Gu Changwei
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Détails
| Autre nom | 顾长卫 |
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| Âge |
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Nationalité |
| Filmographie | 5 films |
| Récompense | 1 nomination et 0 victoire |
Biographie
Gu Changwei, né le 12 décembre 1957 à Xi’an, en Chine, est un cinéaste et directeur de la photographie chinois reconnu pour son rôle majeur dans le renouveau du cinéma chinois à partir des années 1980. D’abord célèbre pour son travail derrière la caméra, il est l’un des chefs opérateurs les plus influents de sa génération avant de se tourner, plus tard, vers la réalisation. Sa carrière illustre à elle seule une transition artistique marquée, passant de la composition visuelle de l’image à la création de récits profondément humains, ancrés dans l’histoire contemporaine de la Chine.
Formé à la prestigieuse Académie du cinéma de Pékin (Beijing Film Academy), Gu Changwei appartient à la fameuse "cinquième génération" de cinéastes chinois, aux côtés de figures comme Zhang Yimou ou Chen Kaige. Dès ses débuts, il se distingue par une approche visuelle audacieuse, souvent poétique, parfois brutale, mais toujours au service de la narration. Son travail sur les contrastes, les couleurs, les cadrages l’impose très vite comme une référence dans l’univers visuel du cinéma asiatique.
Une empreinte visuelle inoubliable dans le cinéma chinois des années 80-90
C’est en tant que directeur de la photographie que Gu Changwei forge d’abord sa réputation, en collaborant sur des œuvres devenues emblématiques. Il signe notamment la photographie de Adieu ma concubine (1993) de Chen Kaige, Palme d’or à Cannes, un film dont la beauté visuelle reste encore aujourd’hui saluée pour sa richesse chromatique et la finesse de ses compositions.
Il travaille également avec Zhang Yimou sur des films tels que Le Sorgho rouge (Red Sorghum, 1987), un autre jalon du cinéma chinois contemporain. Dans ces collaborations, Gu Changwei insuffle un souffle nouveau à l’image cinématographique chinoise. Il n’hésite pas à expérimenter, à s’éloigner des conventions formelles, pour capter des atmosphères vibrantes, des émotions nuancées, souvent à la frontière entre l’intime et l’épique.
Ses images ne sont jamais gratuites. Chaque plan, chaque éclairage raconte quelque chose du pays, de ses contradictions, de ses douleurs aussi. La Chine rurale, les traditions, les bouleversements sociaux... tout cela passe dans son objectif avec une sensibilité rare. En somme, avant même de passer à la réalisation, Gu Changwei avait déjà laissé une empreinte forte, à la fois artistique et politique.
Le passage à la réalisation : une nouvelle voie, tout en continuité
Ce n’est qu’en 2005 que Gu Changwei réalise son premier long-métrage : Peacock (Kongque), un film centré sur une fratrie dans la Chine des années 1970, en pleine Révolution culturelle. Le ton est posé : le regard est doux-amer, parfois ironique, mais jamais caricatural. Il filme des trajectoires ordinaires, dans un pays en mutation, avec une grande attention à la lumière, au rythme des gestes, aux silences.
Peacock est salué par la critique et reçoit l’Ours d'argent du jury au Festival de Berlin en 2005. Ce succès conforte Gu Changwei dans sa démarche : celle d’un cinéma sobre, profondément humain, qui s’appuie sur son œil de chef opérateur tout en creusant des histoires simples mais fortes. Son style, sans esbroufe, privilégie les ellipses, les détails infimes qui en disent long sur les personnages.
En 2007, il réalise And the Spring Comes, qui s’intéresse cette fois au monde artistique provincial, à travers le portrait d’une femme professeur de chant rêvant de devenir soprano à Pékin. Là encore, Gu Changwei explore les désillusions, les rêves brisés, les tensions entre aspirations individuelles et contraintes sociales. C’est un film sur les perdants magnifiques, ceux que la grande histoire a laissés de côté. Sans cynisme, sans jugement, mais avec une grande justesse.
Une œuvre marquée par l’humain, la mémoire et la retenue
À la différence de certains de ses contemporains, Gu Changwei n’a jamais cherché à provoquer ou à choquer. Il avance à pas feutrés, préférant suggérer que démontrer. Sa force, c’est sa capacité à filmer la Chine dans sa banalité la plus universelle : les familles, les tensions générationnelles, les rêves déçus, les compromis du quotidien. Il pose un regard profondément compatissant, parfois un peu mélancolique, sur les existences minuscules prises dans les filets de la grande Histoire.
Ses films sont souvent nourris par sa propre expérience : né à la fin des années 1950, Gu Changwei a connu les bouleversements de l’ère maoïste, l’ouverture économique, les contradictions d’une modernité brutale. Tout cela transpire dans son œuvre, mais jamais de manière frontale. Il préfère le récit feutré, la tendresse silencieuse, le drame contenu.
On retrouve dans ses mises en scène la précision de l’image qui a fait sa renommée comme directeur de la photographie. Ce n’est pas un hasard si beaucoup considèrent ses films comme des “tableaux vivants”. Mais là où l’image pourrait dominer, Gu Changwei garde toujours en priorité ses personnages. Ils ne sont jamais des prétextes esthétiques, mais le cœur battant de ses récits.
Une figure discrète mais essentielle du cinéma chinois
Gu Changwei ne fait pas partie des cinéastes les plus médiatisés de Chine. Il n’enchaîne pas les projets à un rythme effréné, il reste en marge des circuits commerciaux, et cultive une forme de discrétion qui tranche avec l’exposition de certains de ses collègues. Pourtant, dans les cercles du cinéma d’auteur, son nom est synonyme de rigueur, de sensibilité, de qualité.
Sa double casquette de chef opérateur et de réalisateur lui donne une perspective unique sur le processus cinématographique. Il sait ce que signifie composer une image, mais aussi ce qu’il faut pour lui donner une âme narrative. Cette rare combinaison fait de Gu Changwei une figure à part, respectée autant pour son œil que pour son humanité.
Dans un paysage cinématographique parfois tiraillé entre censure, production de masse et aspirations artistiques, Gu Changwei reste fidèle à une certaine idée du cinéma : un art du regard, de l’attention, et de la nuance. Rien de tonitruant, mais beaucoup de vérité, et une constance dans l’exigence qui force le respect.