la fin des années 1940.
Son premier roman, Strangers on a Train (L'Inconnu du Nord-Express, 1950), est rapidement adapté par Alfred Hitchcock, ce qui propulse Patricia Highsmith sur la scène littéraire internationale. L’histoire de deux hommes liés par un pacte meurtrier y révèle déjà ses obsessions : culpabilité, fascination du crime, identités doubles, et violence morale.
Tom Ripley, ou l’élégance du mal
Avec The Talented Mr. Ripley (Monsieur Ripley, 1955), Patricia Highsmith crée un personnage unique : un jeune homme sans scrupules, menteur, voleur, manipulateur et assassin, mais dont le lecteur ne peut s’empêcher de suivre et, parfois, d’admirer les actes. Tom Ripley incarne cette ambiguïté morale qui deviendra la marque de fabrique de l’autrice. Il est charmant, cultivé, amoral, et pourtant terriblement humain.
Le succès du roman lui vaut une série de suites, surnommée les Ripliades, dans lesquelles le héros évolue dans un monde feutré, tout en continuant ses manœuvres mortelles avec un détachement presque aristocratique. À rebours des héros de roman noir classiques, Patricia Highsmith fait de Ripley un criminel qui ne paie pas toujours pour ses crimes, ce qui choque à l’époque, et fascine encore aujourd’hui.
Une autrice complexe, misanthrope et brillante
La personnalité de Patricia Highsmith n’est pas plus lisse que ses personnages. Elle est connue pour son misanthropie assumée, son humour noir, et une forme de provocation intellectuelle. Elle vit longtemps en Europe, fuyant les normes sociales américaines et les pressions éditoriales. Elle entretient une vie personnelle secrète et souvent tourmentée, notamment en raison de son homosexualité, à une époque où celle-ci est socialement marginalisée.
Paradoxalement, c’est sous pseudonyme qu’elle publie en 1952 l’un des premiers romans lesbiens à fin heureuse, The Price of Salt (plus tard réédité sous le titre Carol), qui connaîtra un large succès après avoir circulé longtemps sous le radar. Ce livre, plus doux mais tout aussi subtil, sera adapté au cinéma en 2015 par Todd Haynes, avec Cate Blanchett et Rooney Mara, révélant au grand public une autre facette de Patricia Highsmith.
Un style froid, chirurgical, mais profondément humain
Ce qui distingue l’écriture de Patricia Highsmith, c’est son style sobre, dépouillé, souvent clinique. Elle ne cherche pas l’effet spectaculaire, mais décortique méthodiquement les mécanismes du doute, du désir, de la peur ou de la perversion. Son art du suspense repose plus sur la tension psychologique que sur l’action. Elle excelle à rendre inquiétante la banalité du quotidien, et à montrer combien le crime peut naître de situations apparemment ordinaires.
Ses récits ne jugent pas. Ils observent. Et dans cet écart entre l’action et la morale, entre l’apparence et l’intention, elle installe un malaise qui persiste bien après la dernière page. Ce n’est pas un hasard si de nombreux cinéastes, de Claude Chabrol à Anthony Minghella, ont adapté ses œuvres : elles contiennent déjà, en germe, un langage visuel fait de silences, de regards et de tensions invisibles.
Patricia Highsmith, une référence intemporelle du roman psychologique
À sa mort en 1995, Patricia Highsmith laisse derrière elle une œuvre dense, traduite et étudiée dans le monde entier. Elle a inspiré des générations d’écrivains de thriller et de roman noir, mais aussi de lecteurs avides de récits dérangeants, intelligents, et souvent très en avance sur leur temps.
Elle reste l’une des rares autrices à avoir donné une place centrale au criminel, non comme un monstre, mais comme un être complexe, ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocent. Et surtout, elle a réussi à faire de l’ombre un espace de liberté, où l’on explore sans tabou les contradictions humaines. Avec Patricia Highsmith, le mal n’est jamais là où on l’attend. Et c’est ce qui rend sa littérature si profondément captivante.