Jacques Audiard

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Détails

Âge
Nationalité
Famille
Filmographie 7 films
Récompenses 22 nominations et 12 victoires

Biographie

Jacques Audiard, né le 30 avril 1952 à Paris, est un réalisateur, scénariste et dialoguiste français dont le nom s’impose aujourd’hui comme l’un des piliers du cinéma d’auteur contemporain. Fils du célèbre dialoguiste Michel Audiard, il aurait pu se contenter de marcher dans les traces paternelles. Il a préféré creuser son propre sillon, souvent plus sombre, plus nerveux, plus viscéral, en tordant les genres et en explorant les marges de la société avec un regard aussi acéré que profondément humain. Jacques Audiard, c’est ce mélange rare entre écriture soignée, tension dramatique et mise en scène élégante, sans afféterie. Un cinéaste qui ne parle pas pour ne rien dire, et qui filme avec l’intuition d’un auteur, mais la rigueur d’un artisan.

Des débuts dans l’ombre de l’écriture

Avant de passer derrière la caméra, Jacques Audiard commence par écrire pour les autres. Il signe les dialogues ou les scénarios de films dans les années 1980, notamment pour Claude Miller (Mortelle randonnée), José Pinheiro ou Michel Deville. Cette première décennie de travail à l’écriture, souvent dans un cadre policier ou psychologique, façonne son goût pour les personnages ambigus, les silences tendus et les mots qui claquent.

On y retrouve déjà cette écriture taillée au scalpel, jamais démonstrative mais profondément caractérisée. Une écriture où le non-dit a autant de poids que le dialogue, et où chaque phrase semble ciselée dans le réel.

Regarde les hommes tomber : un premier coup de maître

C’est en 1994 qu’il réalise son premier long métrage, Regarde les hommes tomber, avec Jean-Louis Trintignant et Mathieu Kassovitz. Une histoire de vengeance, d’errance et de solitude, sur fond de polar à contre-rythme. Le film frappe par sa sécheresse, sa structure éclatée, et son refus du spectaculaire. Il remporte le César de la meilleure première œuvre, et impose immédiatement Jacques Audiard comme un auteur singulier.

Le ton est donné : son cinéma sera fait d’hommes cabossés, de relations tendues, de parcours chaotiques, et de cadres très écrits mais toujours tendus vers le déséquilibre.

L’affirmation d’un style

Avec Un héros très discret (1996), il joue la carte de l’ironie et du récit identitaire. Puis Sur mes lèvres (2001), avec Vincent Cassel et Emmanuelle Devos, vient affiner encore son style : deux marginaux, une tension sexuelle sourde, un braquage improbable, un monde violent observé avec une certaine tendresse. Le film est un succès critique, et marque un tournant plus sensoriel dans sa mise en scène. Audiard filme de plus en plus au plus près des corps, avec une attention aiguë portée à l’isolement, à l’handicap, à la différence.

En 2005, il enfonce le clou avec De battre mon cœur s’est arrêté, superbe relecture du Fingers de James Toback. Romain Duris y incarne un agent immobilier véreux tiraillé entre la violence et la musique. Le film remporte huit Césars, dont meilleur film et meilleur réalisateur, consacrant Jacques Audiard dans la cour des grands.

Un prophète : le choc

Mais c’est sans doute Un prophète (2009) qui reste son film le plus marquant. Un récit carcéral aux allures de fresque initiatique, porté par la performance magnétique de Tahar Rahim. L’histoire de Malik, jeune délinquant qui apprend à survivre dans une prison dominée par les clans, est à la fois brutale et poétique, hyperréaliste et presque mystique.

Le film remporte le Grand Prix à Cannes, neuf Césars, et une nomination aux Oscars. C’est une œuvre charnière dans le cinéma français du XXIe siècle : un film de genre d'une rare intensité, sans concession, mais traversé par une profonde humanité.

De la France aux États-Unis : une ouverture sans trahir ses bases

Après Un prophète, Jacques Audiard explore de nouvelles directions sans renier sa signature. De rouille et d’os (2012), avec Marion Cotillard et Matthias Schoenaerts, traite de la résilience, du handicap et des émotions brutales, sur fond de mélodrame contemporain. Encore une fois, c’est dans les failles et les chocs que naît l’émotion.

Puis vient Dheepan (2015), récit d’un ex-combattant tamoul réfugié en banlieue parisienne. Film frontal, parfois maladroit dans sa réception critique, mais récompensé par la Palme d’or à Cannes. Une Palme qui a d’ailleurs divisé, certains y voyant un choix politique plus qu’artistique. Reste que Jacques Audiard y démontre une fois de plus son obsession pour l’exil, l’identité, la survie.

En 2018, il signe Les Frères Sisters, western tourné aux États-Unis avec Joaquin Phoenix et John C. Reilly. Une manière d’aller sur un terrain très balisé… mais à sa façon : crépusculaire, ironique, mélancolique. Un western presque anti-western, fidèle à son style même dans un décor mythologique.

Un regard sur les marges, les exclus, les taiseux

Ce qui traverse toute l’œuvre de Jacques Audiard, c’est cette attention portée aux personnages invisibles, en rupture, abîmés, en quête d’un ailleurs. Il ne filme jamais le confort ou la réussite, mais toujours la lutte — intérieure ou sociale. Ses héros sont souvent ceux qu’on n’attend pas : taulards, immigrés, malentendants, marginaux, solitaires.

Il travaille régulièrement avec les mêmes collaborateurs (comme le scénariste Thomas Bidegain), et développe un cinéma de l'intime sous tension, où le cadre est précis mais jamais figé. Où la musique, la peau, la voix, le silence jouent un rôle central.

Un réalisateur exigeant, mais jamais élitiste

Si son cinéma est rigoureux, Jacques Audiard n’a rien d’un cinéaste fermé ou prétentieux. Il aime le récit, le personnage, le cinéma de genre, mais à condition de pouvoir les tordre, les adapter, les plier à sa vision. Il ne cherche pas à séduire à tout prix, mais à raconter avec sincérité, dans un langage cinématographique qui ne prend pas le spectateur de haut.

Son œuvre est traversée par une question simple et vertigineuse : qu’est-ce que devenir quelqu’un ? Et c’est probablement cette question-là, plus que son style ou sa renommée, qui fait de Jacques Audiard un cinéaste incontournable.

Filmographie

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