Jim Harrison
- Écriture
Détails
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| Filmographie | 3 films |
Biographie
Jim Harrison est né le 11 décembre 1937 à Grayling, dans le Michigan, aux États-Unis, et il est décédé le 26 mars 2016 en Arizona. Poète, romancier, nouvelliste, scénariste, épicurien farouche et fin observateur de la nature humaine, Jim Harrison est l’un de ces écrivains qui se tiennent à l’écart des modes, mais dont l’œuvre résonne profondément, d’un bout à l’autre de la littérature américaine contemporaine. Avec sa silhouette imposante, son œil à moitié clos (à la suite d’un accident dans son enfance), sa passion pour la pêche, le vin, les grands espaces et la cuisine, Jim Harrison incarnait un certain imaginaire américain. Mais sous l’image du "vieux bonhomme bourru" se cachait une sensibilité poétique rare, une lucidité tranchante et une tendresse parfois bouleversante pour les êtres cabossés.
Une enfance rurale et une blessure fondatrice
Jim Harrison grandit dans le nord du Michigan, dans une famille modeste, entouré de forêts, de rivières et d’animaux. La nature sera toujours, dans son œuvre, bien plus qu’un décor : un personnage à part entière, une force qui façonne les êtres, les éclaire ou les dévore. Son enfance est aussi marquée par une double tragédie : la perte de son œil gauche dans un accident à l’âge de sept ans, et, bien plus tard, la mort de son père et de sa sœur dans un accident de voiture.
Ces blessures traversent toute son écriture, qui oscille constamment entre la beauté du monde et sa cruauté. Chez Jim Harrison, rien n’est jamais tout à fait stable, ni tout à fait perdu non plus. La solitude, le désir, la vieillesse, l’amour, tout est traité avec un mélange de rudesse et de poésie, comme s’il fallait bien s’accrocher aux mots pour ne pas être balayé par la vie.
De la poésie à la fiction : une voix singulière
C’est par la poésie que Jim Harrison commence sa carrière littéraire. Et même si ses romans l’ont rendu célèbre, il est toujours resté, à ses yeux, avant tout un poète. Sa langue, même en prose, en garde le rythme, la densité et les élans. Il publie son premier recueil en 1965, Plain Song, et continue d’écrire des vers tout au long de sa vie, souvent entre deux romans.
Il accède à une forme de reconnaissance avec Dalva (1988), un roman porté par une voix féminine d’une grande justesse, preuve que Jim Harrison, malgré son image virile, savait aussi écrire le sensible avec une rare intelligence émotionnelle. Mais c’est Légendes d’automne (Legends of the Fall, 1979), un recueil de trois longues nouvelles, qui le propulse sur le devant de la scène, notamment grâce à son adaptation au cinéma en 1994, avec Brad Pitt dans le rôle principal.
Cette œuvre condense toute l’essence de Jim Harrison : un souffle narratif ample, des personnages hantés par la guerre, la famille, l’amour, des paysages immenses, et une violence toujours à portée de main.
Écriture de l’excès, amour de la terre
Jim Harrison a souvent été présenté comme un écrivain des grands espaces américains, à la manière de Hemingway ou Faulkner, mais avec une voix bien à lui. Il écrit sur les corps qui vieillissent, les plaisirs qui s’émoussent, les instincts qui résistent. Son style est à la fois brut et lyrique, sensuel et contemplatif. Il mêle les digressions philosophiques aux recettes de cuisine, les réflexions métaphysiques aux scènes de chasse ou aux ébats amoureux.
Gourmand invétéré, buveur passionné, fin cuisinier, Jim Harrison célébrait les plaisirs terrestres avec une intensité presque spirituelle. Il a même écrit une Lettre à un jeune cuisinier, témoignage d’un appétit de vivre insatiable, où la table devient lieu de résistance face à la vulgarité du monde moderne.
Ses personnages sont souvent des marginaux, des solitaires, des amoureux maladroits, des rêveurs fatigués, des intellectuels perdus dans la campagne, ou encore des femmes puissantes, mais en lutte contre des structures sociales oppressantes. Tous vivent à la frontière : celle du territoire, de la santé mentale, de la bienséance.
Une œuvre à contre-courant du marché
Malgré son succès critique et l’estime de ses pairs, Jim Harrison a longtemps été considéré comme un écrivain à la marge, refusant les compromis éditoriaux, les tournées promotionnelles excessives et les concessions aux tendances. Il détestait les lumières artificielles, préférait la nature aux salons littéraires, les silences d’un chien à l’agitation des villes.
Il était aussi connu pour son humour noir, sa lucidité quant à la condition humaine et son rejet de l’hypocrisie. Il écrivait beaucoup, parfois très vite, et sans jamais trop se soucier des formats ou des conventions. Certains critiques lui ont reproché son côté inégal ou "brut de décoffrage", mais c’est aussi ce qui fait la force et la sincérité de son œuvre.
Un héritage durable, enraciné dans le vivant
À sa mort en 2016, Jim Harrison laisse derrière lui une œuvre abondante, entre romans, nouvelles, essais, poèmes et scénarios. Elle continue de séduire par son énergie vitale, son amour du vivant, son refus du cynisme. Il est lu par celles et ceux qui cherchent une littérature incarnée, viscérale, où la beauté surgit dans la douleur, où la nature ne sert pas de carte postale mais de miroir aux existences humaines.
On peut le lire pour les paysages du Midwest, pour les monologues intérieurs enfiévrés, pour les éclats de rire amers, pour les recettes improvisées, pour les nuits sans sommeil, pour les corps vieillissants et pourtant avides d’amour. Bref, pour tout ce qui rend la vie réelle, avec ses angles bruts et ses instants de grâce.
Jim Harrison, ce n’est pas un style de vie qu’on imite. C’est une voix qu’on entend et qui, une fois qu’elle a parlé, ne vous quitte plus.