Harmony Korine
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Détails
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| Filmographie | 5 films |
Biographie
Harmony Korine, né le 4 janvier 1973 à Bolinas, en Californie (États-Unis), est un réalisateur, scénariste, photographe et artiste inclassable, souvent associé à un cinéma expérimental, subversif et volontairement abrasif.
À l’écart des conventions narratives et visuelles du cinéma américain traditionnel, Harmony Korine s’impose comme une figure centrale du cinéma indépendant radical à partir des années 1990, avec une œuvre qui bouscule autant qu’elle fascine.
Révélé très jeune comme le scénariste du film Kids (1995), réalisé par Larry Clark, il développe par la suite une œuvre personnelle, souvent centrée sur des personnages marginalisés, errants, détruits ou absents à eux-mêmes, mais toujours filmés avec un mélange dérangeant de tendresse et de provocation. Il est aussi l’un des rares cinéastes à mélanger si librement le trash, la poésie et le malaise, en flirtant sans cesse avec les limites du bon goût.
Les débuts : Kids, la claque générationnelle des années 90
À 22 ans, Harmony Korine écrit le scénario de Kids, portrait cru d’une jeunesse new-yorkaise livrée à elle-même, entre sexe non consenti, drogue et désespoir latent. Le film, signé Larry Clark mais profondément marqué par le regard de Korine, provoque un choc médiatique dès sa sortie : interdit dans plusieurs pays, accusé de voyeurisme, il est aussi salué pour son réalisme cru et frontal, souvent comparé à une forme de néoréalisme post-grunge.
Cette entrée fracassante dans le monde du cinéma impose Harmony Korine comme une voix unique, inconfortable mais nécessaire. Très vite, il passe à la réalisation, avec une ambition artistique encore plus libre, et parfois, volontairement incohérente.
Gummo et Julien Donkey-Boy : l’art du chaos organisé
En 1997, il réalise Gummo, son premier long-métrage, qui devient film-culte instantané pour une génération d’amateurs de cinéma underground. Tourné dans l’Ohio, avec une esthétique granuleuse, un montage déconstruit, et des séquences parfois proches du documentaire, Gummo donne à voir une Amérique profonde, oubliée, en lambeaux. Pas d’intrigue linéaire ici, mais une collection de fragments, d’images crues, de personnages hors-cadre, enfants violents, adolescents désabusés, familles dysfonctionnelles.
Le film dérange, mais il est aussi profondément humain, parfois drôle, toujours inattendu. Il fixe la marque de fabrique de Harmony Korine : une aura de malaise poétique, où le grotesque le dispute au sublime.
Deux ans plus tard, il pousse l’expérience encore plus loin avec Julien Donkey-Boy (1999), tourné selon les règles du Dogme95 (oui, celles de Lars von Trier), et centré sur un jeune homme schizophrène. Le film, totalement décousu, donne au spectateur l’impression d’être dans la tête du personnage, avec une image sale, tremblante, saturée, qui pousse l’immersion jusqu’à l’inconfort physique.
Une pause, des expérimentations, et une réinvention
Suite à ces premiers films, Harmony Korine disparaît un temps des écrans, rongé par des problèmes de drogues et une vie personnelle chaotique. Il revient dans les années 2000 avec Mister Lonely (2007), film étrange sur une communauté d’imitateurs célèbres (Charlie Chaplin, Michael Jackson, etc.) vivant isolés dans les montagnes. Le film marque une transition vers un cinéma un peu plus lisible, mais toujours profondément singulier, peuplé de freaks magnifiques et d’êtres perdus.
C’est à partir de là que Korine semble trouver un nouvel équilibre, entre radicalité visuelle et accessibilité narrative.
Spring Breakers : le choc pop et la reconnaissance mainstream
En 2012, Harmony Korine crée la surprise avec Spring Breakers, film à la fois hyper esthétique, très écrit, et accessible à un plus large public. Il y suit quatre jeunes filles en vacances qui sombrent dans la criminalité, aidées par un trafiquant incarné par un James Franco halluciné. À mi-chemin entre le clip musical, le conte nihiliste, et le film de braquage déformé, le film fascine autant qu’il divise.
Pour beaucoup, c’est le chef-d'œuvre de Harmony Korine, une œuvre synthétique qui mêle critique du rêve américain, pulsion de mort adolescente, et ivresse dionysiaque. La photographie saturée, le montage hypnotique, la musique de Cliff Martinez et Skrillex, tout concourt à créer une expérience sensorielle et narrative unique.
Mais au fond, Spring Breakers reste du pur Korine : subversion des codes, fascination pour les corps, mélancolie étouffée sous les excès.
The Beach Bum et au-delà : la douceur du chaos
En 2019, Harmony Korine revient avec The Beach Bum, avec Matthew McConaughey dans le rôle d’un poète défoncé qui flotte dans un monde de luxe, d’alcool et de non-sens. Plus lumineux, plus détendu que ses films précédents, ce long-métrage poursuit pourtant les mêmes obsessions : la marginalité joyeuse, la vie comme improvisation permanente, la déconnexion du réel.
Le film est accueilli plus tièdement par la critique, certains le jugeant mineur, d’autres voyant au contraire une forme d’aboutissement dans cette fable hédoniste sans but. Ce qui est sûr, c’est que Harmony Korine n’a rien perdu de sa liberté, ni de son goût pour les personnages flottants.
Un artiste visuel avant tout
Il faut aussi rappeler que Harmony Korine est plus qu’un cinéaste. Il est aussi photographe, plasticien, et artiste contemporain. Son œuvre dépasse le cadre du cinéma : il expose ses vidéos, ses collages, ses peintures. Son univers visuel est cohérent, saturé, instinctif, et toujours à la limite de la décomposition.
Il ne cherche pas à plaire, mais à tendre un miroir trouble au spectateur. Un miroir qui ne reflète pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il pourrait être si l’on écoutait les voix invisibles, les récits oubliés, les pulsions inavouées.
Filmographie
5 sur 5 films