Hou Hsiao-hsien

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Détails

Autre nom 侯孝賢
Âge
Nationalité
Filmographie 5 films
Récompenses 3 nominations et 2 victoires

Biographie

Hou Hsiao-hsien, né le 8 avril 1947 à Meixian, dans la province du Guangdong en Chine, est un cinéaste majeur du cinéma taïwanais et l’un des grands noms du cinéma d’auteur mondial. Exilé avec sa famille à Taïwan à la suite de la guerre civile chinoise, il grandit dans un contexte marqué par le déracinement, la transition culturelle et les cicatrices d’un pays en mutation — des thèmes qu’on retrouvera, plus ou moins explicitement, dans toute son œuvre.

Hou Hsiao-hsien est un réalisateur rare, patient, qui ne court pas après l’instant mais cherche à capter le temps qui passe. Un plan chez lui peut durer de longues minutes, mais jamais gratuitement : ce qu’il observe, c’est la vie, les silences, les gestes ordinaires, les tensions invisibles. Pas de grandes envolées mélodramatiques, mais une attention microscopique aux détails. Il n’impose rien, il propose. Et son cinéma, aussi exigeant soit-il, en est d’autant plus envoûtant.

Un acteur central du "nouveau cinéma taïwanais"

C’est dans les années 1980 que Hou Hsiao-hsien devient une figure de proue du nouveau cinéma taïwanais, un mouvement qui rompt avec les conventions du cinéma commercial local en adoptant une esthétique plus naturaliste, ancrée dans la réalité sociale et historique de Taïwan. Avec des films comme Les Garçons de Fengkuei (1983) ou Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985), il commence à explorer un style qui deviendra sa signature : caméra fixe, profondeur de champ, durée étirée, absence d’effets narratifs classiques.

Dans Un temps pour vivre, un temps pour mourir, il s’inspire directement de son enfance, dans un récit semi-autobiographique sur la mémoire, le deuil et l’adaptation à un monde qui change. Le film marque un tournant dans sa carrière et assoit sa réputation sur la scène internationale. Il ne cherche pas à séduire un large public, mais il touche profondément ceux qui s’ouvrent à son rythme, lent mais intensément humain.

Une esthétique minimaliste au service de la mémoire

Le style de Hou Hsiao-hsien est souvent qualifié de contemplatif, voire de radicalement statique. Il privilégie les plans larges, les séquences sans coupe, les dialogues elliptiques. Mais derrière cette retenue formelle se cache une densité émotionnelle rare. Chaque plan est une invitation à regarder autrement, à entrer dans la durée réelle des choses, à ressentir les silences comme des événements à part entière.

Il faut aussi souligner la place centrale de la mémoire dans ses films. Qu’il s’agisse de récits historiques comme La Cité des douleurs (1989), qui aborde pour la première fois au cinéma la répression politique de 1947 à Taïwan, ou de chroniques familiales plus intimistes, Hou Hsiao-hsien filme souvent le passé à travers le prisme du présent, ou inversement. Son cinéma est hanté par ce qui n’est plus, par ce qu’on a perdu ou qu’on ne comprend plus.

Une reconnaissance internationale sans compromis

Même si ses films ne visent jamais le succès commercial, Hou Hsiao-hsien a reçu de nombreuses récompenses à travers le monde. La Cité des douleurs obtient le Lion d’or à Venise en 1989, et Millennium Mambo (2001), portrait d’une jeunesse déracinée et flottante, assoit sa réputation auprès d’une génération plus jeune de cinéphiles.

En 2015, il surprend encore avec The Assassin, une fresque historique aussi épurée que stylisée, où il revisite le genre du wuxia pian (film d’arts martiaux chinois) à sa manière, tout en silences, tensions contenues et beauté formelle. Le film lui vaut le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes. Et, dans un geste typiquement houhsiaohsienien (oui, c’est long à écrire, mais pas plus que ses plans), le film réussit à être à la fois visuellement somptueux et fondamentalement mélancolique.

Un réalisateur rare, entre discrétion et influence durable

Malgré sa notoriété dans les cercles cinéphiles, Hou Hsiao-hsien reste une figure discrète, voire mystérieuse. Il donne peu d’interviews, travaille lentement, et ne semble jamais pressé par l’agenda du marché ou les impératifs de l’actualité. Certains de ses films prennent plusieurs années à être développés, d’autres restent longtemps en gestation avant d’aboutir. Ce rythme, très éloigné des logiques industrielles, fait de lui un cinéaste à contretemps… et à contre-mode.

Cela ne l’a pas empêché d’influencer toute une génération de réalisateurs, en Asie comme en Occident. Des cinéastes comme Edward Yang, Tsai Ming-liang, Apichatpong Weerasethakul ou Kelly Reichardt revendiquent parfois une filiation plus ou moins directe avec sa manière de filmer. Son art du plan long, sa vision du temps et sa capacité à raconter l’Histoire par le quotidien font école.

Une santé fragile, une œuvre déjà intemporelle

En 2023, il a été confirmé que Hou Hsiao-hsien souffrait de la maladie d’Alzheimer, une nouvelle accueillie avec émotion dans le monde du cinéma. Ce diagnostic a mis un terme à ses projets futurs, dont un dernier film en préparation. Un coup dur pour tous ceux qui attendaient encore une nouvelle œuvre de sa part, mais aussi l’occasion de redécouvrir une filmographie d’une richesse considérable.

Car même si son œuvre est désormais close, elle continue de rayonner. Pas avec des effets spéciaux ni des rebondissements tonitruants, mais avec quelque chose de plus rare : une manière d’écouter le silence, d’observer les gestes oubliés, de filmer les êtres comme s’ils étaient déjà des souvenirs.

Et dans ce regard-là, il y a quelque chose de profondément humain, qui dépasse les frontières et le temps. Comme si Hou Hsiao-hsien, en ralentissant le monde, nous apprenait à mieux le voir.

Filmographie

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