Michael Ritchie
- Réalisation
Détails
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| Filmographie | 3 films |
Biographie
Michael Ritchie, né le 28 novembre 1938 à Waukesha, dans le Wisconsin (États-Unis), et décédé le 16 avril 2001 à New York, est un réalisateur et producteur de cinéma américain connu pour ses films des années 70 à 90, qui oscillent entre satire sociale, comédie mordante et divertissement grand public. Il fait partie de cette génération de cinéastes américains qui ont su mêler analyse critique et accessibilité, avec un regard acéré sur les institutions américaines : politique, sport, médias… tout y passe, toujours avec un ton ironique et désabusé, mais rarement cynique.
Une formation intellectuelle et une entrée par la petite porte du petit écran
Avant de passer au grand écran, Michael Ritchie étudie à Harvard, ce qui n’est pas anodin : il gardera toujours ce goût pour les structures de pouvoir et leur fonctionnement interne, qu’il décortiquera plus tard avec finesse dans ses films. Il commence sa carrière comme réalisateur pour la télévision dans les années 1960, notamment sur des séries comme Dr. Kildare.
Cette phase de formation lui donne une maîtrise technique solide, mais aussi une certaine souplesse : Michael Ritchie apprend vite à raconter de manière fluide, avec rythme, sans lourdeur formelle. Des qualités qu’il portera ensuite au cinéma, dès ses premiers films.
Downhill Racer et The Candidate : la satire sociale dans les starting-blocks
Son premier long métrage pour le cinéma, Downhill Racer (1969), avec Robert Redford, surprend par son ton froid et son regard clinique sur le sport de haut niveau. Sous ses airs de drame sportif, le film est en réalité une critique feutrée de l’individualisme américain, où le héros gagne… mais perd tout le reste. Déjà, Michael Ritchie place sa caméra là où ça dérange.
Il retrouve Redford dans The Candidate (Votez McKay, 1972), une satire politique qui reste, encore aujourd’hui, l’un des meilleurs films américains sur les coulisses d’une campagne électorale. Dans ce film, un candidat idéaliste devient peu à peu le pur produit d’un système médiatique qui broie toute sincérité. Le film, salué par la critique et récompensé par un Oscar du meilleur scénario, résume bien l’approche de Ritchie : lucide, ironique, mais jamais dénuée d’empathie.
Le sport comme théâtre social
Michael Ritchie revient souvent au monde du sport, qu’il utilise comme métaphore sociale. Après Downhill Racer, il enchaîne avec Semi-Tough (1977), une comédie sur le football américain, et The Bad News Bears (1976), où Walter Matthau incarne un coach alcoolique chargé de redresser une équipe de gamins indisciplinés. Ce dernier film, sous ses airs de comédie familiale, est en fait une critique acerbe du culte de la victoire à tout prix, typiquement américain, dirait-on.
Il ne s’agit pas simplement de sport, mais de ce que l’Amérique projette sur le sport : la compétition comme idéal, la performance comme seule valeur, et les dérives qui en découlent. Michael Ritchie observe tout cela avec un humour pince-sans-rire, jamais lourd, toujours fin.
Une bascule vers la comédie commerciale dans les années 80
Dans les années 80, Michael Ritchie s’éloigne peu à peu de la satire politique pour s’orienter vers des films plus commerciaux, souvent des comédies avec des têtes d’affiche. Il collabore notamment avec Chevy Chase dans Fletch (1985), une comédie policière à succès, qui devient rapidement un film culte pour toute une génération. Il réalise aussi The Golden Child (1986), une aventure fantastique avec Eddie Murphy, qui rencontre un succès commercial notable malgré des critiques mitigées.
Cette période est plus inégale, artistiquement parlant, mais montre la polyvalence de Ritchie, capable de s’adapter à l’évolution du marché hollywoodien tout en gardant, ici et là, sa touche d’ironie. Même dans ses films les plus légers, on trouve souvent une scène, un regard, une phrase qui trahit un esprit plus affûté que la moyenne.
Un réalisateur jamais star, mais toujours à sa place
Contrairement à certains de ses contemporains, les Scorsese, Coppola, Altman, Michael Ritchie n’a jamais cherché à incarner une "vision d’auteur" flamboyante. Il n’a pas imposé de signature visuelle ou de style reconnaissable au premier plan. Ce n’est pas un cinéaste qui cherche à être remarqué, mais plutôt un observateur, un analyste du système américain, camouflé derrière le divertissement.
Cette posture discrète explique sans doute pourquoi son nom est aujourd’hui moins souvent cité. Pourtant, il a su capter les contradictions de l’Amérique des années 70 et 80 avec une acuité rare.
Une œuvre à redécouvrir, entre légèreté apparente et profondeur cachée
Michael Ritchie est un réalisateur dont l’œuvre mérite d’être redécouverte sans préjugé. Derrière des affiches de comédies sportives ou d’aventures fantaisistes, il cache souvent des récits profondément politiques, des portraits de personnages piégés dans des systèmes absurdes, et une critique sociale diffuse mais tenace.
Il s’est éteint en 2001 à l’âge de 62 ans, sans grand fracas médiatique, fidèle à sa manière d’être : discret, précis, jamais tapageur. Et si ses films ne sont pas toujours cités en premier, ils continuent d’influencer, à leur manière, un cinéma américain qui veut encore interroger son propre mythe.