Moon So-ri
- Casting
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 3 films |
| Récompense | 1 nomination et 1 victoire |
Biographie
Moon So-ri (문소리), née le 2 juillet 1974 à Busan, en Corée du Sud, est une actrice, scénariste, réalisatrice et professeure dont le parcours se distingue par une exigence artistique constante et une liberté de ton rare dans le cinéma sud-coréen. Révélée au public au tournant des années 2000, Moon So-ri a su imposer un jeu à la fois physique, intense et subtil, s’illustrant aussi bien dans le cinéma d’auteur que dans des productions plus accessibles. Au fil des années, elle est devenue bien plus qu’une interprète : une créatrice complète, engagée dans la représentation des femmes, de la complexité humaine et de la place de l’artiste dans la société coréenne.
Un démarrage fulgurant avec Oasis et Peppermint Candy
Moon So-ri fait ses débuts sur grand écran dans Peppermint Candy (1999) de Lee Chang-dong, un film devenu emblématique du renouveau cinématographique sud-coréen. Mais c’est surtout en 2002 que son nom explose au niveau international, grâce à son rôle dans Oasis, toujours sous la direction de Lee Chang-dong. Elle y incarne une jeune femme atteinte de paralysie cérébrale dans une histoire d’amour dérangeante et bouleversante. Ce rôle lui vaut le prix Marcello Mastroianni à la Mostra de Venise, consacré aux jeunes talents prometteurs. Une reconnaissance qui ne relève pas du hasard, tant sa prestation dans ce film est habitée, sans artifice, tout en pudeur et en puissance.
Cette entrée en matière donne le ton de la carrière de Moon So-ri : un refus des rôles faciles, une volonté d’explorer des personnages à la marge, souvent blessés ou en rupture, mais toujours profondément humains.
Une filmographie exigeante entre auteurs confirmés et récits intimes
Dans les années qui suivent, Moon So-ri enchaîne les projets avec des cinéastes reconnus, souvent dans des rôles de femmes fortes, fragiles, mais jamais réduites à un stéréotype. Dans A Good Lawyer’s Wife (2003) de Im Sang-soo, elle joue une épouse infidèle dans une société coréenne corsetée par les apparences. Le film est controversé, mais sa performance est largement saluée.
Elle retrouve les codes du drame intime dans Sa-kwa (2005), explore la satire avec The President's Barber ou encore Venus Talk, film plus léger mais abordant sans détour les désirs féminins. On la retrouve aussi dans des films expérimentaux comme Hill of Freedom de Hong Sang-soo, dans The Handmaiden de Park Chan-wook, ou plus récemment dans Three Sisters (2021), drame familial âpre qu’elle co-interprète avec deux autres figures féminines fortes.
Toujours fidèle à une forme de radicalité douce, Moon So-ri sait aussi choisir des projets populaires quand ils permettent une expression sincère de son art. Elle joue dans la série On the Verge of Insanity ou plus récemment dans Queenmaker sur Netflix, où elle incarne une stratège politique d’une grande intensité.
Une actrice qui devient aussi réalisatrice, pour parler autrement
À partir des années 2010, Moon So-ri passe derrière la caméra, avec d’abord des courts-métrages, puis son long-métrage The Running Actress (2017), véritable mise en abyme de son quotidien. Le film, qu’elle écrit, réalise et interprète, est à la fois drôle et mélancolique, et pose un regard lucide sur la condition des actrices d’âge mûr, la maternité, la pression sociale… C’est un cinéma du quotidien, mais avec une ironie bien dosée. Cette œuvre confirme qu’elle n’est pas simplement une interprète mais une artiste à part entière, qui réfléchit aussi à sa place dans l’industrie.
Elle poursuit avec Persona: Collectors, un autre projet hybride, toujours centré sur les tensions entre image publique et vie intérieure. En parallèle, elle enseigne à l’université Konkuk, où elle partage son expérience avec la nouvelle génération d’acteurs.
Une présence forte dans les festivals et les institutions
La reconnaissance critique de Moon So-ri ne se limite pas aux prix d’interprétation. Elle est régulièrement invitée à faire partie de jurys prestigieux, notamment à Locarno ou à la Mostra de Venise, où elle siège aux côtés de cinéastes internationaux. C’est un signe évident de son rayonnement intellectuel et artistique, bien au-delà des frontières coréennes.
Ses prises de parole sont rares, mais toujours précises. Elle n’hésite pas à défendre une vision plus ouverte du cinéma, plus égalitaire aussi, et s’est exprimée à plusieurs reprises sur la nécessité de mieux représenter les femmes dans tous les secteurs de l’industrie.