Jean-Jacques Beineix
- Réalisation
- Production
- Écriture
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 2 films |
| Récompenses | 3 nominations et 0 victoire |
Biographie
Jean-Jacques Beineix : le cinéaste du style, du vertige et des années 80
Jean-Jacques Beineix est né le 8 octobre 1946 à Paris, en France, et est décédé le 13 janvier 2022. Réalisateur, scénariste, producteur et écrivain, il reste l’un des grands noms du cinéma français des années 1980, souvent associé à ce qu’on a appelé — parfois pour l’encenser, parfois pour le critiquer — le "cinéma du look". Artiste visuel avant tout, Jean-Jacques Beineix a marqué l’histoire du 7e art avec une poignée de films qui ont su allier esthétique travaillée, romantisme trouble et sensualité stylisée, toujours en marge des codes traditionnels du réalisme français.
Des débuts dans l’ombre des géants, avant le grand saut
Avant de passer derrière la caméra, Jean-Jacques Beineix fréquente les coulisses du cinéma français. Il apprend le métier en tant qu’assistant réalisateur, notamment sur La Vie de château (1965) de Jean-Paul Rappeneau, ou Le Sauvage (1975) de Jean-Paul Rappeneau encore, mais surtout auprès de Claude Berri et Jean Becker. Un apprentissage exigeant, mais qui l’encourage à tracer sa propre voie, plus personnelle, plus radicale, moins naturaliste.
Son premier court-métrage, Le Chien de monsieur Michel (1977), est sélectionné aux César. Il réalise ensuite Diva en 1981, son premier long-métrage, qui va immédiatement bouleverser les repères esthétiques du cinéma français.
Diva : un coup de tonnerre stylisé dans le cinéma français
Sorti en 1981, Diva raconte une histoire de poursuites, de passion pour l’opéra, et de trafics criminels, le tout enveloppé dans une mise en scène baroque et fluide. Visuellement audacieux, rythmiquement très influencé par le clip ou la publicité, ce premier film est un objet étrange, lumineux, totalement décalé par rapport au cinéma français dominant à l’époque, encore très marqué par le naturalisme social.
Boudé au départ par la critique, Diva devient un immense succès public et un film culte, récompensé par 4 César, dont celui de la Meilleure première œuvre. Il propulse Jean-Jacques Beineix au rang de nouveau prodige du cinéma français, et installe un style immédiatement reconnaissable : esthétique léchée, éclairages contrastés, décors urbains magnifiés, bande-son envoûtante, et une certaine fascination pour les personnages marginaux et les figures féminines puissantes.
37°2 le matin : culte, scandale et passion torride
En 1986, il enfonce le clou avec 37°2 le matin (Betty Blue à l’international), adaptation du roman de Philippe Djian. Le film suit l’histoire d’amour passionnée — et destructrice — entre Zorg (Jean-Hugues Anglade) et Betty (Béatrice Dalle, dans son premier rôle au cinéma), une relation qui oscille entre l’euphorie créative et la folie.
Le film devient un phénomène international, nominé à l’Oscar et au BAFTA du meilleur film étranger, et propulse Béatrice Dalle au rang d’icône du cinéma français. Entre nudité frontale, dialogues crus, instabilité psychique et plans surchauffés, 37°2 le matin dérange autant qu’il fascine. Il incarne à lui seul l’excès, la beauté tragique et l’énergie brute du cinéma de Beineix, désormais installé comme un auteur à part entière.
Le "cinéma du look" : étiquette ou malentendu ?
Aux côtés de Luc Besson et Leos Carax, Jean-Jacques Beineix est rapidement rangé dans la catégorie des réalisateurs du "cinéma du look". Cette étiquette critique, popularisée dans les années 1980, désigne des films où l’image prime sur le récit, où le style devient le sujet, et où les héros sont souvent jeunes, beaux, paumés — en quête d’amour ou de rédemption.
Beineix, lui, a toujours rejeté cette classification, y voyant une réduction esthétique sans profondeur. Pour lui, l’esthétique n’est pas une coquille vide mais un outil de narration à part entière. Le style n’est pas gratuit, il reflète l’état intérieur de ses personnages, leur intensité émotionnelle, et le regard porté sur un monde souvent trop dur, trop laid, qu’il tente de sublimer.
Une carrière en marge, entre refus du compromis et cinéma indépendant
Après le succès de 37°2 le matin, Jean-Jacques Beineix poursuit avec des projets plus personnels, mais souvent moins bien reçus. Roselyne et les lions (1989) raconte l’histoire d’un couple de dresseurs de fauves, dans un mélange de romantisme et de spectacle, mais le film divise. IP5 – L’île aux pachydermes (1992), avec Yves Montand dans son dernier rôle, explore un road-movie onirique entre générations — une œuvre étrange, parfois déroutante, mais toujours ambitieuse.
Face aux difficultés de financement et au rejet croissant de son style par une partie de la critique, Beineix s’éloigne peu à peu du long-métrage de fiction, mais il ne quitte pas pour autant le cinéma. Il fonde sa société de production, Cargo Films, et se consacre à des documentaires, souvent engagés, notamment autour des questions de santé publique ou d’écologie (Otaku, Assigné à résidence, Les Enfants de Tchernobyl…).
Jean-Jacques Beineix : un styliste inclassable, fidèle à sa vision
Discret dans les médias, peu intéressé par les honneurs ou les réseaux, Jean-Jacques Beineix reste jusqu’à la fin un artisan du cinéma profondément indépendant, fidèle à sa vision du septième art comme lieu d’expérience, de vertige esthétique et de sincérité émotionnelle. Il n’aura tourné que six longs-métrages de fiction… mais chacun d’eux porte une empreinte visuelle et narrative unique, qu’on reconnaît au premier plan.
Il laisse derrière lui l’image d’un cinéaste audacieux, souvent incompris, mais dont l’influence se ressent encore aujourd’hui, notamment chez ceux qui osent faire de l’image un langage à part entière. Entre excès et grâce, couleurs saturées et moments suspendus, le cinéma de Jean-Jacques Beineix est une invitation à ressentir, plus qu’à analyser.
Et s’il fallait résumer sa trajectoire ? Un regard différent, une audace visuelle assumée, et une œuvre courte mais profondément marquante, qui continue de hanter les néons des nuits cinéphiles.
Filmographie
2 sur 2 films