Kogonada
- Réalisation
- Montage
- Production
- Écriture
Détails
| Autre nom | E. Joong-eun Park | Nationalité |
|---|---|
| Filmographie | 3 films |
Biographie
Kogonada, dont le nom de naissance reste inconnu du public, est un réalisateur, scénariste et essayiste vidéo américain d’origine coréenne, né en Corée du Sud et élevé aux États-Unis. Derrière ce pseudonyme singulier emprunté à un collaborateur régulier du cinéaste japonais Yasujirō Ozu, se cache une figure discrète mais essentielle du cinéma indépendant contemporain, qui a su imposer une signature visuelle et philosophique forte en un minimum de films. Pour beaucoup, Kogonada est un styliste du regard, un penseur du plan fixe, un créateur de récits sensibles et visuellement méticuleux.
De l’essai vidéo à la mise en scène : un parcours atypique
Avant de passer à la réalisation de longs métrages, Kogonada s’est fait connaître comme vidéo-essayiste. Il réalise pour plusieurs plateformes culturelles (Criterion Collection, Sight & Sound, Filmmaker Magazine, The New York Times) des essais visuels élégants et rigoureux sur des cinéastes comme Kubrick, Tarkovski, Ozu, Malick ou Bergman.
Ses vidéos, souvent muettes, sont construites autour de motifs récurrents, de symétries visuelles, d’études de couleur ou de cadre. On y devine déjà son obsession pour la composition, son goût pour le minimalisme narratif, et une certaine philosophie du silence et de l’espace. Ce travail de réflexion sur le langage cinématographique nourrit naturellement sa transition vers la fiction, qu’il aborde avec la même rigueur artisanale.
Columbus : l’architecture intérieure des émotions
Premier long-métrage de fiction réalisé en 2017, Columbus est une déclaration d’intention. Le film raconte la rencontre entre un jeune homme (joué par John Cho) et une jeune femme (interprétée par Haley Lu Richardson) dans la ville de Columbus, Indiana, connue pour son architecture moderniste.
Mais comme souvent chez Kogonada, le récit importe moins que le lien discret entre les êtres, la façon dont l’espace façonne la psyché, et comment les silences racontent ce que les mots n’osent pas formuler. Chaque plan est cadré comme une photographie d’art, mais jamais gratuit : l’esthétique sert toujours le rythme émotionnel des personnages.
Columbus est salué par la critique pour sa maturité étonnante pour un premier film, sa direction d’acteurs toute en retenue, et sa capacité à faire de l’architecture une extension de l’intime. Ce n’est pas un drame au sens classique du terme, mais une méditation cinématographique sur le deuil, l’héritage et la connexion.
After Yang : la science-fiction comme mélancolie douce
En 2021, Kogonada signe son deuxième long métrage, After Yang, une adaptation d’une nouvelle d’Alexander Weinstein. Le film met en scène une famille dans un futur proche, confrontée à la panne d’un androïde nommé Yang, acheté pour tenir compagnie à leur fille adoptive.
Mais là où d’autres réalisateurs auraient fait un drame technologique ou un thriller dystopique, Kogonada propose un film introspectif, presque chuchoté, qui interroge la mémoire, l’humanité, la filiation et la perception du temps. Avec Colin Farrell dans un rôle étonnamment sobre, le film combine esthétique zen, technologie douce et lente exploration du deuil.
After Yang est à la fois poétique et philosophique, influencé par Ozu, Herzog, ou Wong Kar-wai, mais sans jamais pasticher. Le film confirme Kogonada comme l’un des rares cinéastes à faire de la science-fiction sans bruit, sans chaos, mais avec une tendresse infinie.
Une signature formelle immédiatement reconnaissable
Ce qui distingue Kogonada, au-delà de ses récits, c’est la précision visuelle de son travail. Plans fixes, compositions géométriques, lenteur assumée, couleurs naturelles ou pastel… Il compose ses films comme des tableaux, mais sans jamais faire de l’image un objet décoratif. Chez lui, chaque cadre porte un poids émotionnel, chaque ligne est au service d’un état d’âme.
Son style pourrait être qualifié de cinéma contemplatif, mais il évite les pièges de l’esthétisme vide. Il s’intéresse au quotidien, à la trace des souvenirs, à la lente métabolisation du chagrin. Il n’impose pas une lecture unique, mais invite le spectateur à ressentir sans précipitation, à regarder vraiment.
Une voix rare, et un refus du bavardage
Ce qui rend Kogonada si précieux dans le paysage audiovisuel actuel, c’est sans doute son refus de l’explicite. Il ne fait ni démonstration ni discours. Il construit des films où le non-dit pèse plus que les dialogues, où les gestes sont souvent plus éloquents que les mots.
C’est un réalisateur du détail et de l’ellipse, du flou plus que du schéma. Un cinéaste de la pudeur émotionnelle, qui préfère montrer quelqu’un qui regarde par la fenêtre plutôt que quelqu’un qui s’effondre.
Et dans un monde saturé d’images bruyantes, son approche silencieuse, sensible, précise agit comme une forme de résistance : celle d’un cinéma lent, profond, résolument humain.
Kogonada, c’est la preuve qu’un cinéaste peut parler à l’universel… avec un simple battement de paupière.
Filmographie
3 sur 3 films