Henri Alekan
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Détails
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| Filmographie | 4 films |
Biographie
Henri Alekan est un directeur de la photographie français, né le 10 février 1909 à Paris et mort le 15 juin 2001 à Auxerre.
Formation technique et premiers travaux de Henri Alekan
Issu d’un milieu modeste, Henri Alekan suit une formation à la fois scientifique et pratique. Il étudie au Conservatoire national des arts et métiers puis à l’Institut d'optique Graduate School, tout en suivant les cours pratiques de Pathé-Cinéma à Joinville-le-Pont, où il se familiarise concrètement avec la prise de vues cinématographique. Un temps marionnettiste avec son frère, il entre ensuite dans les studios comme assistant opérateur à partir de 1928, au moment où le cinéma français consolide ses structures industrielles.
Dans cet univers de studios, Henri Alekan travaille notamment aux côtés du chef opérateur Eugen Schüfftan, dont il devient l’assistant et auprès duquel il découvre les exigences d’une photographie très construite. Il participe ainsi à des productions qui comptent parmi les références du réalisme poétique, avant d’être promu cadreur, puis chef opérateur à partir de 1940, au moment où son activité professionnelle se stabilise derrière la caméra.
Directeur de la photographie au cœur du cinéma français
L’engagement syndical de Henri Alekan se manifeste très tôt, dans le contexte du Front populaire, avec la création d’une association des assistants opérateurs. Pendant l’Occupation, la loi sur le statut des Juifs promulguée par le gouvernement de Vichy lui interdit de jure d’exercer en tant que directeur de la photographie, mais il occupe néanmoins ce poste pour le film Vénus aveugle d’Abel Gance, tourné en zone libre en 1941, ainsi que pour le documentaire Ceux du rail de René Clément, réalisé dans le sud non occupé. À l’automne 1940, il participe à la fondation à Cannes du Centre artistique et technique des jeunes du cinéma (CATJC), qui prend la forme associative à Nice en 1941 et rassemble de nombreux techniciens et cinéastes en devenir.
À la Libération, Henri Alekan rejoint la Commission supérieure technique du cinéma (CST), constituée en septembre 1944, et figure parmi les cofondateurs, avec Louis Daquin, de la Coopérative générale du cinéma français, structure destinée à produire des films exigeants. Dans ces années, son travail de directeur de la photographie s’impose dans deux longs métrages souvent cités, La Bataille du rail de René Clément et La Belle et la Bête de Jean Cocteau, tous deux sortis en 1946, qui placent sa lumière au centre de l’attention des critiques comme des professionnels.
Une filmographie abondante, du noir et blanc à la couleur
La filmographie de Henri Alekan se déploie ensuite dans un grand nombre de productions françaises et internationales. En noir et blanc, il éclaire notamment Les Maudits de René Clément, Les Amants de Vérone d’André Cayatte, La Marie du port de Marcel Carné ou Une si jolie petite plage d’Yves Allégret, des films régulièrement mentionnés pour la précision de leurs contrastes et la richesse de leurs atmosphères visuelles. Il travaille aussi sur Anna Karénine de Julien Duvivier et collabore avec des réalisateurs comme Joseph Losey, Marc Allégret ou Henri Verneuil, ce qui contribue à inscrire son nom dans un cinéma d’auteur mais aussi de grande diffusion.
Le passage à la couleur ne modifie pas la place de Henri Alekan derrière la caméra. Il signe l’image de films tels qu’Austerlitz d’Abel Gance, La Princesse de Clèves de Jean Delannoy ou Topkapi de Jules Dassin, et participe à des productions tournées en Europe comme aux États-Unis, notamment Roman Holiday (Vacances romaines) de William Wyler. Il collabore avec Joseph Losey sur plusieurs titres, parmi lesquels Un homme à détruire, Figures in a Landscape (Deux Hommes en fuite) et La Truite, et retrouve plus tard Wim Wenders, pour qui il éclaire L'État des choses puis Les Ailes du désir, film qui relance son nom auprès d’un nouveau public cinéphile à la fin des années 1980.
