Gore Vidal
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Détails
| Autre nom | Eugene Luther Gore Vidal |
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Nationalité |
| Filmographie | 1 film |
Biographie
Gore Vidal, de son nom complet Eugene Luther Gore Vidal, est né le 3 octobre 1925 à West Point (New York, États-Unis) et est décédé le 31 juillet 2012 à Los Angeles, en Californie. Écrivain prolifique, essayiste acéré, scénariste hollywoodien et personnalité médiatique redoutée, il a marqué la vie littéraire et politique américaine du XXe siècle par son style élégant, son esprit tranchant et ses prises de position souvent à contre-courant.
Figure du débat public, Gore Vidal a autant brillé dans les cercles littéraires qu’à la télévision, maniant la satire avec une facilité déconcertante. Il laisse derrière lui une œuvre vaste et inclassable, à mi-chemin entre le roman historique, la critique sociale et le pamphlet politique. Avec lui, le mot "écrivain" semble presque réducteur.
Une jeunesse marquée par les élites, mais en marge du conformisme
Issu d’une famille influente de la haute société américaine, petit-fils d’un sénateur et fils d’un pionnier de l’aviation, Gore Vidal baigne très tôt dans la politique et le monde des institutions. Il fréquente des écoles prestigieuses, notamment à Washington D.C., mais se distingue rapidement par son esprit d’indépendance. Il refuse l’univers des convenances, même s’il en connaît tous les codes.
Engagé dans l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale, il en sort avec la ferme intention de devenir écrivain. À 21 ans, il publie son premier roman, Williwaw (1946), inspiré de son expérience militaire. Deux ans plus tard, The City and the Pillar (1948), roman ouvertement centré sur l’homosexualité masculine, fait scandale dans une Amérique encore très puritaine. Le livre lui vaudra un boycott partiel des grands médias pendant plusieurs années, mais ancre déjà Gore Vidal comme une voix différente, libre, et peu préoccupée par les réactions de la société bien-pensante.
Un romancier entre Histoire, satire et fiction provocante
Tout au long de sa carrière, Gore Vidal alterne les genres avec une aisance rare. Il écrit des romans historiques ambitieux, comme Julian (1964), sur l’empereur romain éponyme, ou Burr (1973), Lincoln (1984) et Empire (1987), qui font partie d’une vaste fresque intitulée "Narratives of Empire", retraçant l’histoire des États-Unis à travers le regard de ses figures politiques, célèbres ou oubliées.
Il n’hésite pas à revisiter les fondations du mythe américain avec un regard critique, souvent ironique, toujours lucide. Son style, soigné et classique, contraste avec la modernité de ses idées. Il a aussi signé plusieurs textes satiriques (Myra Breckinridge, 1968, sans doute son œuvre la plus controversée), qui s’attaquent aux normes sexuelles, au puritanisme et au conformisme culturel.
Si Gore Vidal aime la fiction, c’est toujours dans un but : interroger l’identité américaine, ses illusions, ses paradoxes, sa violence politique. L’histoire, chez lui, n’est jamais une matière figée, mais un matériau à démonter, à réinterpréter, souvent avec une bonne dose de sarcasme.
L’essayiste redouté et la bête des plateaux télé
En dehors de la fiction, Gore Vidal est aussi un essayiste majeur. Ses textes politiques, publiés dans des revues comme The Nation, sont incisifs, brillamment argumentés, et sans pitié pour l’hypocrisie des élites. Il critique le militarisme américain, dénonce l’avidité des multinationales, attaque les présidences de Nixon, Reagan et Bush avec une verve dévastatrice.
Sa rivalité publique avec William F. Buckley Jr., conservateur catholique bon teint, devient légendaire. Leurs débats télévisés sont devenus des objets d’étude, tant ils mêlaient affrontement idéologique, attaques personnelles et théâtre verbal. Gore Vidal, toujours calme, sarcastique, maniant le verbe avec une précision chirurgicale, s’érigeait en contre-pouvoir médiatique, dénonçant les mensonges d’un système politique qu’il connaissait mieux que personne.
Il se définissait volontiers comme un "pessimiste lucide", observant l’Amérique depuis l’intérieur, tout en gardant la distance d’un moraliste un peu désabusé. Ce n’est pas pour rien qu’il répétait que “les États-Unis d’Amérique sont un pays fondé sur le génocide et entretenu par le mensonge.”
Un homme libre, à l’identité affirmée et à la posture tranchée
Ouvertement bisexuel à une époque où cela relevait de la provocation, Gore Vidal a toujours rejeté les étiquettes, préférant parler de comportement plutôt que d’identité. Il dénonçait les catégories rigides, notamment en matière de genre et de sexualité, longtemps avant que cela ne devienne un débat sociétal global.
Jamais marié, sans enfants, il a vécu de longues années à Ravello, sur la côte amalfitaine en Italie, où il s'était installé avec son compagnon de toujours, Howard Austen. Cette vie à l’écart des États-Unis renforçait encore son aura d’intellectuel critique, regardant son pays depuis la distance, mais sans jamais cesser de le penser.
Et malgré son ton souvent féroce, Gore Vidal ne se voulait pas cynique. Il croyait en la démocratie, en la culture, en la littérature comme rempart contre la médiocrité et l’oubli. Mais il savait que l’histoire ne penchait pas toujours du bon côté.
Un héritage intellectuel hors des sentiers battus
À sa mort en 2012, Gore Vidal laissait derrière lui une œuvre dense, inclassable, à la fois provocante et érudite. Il reste aujourd’hui un penseur radical, parfois oublié, mais d’une actualité brûlante dans ses analyses sur le pouvoir, les médias, la manipulation politique et les mythes fondateurs de l’Amérique.
En refusant d’appartenir à une école, à un parti ou à une case, Gore Vidal a construit une position unique dans la vie intellectuelle anglo-saxonne : celle du franc-tireur brillant, du penseur libre, du romancier qui n’écrit jamais sans idées, et du citoyen qui n’écrit jamais sans colère. Un monument… sans culte officiel, mais dont les mots, eux, continuent de gronder.