Jeremy Strong
- Casting
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 14 films |
| Récompenses | 2 nominations et 0 victoire |
Biographie
Jeremy Strong est né le 25 décembre 1978 à Boston, dans le Massachusetts (États-Unis). Acteur formé au théâtre, perfectionniste invétéré et interprète d’une rare intensité, il est aujourd’hui surtout connu pour son rôle de Kendall Roy dans la série Succession. Un personnage torturé, instable, brillant mais brisé, bref, tout ce que Jeremy Strong affectionne. Loin des paillettes ou de la décontraction hollywoodienne, il s’inscrit dans la tradition des acteurs viscéraux, ceux qui se fondent dans leurs rôles jusqu’à en effacer la frontière entre personnage et réalité. S’il est souvent décrit comme “sérieux” ou “exigeant”, ce n’est pas par posture : c’est une méthode, une manière de respecter ce qu’il appelle lui-même "le travail". Et dans son cas, le mot n’est pas galvaudé.
Une formation théâtrale rigoureuse, loin des projecteurs
Avant de percer à l’écran, Jeremy Strong se forme longuement au théâtre. Il étudie à Yale, fait un passage à la Royal Academy of Dramatic Art à Londres, travaille avec des metteurs en scène exigeants, et multiplie les rôles sur scène. Très tôt, il s’impose comme un acteur méthodique, profondément engagé dans la construction intérieure de ses personnages. Il ne cherche pas l’effet, mais la vérité.
Ce n’est donc pas un acteur "révélé" par un coup de chance. Il a gravi chaque échelon : petits rôles au cinéma, apparitions en arrière-plan, auditions répétées. Pendant un temps, il gagne même sa vie en faisant de la recherche pour Daniel Day-Lewis — ce qui en dit long sur le genre de comédiens auxquels il s’identifie. Le genre pour qui le rôle ne commence pas quand la caméra tourne, mais bien avant.
Le cinéma de prestige, en filigrane
Au cours des années 2010, Jeremy Strong commence à apparaître dans des films de plus en plus remarqués, souvent dans des rôles secondaires mais cruciaux. On le retrouve dans Lincoln (2012), Zero Dark Thirty, The Big Short, Selma, Molly's Game, ou encore The Trial of the Chicago 7, toujours dans des registres très réalistes, voire documentés.
Ce qu’il amène à l’écran, c’est un mélange de gravité intérieure, de précision dans le geste et d’anxiété contenue. Il ne cherche pas l’explosion, mais l’accumulation, les failles, les petites fissures. On sent chez lui une capacité à exprimer des états mentaux complexes avec très peu de choses. Et ce n’est pas de la sobriété par défaut : c’est un langage à part entière.
Succession et l’éclosion publique d’un acteur déjà prêt
En 2018, Jeremy Strong explose aux yeux du grand public grâce à son rôle dans Succession, la série HBO créée par Jesse Armstrong. Il y incarne Kendall Roy, fils du magnat Logan Roy, héritier maladroit d’un empire médiatique, oscillant sans cesse entre ambition, auto-destruction, fragilité affective et besoin désespéré de reconnaissance. Le rôle est écrit comme une tragédie moderne, et Jeremy Strong s’y engouffre avec une intensité rare.
Ce n’est pas un simple rôle : c’est une descente en spirale, une performance au long cours, où l’acteur incarne les silences, les fuites, les humiliations, mais aussi les éclairs de révolte ou de lucidité. La critique salue unanimement sa prestation, qu’il rend aussi physique que mentale, parfois presque douloureuse à regarder tant elle semble habitée. Il remporte un Emmy Award en 2020 pour ce rôle, ainsi qu’un Golden Globe en 2022, consolidant une reconnaissance bien méritée.
Mais au-delà des prix, c’est le processus qui intrigue. On parle souvent de son approche "méthodique", de sa tendance à rester dans le personnage en dehors du tournage. Certains trouvent cela extrême, d’autres admirent cette fidélité à son engagement artistique. Lui, préfère parler de “sincérité totale”. Pas de calcul, pas de recul. Juste être là, dans la peau du personnage, coûte que coûte.
Une méthode qui divise, mais qui ne triche jamais
Le débat autour de la "méthode Jeremy Strong" est presque devenu un sujet médiatique en soi. Un article du New Yorker publié en 2021 a fait couler beaucoup d’encre, le décrivant comme un acteur ultra investi, parfois difficile à gérer, voire un peu hermétique à l’humour ambiant. Mais là où d’autres auraient contre-attaqué ou tenté de lisser leur image, Jeremy Strong reste fidèle à lui-même : calme, concentré, et résolument tourné vers son travail. Son objectif n’est pas de plaire, mais de creuser.
Il incarne un certain retour à une forme d’acteur habité, qui prend des risques émotionnels, qui cherche à rendre visible l’invisible. Et même si cela détonne dans une époque de second degré généralisé, cela touche — parce que c’est sincère.
Une trajectoire exigeante, fidèle à sa ligne artistique
Même après le succès de Succession, Jeremy Strong continue à choisir ses projets avec soin. Il ne court pas après les blockbusters ou les franchises à grand spectacle. Il privilégie les récits denses, les personnages complexes, les réalisateurs attentifs. Il est aussi producteur, impliqué dans les décisions créatives, soucieux de garder la maîtrise de son parcours.
Son jeu n’est pas conçu pour séduire tout le monde. Il ne joue pas "agréable", ni même "charismatique" au sens classique. Il joue humain, dans toute l’imperfection que cela suppose. Et c’est sans doute là que réside la force de Jeremy Strong : dans cette capacité à nous montrer ce que beaucoup d’autres acteurs préfèrent dissimuler.