Jean-François Stévenin
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Détails
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| Filmographie | 6 films |
Biographie
Jean-François Stévenin est né le 23 avril 1944 à Lons-le-Saunier, dans le Jura, en France, et il est décédé le 27 juillet 2021 à Neuilly-sur-Seine. Avec sa voix rocailleuse, ses yeux malicieux et son allure de gueule du cinéma français, il laisse derrière lui une filmographie foisonnante, marquée par la liberté, l’audace, et une fidélité inébranlable au cinéma en marge.
Jean-François Stévenin, c’était le genre d’acteur qu’on reconnaît sans toujours pouvoir dire d’où. Il est passé par mille films, mille seconds rôles, mille silhouettes, tout en menant sa propre trajectoire d’auteur, de metteur en scène, de dialoguiste, dans un cinéma où l’énergie prime sur la forme, et où l’instinct dicte la route. Un homme de terrain, à la fois acteur, réalisateur et légende vivante du cinéma artisanal et libre.
Une trajectoire éclatée mais profondément cohérente
Avant d’être acteur, Jean-François Stévenin commence sa carrière derrière la caméra. Assistant de Jacques Rivette, François Truffaut, ou Alain Resnais, il apprend le cinéma sur le tas, sur les plateaux, en observant, en écoutant, en participant. Ce goût pour le collectif, le bricolage, et l’expérience ne le quittera jamais. Quand il passe devant la caméra, c’est sans plan de carrière, mais avec une intensité naturelle et une authenticité désarmante.
Il tourne avec les plus grands : Truffaut (L’argent de poche, La chambre verte), Doillon, Téchiné, Garrel, Assayas, Catherine Breillat, mais aussi dans des films plus populaires, parfois déconcertants, souvent marquants. Il n’a jamais choisi entre cinéma d’auteur et cinéma de genre, préférant les rencontres, les projets qui vivent, les tournages qui surprennent.
Dans chacun de ses rôles, il apporte quelque chose de terrien, de brut, mais jamais simpliste. Il incarne souvent des pères, des marginaux, des figures d’autorité cabossées, des taiseux au passé trouble. Mais derrière la rudesse apparente, il laisse toujours affleurer une tendresse, une sensibilité, une forme de poésie du quotidien.
Un réalisateur rare et précieux
En parallèle de sa carrière d’acteur, Jean-François Stévenin a réalisé quatre longs-métrages, chacun devenu culte dans un certain cercle cinéphile. Passe montagne (1978), son premier film, est aujourd’hui considéré comme un chef-d'œuvre discret du cinéma français, un road movie montagnard, introspectif, libertaire, avec Jean-François Stévenin lui-même dans un des rôles principaux, aux côtés de Jean-Marc Bory. Peu de dialogues, beaucoup de silences, de paysages, de moments suspendus. Un film hors du temps, qui résume assez bien sa vision du cinéma : un lieu d’aventure intérieure, sans recette, sans format.
Il réalise ensuite Double messieurs (1986), Mischka (2002), et Train de vies (inachevé), toujours dans le même esprit de cinéma libre, généreux, imparfait mais vivant. On y retrouve des amis, de la famille, des bouts de réel, et un regard d’auteur profondément attaché aux êtres humains. Ce sont des films qui ne cherchent pas la perfection mais l’authenticité d’un geste, d’un regard ou d’un échange.
Une figure transversale, entre tradition et rébellion
Jean-François Stévenin, c’est aussi un acteur de passage : il peut apparaître dans un plan, une scène, une ligne de dialogue, et pourtant marquer le film. Sa présence, même furtive, donne de la densité à un moment, du vécu à une situation. Il n’a jamais eu besoin d’en faire trop pour exister.
Il a tourné dans des projets aussi variés que 36 Quai des Orfèvres, Camping, Les frères Sisters, ou Une vieille maîtresse. Il a été le père de Vincent Cassel dans Sur mes lèvres, le grand-père cabossé dans Mischka, le routier fatigué dans mille autres histoires. On le retrouve aussi dans des clips, des courts-métrages, des séries, des formats hybrides. Il ne traçait pas de frontière : pour lui, tout était cinéma, du moment que ça vibrait.
Un homme de clan, de transmission, de fidélité
Jean-François Stévenin, c’est aussi un homme de tribu. La sienne, évidemment : ses enfants Sagamore, Robinson, Pierre et Salomé, tous devenus acteurs ou artistes. Mais aussi ses amis, ses compagnons de route, ses réalisateurs fétiches. Il avait cette énergie de clan, sans esprit de chapelle. Il aimait transmettre, pas théoriser. Il préférait le geste au discours, et l’amitié à l’idéologie.
Dans le métier, il était respecté de tous, adoré par ceux qui l’avaient côtoyé, et toujours prêt à embarquer dans un projet sans filet, du moment que l’aventure humaine valait le coup. Il n’était pas là pour "faire carrière", mais pour vivre des histoires, avec tout ce que ça implique de risque, de raté, de beauté imprévue.
Une disparition, et une empreinte durable
Quand Jean-François Stévenin disparaît en 2021, le monde du cinéma rend hommage à l’un de ses esprits les plus libres. Pas un acteur de premier plan au sens strict, mais un homme de cinéma dans ce qu’il a de plus vaste, de plus mouvant. Il laisse une œuvre fragmentaire mais cohérente, faite d’apparitions marquantes, de films atypiques, et d’une philosophie du métier rare : faire sans trop réfléchir, avec le cœur, et surtout avec les autres.
Il restera comme l’un des derniers artisans d’un cinéma français indépendant et organique, un cinéma sans mode d’emploi, mais pas sans boussole. Sa trajectoire inspire parce qu’elle ne ressemble à aucune autre, et qu’elle rappelle qu’il est encore possible de faire du cinéma sans calcul, juste avec l’envie.