Herschell Gordon Lewis

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Filmographie 4 films

Biographie

Herschell Gordon Lewis est né le 15 juin 1926 à Pittsburgh, en Pennsylvanie (États-Unis), et il est décédé le 26 septembre 2016 à l’âge de 90 ans. Surnommé le “Godfather of Gore”, Herschell Gordon Lewis est à l’origine de l’un des sous-genres les plus provocateurs et controversés du cinéma : le gore cinématographique, tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Et même s’il n’a jamais cherché l’adhésion des critiques, il a laissé une empreinte durable dans le cinéma d’exploitation, grâce à un style radical, provocateur, et, disons-le franchement, souvent joyeusement excessif. Mais Herschell Gordon Lewis, c’est aussi un homme aux multiples vies : professeur d’université, publicitaire, écrivain, musicien… Avant d’être une légende du cinéma bis, c’était surtout un homme d’idées, très conscient de son époque, et particulièrement habile à flairer les tendances à choquer (et à vendre).

Une carrière née du marketing, pas de l’amour du 7e art

À la base, Herschell Gordon Lewis n’est pas un cinéaste nourri aux films d’auteur européens ou au néoréalisme italien. Il vient de la publicité. Il enseigne à la fac, écrit sur le marketing, réalise des spots télé… et c’est dans cette culture de l’impact immédiat et de la persuasion visuelle qu’il forge son approche du cinéma.

Il commence par réaliser des films éducatifs, puis des séries B à petit budget dans les années 1960, souvent des nudie cuties (des comédies légères avec nudité), alors très en vogue dans le circuit des salles indépendantes. Mais très vite, il comprend qu’un autre terrain reste encore presque totalement inexploré au cinéma : le sang, les tripes, les mutilations... bref, le gore.

C’est ainsi qu’en 1963, il réalise Blood Feast, souvent considéré comme le tout premier film gore de l’histoire du cinéma. Le scénario tient en quelques lignes (un traiteur égyptien tue des jeunes femmes pour ressusciter une déesse antique), mais ce n’est pas l’intrigue qui fait parler du film : c’est la violence frontale, les effets gores volontairement outranciers, et la manière dont tout cela est filmé avec un sérieux presque comique.

Résultat ? Un choc pour les spectateurs de l’époque, et un coup de génie marketing pour Herschell Gordon Lewis, qui comprend que la provocation pure et simple peut devenir une signature artistique.

Le cinéma gore artisanal : sang, latex et système D

Les films de Herschell Gordon Lewis sont tournés avec des budgets microscopiques, souvent avec des acteurs non professionnels, dans des décors improvisés, avec un style de mise en scène rudimentaire mais efficace. Les dialogues sont parfois absurdes, le jeu hésitant, les raccords étranges… mais tout cela devient vite partie intégrante de son esthétique.

Parmi ses films les plus connus, on retrouve Two Thousand Maniacs! (1964), Color Me Blood Red (1965), The Gore Gore Girls (1972), ou encore The Wizard of Gore (1970). Tous ces titres partagent la même recette : une excuse narrative légère, suivie d’une montée progressive vers des scènes de violence outrée, avec des effets spéciaux souvent faits maison, entre ketchup et latex. Rien de très réaliste, mais une approche volontairement cartoonesque et macabre, qui tranche avec les tabous cinématographiques de l’époque.

Ce style tape-à-l’œil et sans retenue trouve rapidement son public dans les circuits parallèles, drive-ins et salles de quartier. Et même si la critique le méprise, les spectateurs en redemandent.

Un précurseur malgré lui

Ce qui rend Herschell Gordon Lewis si fascinant, c’est que son cinéma n’avait pas pour but de révolutionner l’art, mais il l’a fait à sa manière. En cassant les tabous de la représentation de la violence, il a ouvert la voie à tout un pan du cinéma d’horreur moderne : de Wes Craven à Tobe Hooper, en passant par Peter Jackson et même Quentin Tarantino, nombreux sont les cinéastes qui reconnaissent l’héritage provocateur de son œuvre.

Il a aussi anticipé une manière de consommer le cinéma fondée sur le choc, la curiosité morbide, le culte de la transgression, à une époque où Hollywood restait encore très codifié. Et si ses films ne passaient pas par les circuits traditionnels, ils ont contribué à créer une contre-culture cinématographique, celle des midnight movies, du cinéma underground et des festivals spécialisés.

Une retraite mouvementée et un retour tardif

Après un dernier film en 1972, Herschell Gordon Lewis s’éloigne du cinéma pour se consacrer à sa carrière de consultant en marketing, domaine dans lequel il publie de nombreux ouvrages. Car oui, il est aussi un expert reconnu de la publicité directe, auteur de manuels professionnels (au style bien plus sobre que ses films, rassurez-vous). Il passe plusieurs décennies à former des communicants, toujours avec le même sens de l’impact immédiat et du message sans fioritures.

Mais en 2002, il revient avec un dernier baroud d’honneur, Blood Feast 2: All U Can Eat, suite tardive et volontairement grotesque de son classique de 1963. Le film, plus satirique, joue ouvertement sur la nostalgie et le second degré, dans un monde où le gore est devenu mainstream… mais où Lewis reste fidèle à sa méthode artisanale.

Un cinéma de mauvais goût ? Assumé, et même revendiqué

Il serait facile de réduire Herschell Gordon Lewis à un faiseur de séries Z provocantes. Mais ce serait passer à côté de son importance historique, de son sens de l’innovation (même accidentelle), et de son humour noir souvent volontaire. Il savait ce qu’il faisait, et assumait parfaitement de faire du "non-art" commercial, radical, et jubilatoire.

Il n’a jamais cherché la reconnaissance de l’industrie. Et pourtant, il a influencé plusieurs générations de cinéastes, marqué la mémoire de milliers de spectateurs curieux (ou traumatisés), et prouvé qu’il est parfois plus facile de créer un genre que de plaire à tout le monde.

Avec Herschell Gordon Lewis, le cinéma a gagné un artisan du mauvais goût, mais du mauvais goût fait avec passion, méthode, et une conscience aiguë du pouvoir de l’image choc. Le gore, avant lui, n’était qu’un effet dramatique. Après lui, il est devenu une esthétique à part entière.

Filmographie

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