Mateo Gil
- Réalisation
- Écriture
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 7 films |
| Récompenses | 6 nominations et 3 victoires |
Biographie
Mateo Gil, né le 23 septembre 1972 à Las Palmas de Gran Canaria, en Espagne, est un réalisateur et scénariste espagnol surtout connu pour sa collaboration étroite avec Alejandro Amenábar, mais également pour une œuvre personnelle qui explore, en sourdine, les fractures de l’intime, les distorsions du réel et les détours de la mémoire.
Moins médiatisé que certains de ses contemporains, il est pourtant l’un des artisans essentiels du renouveau du cinéma espagnol à la fin des années 1990 et au début des années 2000.
Mateo Gil est un homme de l’ombre, mais de ceux qui savent écrire la lumière. En tant que scénariste, il se cache derrière certains des plus grands succès espagnols de ces dernières décennies. En tant que réalisateur, il déploie un style plus introspectif, mêlant métaphysique discrète, tension psychologique et interrogations existentielles.
Un scénariste aux origines du phénomène Amenábar
C’est avec Alejandro Amenábar que Mateo Gil se fait connaître, dès Tesis (1996), thriller universitaire sombre et tendu, qui marque un tournant dans le cinéma espagnol des années 90. Il coécrit également Abre los ojos (1997), film devenu culte à l’international, dont la version américaine (Vanilla Sky, avec Tom Cruise) ne parviendra jamais à égaler la subtilité de l’original.
Cette collaboration entre Mateo Gil et Alejandro Amenábar atteint son apogée avec Mar adentro (2004), drame inspiré de l’histoire vraie de Ramón Sampedro, un homme tétraplégique militant pour le droit à mourir dans la dignité. Le film remporte l’Oscar du meilleur film étranger en 2005, et le scénario, poignant sans jamais sombrer dans le pathos, doit beaucoup à la plume fine de Mateo Gil. Il y insuffle une gravité sobre et une réflexion philosophique discrète, qu’on retrouve dans l’ensemble de son œuvre.
Une mise en scène personnelle, loin du spectaculaire
Si la scénarisation reste un terrain fertile pour Mateo Gil, il ne tarde pas à se diriger lui-même. Son premier long métrage, Nadie conoce a nadie (1999), est un thriller psychologique se déroulant à Séville pendant la Semaine sainte, mêlant jeu vidéo, mystère religieux et paranoïa urbaine. Le film, encore expérimental, témoigne déjà d’un goût pour les narrations complexes et les glissements du réel.
Son deuxième film, Blackthorn (2011), se veut plus audacieux encore : un western crépusculaire et hispanophone, imaginant un Butch Cassidy survivant, vieillissant et solitaire, réfugié en Bolivie. Un pari risqué, mais salué par la critique pour son souffle mélancolique et sa photographie somptueuse. À travers ce film, Mateo Gil revisite les mythes de l’Ouest avec une distance méditative, à rebours de l’action classique.
Il continue ensuite avec Realive (2016), film de science-fiction où un homme est cryogénisé puis ressuscité dans un futur proche. Ici encore, l’idée de départ — très "high concept" — est traitée avec retenue et sensibilité, privilégiant les dilemmes éthiques et affectifs à la pure démonstration technologique.
Une obsession pour le passage du temps et l’identité
Ce qui traverse l’ensemble de l’œuvre de Mateo Gil, que ce soit en tant que scénariste ou réalisateur, c’est un rapport très particulier au temps, à la mémoire, à l’effacement de soi. Ses personnages sont souvent en rupture avec leur époque, leur corps ou leur environnement. Ils cherchent à se reconstruire, à comprendre ce qui leur échappe, à travers des situations limites.
Ses films ne crient pas, ne s’agitent pas, mais progressent en douceur vers des zones de trouble. Même dans ses thrillers, on sent une volonté d’interroger, plutôt que de résoudre. Il préfère les ambigüités aux certitudes, les cicatrices aux grands discours.
C’est un cinéma de la nuance, qui ne cherche pas à séduire mais à laisser une trace, une question ouverte, un malaise peut-être, mais un malaise fécond.
Filmographie
7 sur 7 films