Graham Crowden
- Casting
Détails
| Autre nom | Clement Graham Crowden |
|---|---|
| Âge |
|
Nationalité |
| Filmographie | 6 films |
Biographie
Graham Crowden est né le 30 novembre 1922 à Edimbourg, Écosse, et est décédé le 19 octobre 2010. Il fut l’un de ces acteurs britanniques immédiatement reconnaissables, non pas pour un rôle iconique unique, mais pour sa voix grave, sa stature élancée, son regard malicieux, et surtout, cette capacité à incarner des personnages excentriques, érudits, parfois légèrement fous, avec un flegme tout à fait britannique. Sa carrière a traversé près de six décennies, au théâtre, à la télévision et au cinéma, avec un penchant affirmé pour les rôles secondaires marquants, ceux qui apportent du sel aux histoires sans forcément les occuper entièrement.
Une formation classique… et un certain goût de l’irrévérence
Avant de devenir acteur, Graham Crowden sert brièvement dans l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il entame ensuite une formation artistique et se produit dans les théâtres écossais, avant de rejoindre les scènes londoniennes. Son physique singulier et son talent pour la diction le destinent rapidement aux rôles de composition, souvent dans des pièces classiques, mais avec toujours une petite touche d’absurde ou de décalage.
Dans les années 1960 et 1970, il devient une figure familière du théâtre britannique, jouant dans des productions du National Theatre ou de la Royal Shakespeare Company. Il excelle dans les personnages à la logique étrange, qu’il aborde avec sérieux… tout en laissant deviner qu’il n’est pas dupe.
À la télévision : A Very Peculiar Practice, Waiting for God… et presque Doctor Who
C’est à la télévision que Graham Crowden gagne sa plus grande notoriété, notamment au Royaume-Uni. Dans les années 1980, il incarne le Dr Jock McCannon dans A Very Peculiar Practice, une série à la fois comique et satirique sur le milieu universitaire. Son personnage, médecin fantasque et philosophe amateur, est typique du style Crowden : un peu fou, un peu génial, totalement imprévisible.
Mais c’est avec la sitcom Waiting for God (1990–1994) qu’il conquiert un plus large public. Il y incarne Tom Ballard, un pensionnaire d’une maison de retraite qui refuse de se laisser réduire à l’état de « vieux monsieur inoffensif ». Aux côtés de Stephanie Cole, il donne vie à un duo mordant, comique, et un brin anarchiste, avec une belle alchimie et une énergie communicative. La série connaît un vif succès et confirme Graham Crowden comme un maître du comique pince-sans-rire.
Anecdote savoureuse : il a été approché pour devenir le Docteur dans Doctor Who à la fin des années 1970, après le départ de Tom Baker. Il aurait refusé le rôle parce qu’il ne souhaitait pas s’engager à long terme. On ne saura jamais ce qu’aurait donné un Docteur joué par Crowden, mais son nom circule encore parmi les "et si" les plus populaires chez les fans.
Un second couteau de luxe au cinéma
Au cinéma, Graham Crowden ne joue presque jamais les premiers rôles, mais il laisse toujours une empreinte durable. Il travaille à plusieurs reprises avec le réalisateur Lindsay Anderson, notamment dans la trilogie if.... (1968), O Lucky Man! (1973) et Britannia Hospital (1982), dans laquelle il incarne le Docteur Millar, savant fou aux expérimentations douteuses. Le tout avec une intensité théâtrale jubilatoire, entre satire sociale et comédie noire.
Il apparaît aussi dans des films comme The Ruling Class, Jabberwocky (de Terry Gilliam), ou Calendar Girls, où même dans des rôles brefs, il attire immanquablement l’attention, souvent par un regard perçant ou une réplique lancée avec un ton décalé.
Une carrière à contre-courant des modes
Graham Crowden n’a jamais cherché à devenir une star. Il a choisi ses rôles en fonction de leur originalité, leur étrangeté ou leur potentiel comique, plutôt que pour la gloire ou la visibilité. Son jeu repose moins sur l’émotion brute que sur l’intelligence, l’ironie, et un sens du rythme verbal remarquable.
Son apparence, grand, dégingandé, avec un visage qui oscillait entre l’élégance et la folie douce, en faisait un acteur de niche, mais une niche très précieuse pour les scénaristes et réalisateurs en quête de personnalité forte.
Graham Crowden : l’art du décalage bien dosé
Avec Graham Crowden, chaque apparition à l’écran était une promesse : celle d’un moment de théâtre dans le cinéma, d’un sourire qui n’a pas besoin d’être appuyé, d’une réplique qu’on n’attend pas, ou d’un personnage à la frontière entre le sage et le dérangé.
Il fait partie de cette tradition très britannique des acteurs excentriques et cérébraux, héritiers autant du vaudeville que de Shakespeare, capables d’embarquer le public dans leur monde sans jamais hausser la voix.
Aujourd’hui encore, les rôles de Crowden font partie de ces plaisirs rares, ceux qu’on redécouvre avec bonheur, et qui rappellent qu’un acteur peut voler la vedette avec une seule intonation. Et lui, il le faisait presque sans y penser.