Jóhann Jóhannsson
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Détails
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| Filmographie | 8 films |
Biographie
Jóhann Jóhannsson est né le 19 septembre 1969 à Reykjavík, en Islande, et il est décédé le 9 février 2018 à Berlin, en Allemagne. Compositeur de musique contemporaine et de bandes originales de films, Jóhann Jóhannsson a marqué de son empreinte aussi bien la scène musicale expérimentale que le cinéma international. À travers des compositions à la fois minimalistes, émotionnelles et souvent mystérieuses, il a su créer un style immédiatement reconnaissable, quelque part entre l’organique et l’électronique, entre l’intime et l’universel.
Un parcours entre musique savante et expérimentations électroniques
Avant de devenir l’un des compositeurs de cinéma les plus respectés de sa génération, Jóhann Jóhannsson a commencé sa carrière dans la scène musicale islandaise des années 1990. Il cofonde le collectif Kitchen Motors, véritable laboratoire d’explorations sonores, où se croisent musiciens classiques, artistes électroniques et expérimentateurs en tout genre. Cette approche interdisciplinaire deviendra un pilier de son œuvre : brouiller les frontières entre les genres, entre le passé et le futur.
Ses premiers albums en solo, comme Englabörn (2002) ou Virthulegu Forsetar (2004), imposent déjà son style : une musique néoclassique lentement déroulée, souvent mélancolique, ponctuée d’effets électroniques subtils. Il n’est jamais dans la démonstration technique, mais dans la construction d’ambiances, dans une émotion contenue qui finit toujours par se faire entendre avec puissance.
Jóhann Jóhannsson au cinéma : un compositeur de l’invisible
C’est dans les années 2010 que Jóhann Jóhannsson accède à une reconnaissance mondiale, grâce à son travail dans le cinéma. Sa collaboration avec le réalisateur canadien Denis Villeneuve est un tournant décisif. Il compose pour Prisoners (2013), Sicario (2015) et surtout Arrival (Premier Contact, 2016), des bandes originales qui impressionnent par leur force narrative et leur capacité à soutenir l’image sans jamais l’écraser.
La musique de Sicario, en particulier, est l’un de ses travaux les plus commentés : une tension sourde, presque inhumaine, construite avec des percussions graves, des nappes sombres et un sentiment de menace constante. Une bande-son qui fait littéralement trembler les murs. Pour Arrival, il explore la dimension linguistique et extraterrestre du film avec une musique où la voix humaine (modulée, répétée, triturée) devient un outil d’exploration du langage. Un travail remarquable de subtilité, à la fois troublant et profondément émouvant.
Il collabore également avec James Marsh sur The Theory of Everything (2014), biopic sur Stephen Hawking, pour lequel il obtient un Golden Globe de la meilleure musique de film et une nomination aux Oscars. Ici, son style se fait plus lumineux, tout en restant ancré dans cette écriture fluide et épurée qui le caractérise.
Un art du contraste et de la lenteur
Ce qui distingue Jóhann Jóhannsson, c’est son art du contraste : mélanger des instruments anciens à des machines modernes, faire coexister des silences presque pesants avec des montées orchestrales intenses, créer des paysages sonores plutôt que des mélodies classiques. Il n’écrit pas de "thèmes" au sens hollywoodien du terme, mais construit plutôt des univers auditifs, des atmosphères où le spectateur se perd, parfois même avant d’avoir vu la première image.
Il est aussi fasciné par l’histoire et les sciences. Son album IBM 1401, A User’s Manual s’inspire des premiers ordinateurs utilisés par son père. Orphée (2016), son dernier album studio, s’appuie sur le mythe antique d’Orphée pour explorer les notions de perte et de mémoire, dans une écriture plus classique, presque romantique, mais toujours empreinte de sa signature sonore minimaliste.
Une disparition prématurée et une œuvre inachevée
Jóhann Jóhannsson est mort à l’âge de 48 ans, en 2018, à Berlin, laissant derrière lui une œuvre interrompue trop tôt. Sa disparition brutale a été un choc pour le monde de la musique et du cinéma. Il travaillait alors sur de nouveaux projets, dont certains n’ont jamais vu le jour ou ont été repris par d’autres compositeurs (notamment Blade Runner 2049, initialement prévu avec lui avant que Hans Zimmer ne reprenne le projet).
Sa mort a laissé un vide particulier, non seulement parce qu’il était en pleine ascension, mais surtout parce qu’il représentait une voix singulière dans un paysage souvent formaté. Sa musique, lente, méditative, parfois presque mystique, ouvrait des espaces rares dans le cinéma contemporain, à la fois puissants et vulnérables.
Aujourd’hui, Jóhann Jóhannsson reste une référence parmi les compositeurs modernes, aussi bien dans les cercles du cinéma que dans ceux de la musique néoclassique ou ambient. Ses disques continuent d’être écoutés, analysés, redécouverts. Et ses bandes originales, même dans les silences qu’elles contiennent, semblent toujours prêtes à nous parler.
Filmographie
8 sur 8 films