Lo Wei

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Détails

Autres noms 羅維 Chang Han Hsiang
Âge
Nationalité
Filmographie 8 films

Biographie

Lo Wei est né le 12 décembre 1918 dans la province de Jiangsu, en Chine, et décédé le 20 janvier 1996 à Hong Kong. Figure incontournable du cinéma de Hong Kong des années 60 et 70, Lo Wei est surtout connu pour avoir lancé la carrière de Bruce Lee dans le cinéma asiatique, puis tenté de reproduire ce succès avec un certain Jackie Chan, alors débutant. Moins connu du grand public occidental que les stars qu’il a révélées, il reste pourtant une personnalité marquante de l’histoire du cinéma d’arts martiaux.

Avant de passer derrière la caméra, Lo Wei débute comme acteur dans les années 1940 à Shanghai, dans un cinéma alors encore très influencé par les productions chinoises d’avant-guerre. Avec l’arrivée du régime communiste, il migre à Hong Kong, où il poursuit sa carrière d’acteur dans des rôles souvent mélodramatiques ou dans des films de guerre. Il incarne fréquemment des personnages tourmentés, marqués par le contexte politique de la Chine d’après-guerre. Mais c’est en tant que réalisateur et producteur que Lo Wei va vraiment laisser son empreinte.

Bruce Lee, le tournant décisif de la carrière de Lo Wei

C’est en 1971 que Lo Wei connaît son plus grand coup d’éclat en dirigeant Bruce Lee dans The Big Boss (Tang shan da xiong). Produit par la Shaw Brothers, puis par la Golden Harvest, le film devient un phénomène. Non seulement il propulse Bruce Lee au rang de star absolue en Asie, mais il marque aussi une rupture dans le style des films de kung-fu de l’époque. Moins stylisé que les productions classiques, The Big Boss se veut plus direct, plus brutal, et ancré dans une forme de réalisme social. Lo Wei, pourtant pas spécialiste des arts martiaux au départ, réussit à capter l’énergie brute de Bruce Lee, en jouant sur le contraste entre son calme apparent et ses explosions de violence.

Il enchaîne rapidement avec Fist of Fury (Jing wu men, 1972), encore plus iconique. Bruce Lee y incarne un élève vengeur d’une école d’arts martiaux, dans un récit aux accents nationalistes, où la domination japonaise est violemment remise en question. Le film rencontre un immense succès populaire, et consolide l’image de Bruce Lee comme héros de la fierté chinoise. Si le mérite de ces films est souvent attribué à Lee lui-même, Lo Wei joue un rôle non négligeable dans leur conception, notamment sur le plan narratif. Il n’est pas un technicien du cinéma d’action à proprement parler, mais il sait créer des cadres efficaces et diriger des tensions dramatiques.

Cependant, leur collaboration s’arrête là. La relation entre Lo Wei et Bruce Lee se détériore rapidement. Les deux hommes auraient eu des désaccords créatifs importants, et Bruce Lee, frustré par les limites imposées à sa liberté artistique, finit par réaliser lui-même The Way of the Dragon. Lo Wei, quant à lui, continue à surfer sur la vague du kung-fu, mais sans jamais retrouver l’impact de ces deux premiers films.

Jackie Chan et la tentative de renaissance d’un succès

Après la mort tragique de Bruce Lee en 1973, le cinéma hongkongais entre dans une période de recherche de "successeurs" potentiels. C’est dans ce contexte que Lo Wei découvre un jeune cascadeur doué et dynamique : Jackie Chan. Convaincu d’avoir trouvé le nouveau Lee, il produit plusieurs films mettant en scène Jackie Chan, comme New Fist of Fury (1976), dans lequel Chan reprend un rôle très proche de celui tenu par Bruce Lee dans Fist of Fury. Le film, pourtant, ne trouve pas son public. La tentative de faire de Chan un imitateur de Lee est un échec.

Et pour cause : Jackie Chan n’a ni le style, ni l’énergie, ni la personnalité de Bruce Lee. Il finira par percer, bien sûr, mais en suivant une toute autre voie, celle de la comédie d’action mêlée à l’acrobatie et au burlesque. Ce que Lo Wei n’avait pas compris à l’époque, c’est que la force de Jackie Chan résidait dans la rupture avec le modèle du héros tragique et invincible.

Le Lo Wei Motion Picture Company, fondé dans les années 70, connaît quelques succès commerciaux, mais la réputation de Lo Wei en tant que cinéaste commence à décliner. Accusé de recycler les mêmes formules, de proposer des récits mous ou prévisibles, il ne parvient pas à se réinventer dans une industrie qui évolue rapidement. Son style, jugé trop classique, est vite éclipsé par des réalisateurs plus audacieux comme Lau Kar-leung, Tsui Hark, ou Sammo Hung.

Un homme de l’ancien monde du cinéma hongkongais

Lo Wei représente une époque du cinéma de Hong Kong qui mélangeait encore tradition du mélodrame, opportunisme commercial et tâtonnements artistiques. Il n’était pas un styliste comme King Hu, ni un chorégraphe virtuose comme Chang Cheh. Mais il a su être au bon endroit au bon moment, et capter des transformations majeures du goût du public asiatique dans les années 70. Cela suffit à faire de lui une figure incontournable du cinéma de kung-fu.

S’il reste une personnalité controversée (notamment pour ses relations tendues avec ses acteurs vedettes), Lo Wei a eu le mérite de servir de tremplin à deux figures mythiques du cinéma mondial. C’est une forme de postérité inattendue : il n’a pas signé des chefs-d'œuvre incontestés, mais il a été, malgré lui parfois, un catalyseur de talents.

Et dans un monde où beaucoup cherchent à tout contrôler, Lo Wei aura au moins eu l’intuition juste au bon moment. Et ça, dans le cinéma comme ailleurs, ce n’est pas rien.

Filmographie

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