Engagements professionnels, enseignement et innovations
Parallèlement à sa carrière de chef opérateur, Henri Alekan s’implique durablement dans les structures collectives du cinéma français. Il participe à la création de l’Association française des directeurs de la photographie (AFC) aux côtés d’Albert Viguier et de Max Douy, et exerce des responsabilités au sein de l’Union des auteurs, réalisateurs et techniciens du cinéma et de la télévision. Il préside le Syndicat des techniciens de la production du 25 avril 1965 au 1er mai 1968, poursuivant ainsi l’engagement syndical amorcé dès les années 1930.
La transmission occupe également une place importante dans l’activité de Henri Alekan. Après avoir formé des techniciens au sein du Centre artistique et technique des jeunes du cinéma pendant l’Occupation, il crée, au début des années 1970, le « Cours Alekan », destiné aux étudiants et aux jeunes professionnels. Initialement accueilli au Carré Silvia-Monfort, ce cours déménage ensuite dans le quartier latin, à l’Institut de l’audiovisuel, puis à la cinémathèque du Palais de Chaillot et enfin au Studio Action, avant de s’achever en 2009 à la Filmothèque du quartier latin.
L’inventivité technique de Henri Alekan se manifeste également dans la mise au point, en 1954, avec Georges Gérard, d’un procédé de projection frontale sur écran à microbilles, baptisé Transflex, destiné aux effets spéciaux par transparence. Par la suite, il consacre une partie importante de ses activités à des spectacles de mise en lumière urbaine regroupés sous l’intitulé « Chemins de lumière », et conçoit en 1996, avec Patrick Rimoux, une installation permanente à base de fibres optiques sur un escalier de la rue du Chevalier-de-La-Barre à Montmartre, représentant les constellations du 1er janvier au 1er juillet.
Écrits, réalisations personnelles et postérité de Henri Alekan
À partir des années 1980, Henri Alekan met par écrit sa réflexion sur la lumière et la pratique du chef opérateur. Il publie en 1984 Des lumières et des ombres, souvent présenté comme un ouvrage de référence sur l’éclairage au cinéma, puis La Belle et la Bête en 1992, Question de Lumières en collaboration avec le photographe Robert Doisneau en 1993, Le Vécu et l’Imaginaire. Chroniques d’un homme d’images en 1999 ainsi qu’Encore une nuit à Paris et un portfolio consacré à la lumière en 2000. Son approche est également commentée à l’écran dans le court métrage documentaire Henri Alekan, des lumières et des hommes de Laurent Roth, tourné en 1984 et sorti en 1985-1986.
En tant que réalisateur, Henri Alekan signe au moins deux films documentaires : L’Enfer de Rodin en 1959, consacré aux sculptures de Auguste Rodin, puis La Petite Danseuse de Degas en 1986. Comme directeur de la photographie, il poursuit son activité jusqu’aux années 1990, travaillant notamment avec Amos Gitaï sur Esther, Berlin-Yerushalaim et la trilogie Golem, avec Wim Wenders sur Les Ailes du désir, ainsi que sur le film grand format IMAX J’écris dans l’espace de Pierre Étaix pour la Géode. Sa curiosité le conduit aussi vers le clip musical : il éclaire le vidéo-clip "The Perfect Kiss" du groupe New Order, tourné en 1985, où les musiciens jouent réellement pendant l’enregistrement, ce qui place objectivement sa filmographie entre La Belle et la Bête et un groupe post-punk de Manchester, sans changement notable de rigueur dans les gros plans.
La reconnaissance institutionnelle de Henri Alekan se manifeste notamment par le César de la meilleure photographie obtenu en 1983 pour La Truite de Joseph Losey, ainsi que par sa participation au jury de la compétition officielle du Festival de Cannes en 1983. Son influence est revendiquée par le Studio Harcourt, dont la photographe Cosette Harcourt s’inspire pour le style de lumière, et se prolonge à travers l’Institut Henri Alekan, structure héritière de ses activités d’enseignement. Décédé à Auxerre en 2001, il est inhumé au cimetière du Montparnasse à Paris, où sa tombe rappelle la longévité de son parcours, tandis que la cinémathèque de Boulogne-Billancourt porte désormais son nom.
Filmographie
4 sur 4 films