Mike Nichols
- Réalisation
- Production
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 10 films |
| Récompenses | 10 nominations et 4 victoires |
Biographie
Mike Nichols, né Mikhail Igor Peschkowsky le 6 novembre 1931 à Berlin, en Allemagne, et décédé le 19 novembre 2014 à New York, était un réalisateur, producteur, scénariste et comédien américain, naturalisé après avoir fui le nazisme avec sa famille en 1939.
Il fait partie de ces figures rares ayant laissé une empreinte durable à la fois au cinéma, à la télévision et au théâtre, avec une acuité d’observation et une ironie mordante qui n’appartiennent qu’à lui. Derrière ses lunettes souvent vissées sur le nez et un flegme discret, Mike Nichols a radiographié la société américaine pendant plus de 50 ans, avec un art du dialogue acéré et une capacité à mettre en lumière les névroses sociales, conjugales et politiques. Il n’était pas un faiseur d’images à effets, mais un directeur d’acteurs, un narrateur du réel, qui savait quand se taire pour laisser parler les silences.
Un début par le rire : la scène, la satire et l’art du duo
Avant de passer derrière la caméra, Mike Nichols débute dans les années 1950 comme comédien et improvisateur, notamment avec Elaine May, avec qui il forme un duo comique légendaire. Le tandem Nichols and May révolutionne l’humour américain avec un ton vif, satirique, souvent absurde, basé sur l’improvisation. Leur succès sur scène, à Broadway comme en disque, installe Mike Nichols comme un observateur affûté des comportements humains, avec une sensibilité aussi drôle qu’inquiétante.
Ce sens du timing comique et du sous-texte ne le quittera jamais, même dans ses œuvres les plus sombres. Il garde de ses années d’improvisation une écoute absolue des dialogues, et une manière unique de faire surgir la vérité à travers les échanges les plus banals.
Who’s Afraid of Virginia Woolf? et The Graduate : entrée fracassante au cinéma
Le cinéma s’ouvre à lui en 1966, avec l’adaptation de la pièce Who’s Afraid of Virginia Woolf?, qui marque les débuts fracassants de Mike Nichols en tant que réalisateur. Le film, porté par Elizabeth Taylor et Richard Burton, est un huis clos violent, verbalement destructeur, qui déconstruit le couple bourgeois américain. Une entrée en matière audacieuse et saluée, puisque le film reçoit plusieurs nominations aux Oscars.
Un an plus tard, en 1967, Mike Nichols frappe encore plus fort avec The Graduate, l’un des films emblématiques du Nouvel Hollywood. Il y dirige Dustin Hoffman, jeune inconnu à l’époque, dans le rôle de Benjamin Braddock, étudiant perdu dans un monde d’adultes absurdes et hypocrites. Le film, acide et mélancolique, devient le symbole du malaise générationnel des années 60, avec la musique de Simon & Garfunkel en bande-son hypnotique.
Le succès est immense : Mike Nichols remporte l’Oscar du meilleur réalisateur en 1968. Mais plus que la récompense, c’est la reconnaissance d’un cinéaste de rupture, capable de capter le non-dit, la gêne sociale, le ridicule caché derrière les conventions.
Une carrière entre satire, émotion et direction d’acteurs
Après ces débuts fulgurants, Mike Nichols poursuit une carrière où il alterne projets audacieux, adaptations théâtrales et films plus populaires, tout en restant fidèle à un certain réalisme psychologique. Il dirige Jack Nicholson, Meryl Streep, Emma Thompson, Robin Williams, Julia Roberts, Tom Hanks… La liste est longue, et tous saluent sa capacité à mettre en confiance, à créer un espace de jeu et de précision redoutable.
Parmi ses films marquants, on peut citer Carnal Knowledge (1971), sur les relations hommes-femmes ; Silkwood (1983), drame social avec Meryl Streep ; Working Girl (1988), qui révèle Melanie Griffith dans une satire du monde du travail ; ou encore The Birdcage (1996), remake flamboyant de La Cage aux folles, avec Robin Williams et Nathan Lane, où il conjugue humour, tendresse et subversion dans un film grand public.
En 2004, il signe Closer, huis clos moderne et cruel sur les relations amoureuses, avec Jude Law, Natalie Portman, Julia Roberts et Clive Owen. Un film qui, une fois encore, interroge les faux-semblants, les mots trop dits, les gestes mal faits, avec un ton chirurgical, presque théâtral.
Un homme de théâtre et de télévision aussi
Parallèlement à sa carrière cinématographique, Mike Nichols n’a jamais quitté le théâtre. Il met en scène de nombreuses pièces à Broadway, et remporte neuf Tony Awards, ce qui est loin d’être anecdotique. Il est l’un des rares artistes à avoir obtenu les quatre grandes distinctions du spectacle américain : Oscar, Tony, Emmy, Grammy (le fameux EGOT).
À la télévision, il marque également les esprits avec Angels in America (2003), adaptation de la pièce de Tony Kushner, diffusée sur HBO. Cette mini-série monumentale sur le sida, la politique et l’âme américaine vaut à Mike Nichols un Emmy Award, et confirme son goût pour les récits puissants, politiques, mais profondément humains.
Un cinéaste du mot, du doute, et du détail
Ce qui fait la particularité de Mike Nichols, c’est sa façon de filmer les dialogues comme d’autres filment l’action. Il capte les silences, les hésitations, les glissements dans la voix, les regards qui fuient. Il s’intéresse aux zones grises, aux personnages imparfaits, aux vérités fuyantes. Son cinéma n’est pas spectaculaire, mais il creuse, il gratte, il désarme.
Il n’a jamais eu un style visuel flamboyant, mais plutôt une élégance discrète, toujours au service du texte et des comédiens. Ce qu’il cherche avant tout, c’est la justesse, et c’est cela qui rend ses films si vivants, même des décennies après leur sortie.
Une œuvre profondément humaine, sans illusions
Décédé en 2014, Mike Nichols laisse derrière lui une œuvre riche, variée, traversée par une lucidité souvent mélancolique, mais jamais cynique. Il avait ce regard aiguisé sur l’Amérique, ses contradictions, ses faux-semblants, mais aussi sur l’être humain, ses failles et ses sursauts.
Peu d’artistes auront su, comme lui, parler du malaise avec autant de finesse, mêler humour et douleur, désillusion et tendresse, sans jamais tomber dans la mièvrerie ni dans la caricature. Mike Nichols, c’est la preuve qu’on peut faire rire, pleurer, réfléchir, sans hausser le ton ni baisser les yeux.
Filmographie
10 sur 10 films