Ernest Lehman
- Production
- Écriture
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 4 films |
| Récompenses | 6 nominations et 1 victoire |
Biographie
Ernest Lehman, né le 8 décembre 1915 à New York et décédé le 2 juillet 2005 à Los Angeles, est l’un des scénaristes les plus influents du cinéma américain, tout en étant paradoxalement peu connu du grand public.
Pourtant, si vous avez vu La Mort aux trousses, West Side Story ou Qui a peur de Virginia Woolf ?, alors vous avez déjà été exposé au talent de Ernest Lehman. Il a écrit pour les plus grands réalisateurs, adapté les œuvres les plus délicates, et réussi à imposer une écriture élégante, nerveuse, toujours au service des personnages. Pas besoin de gros effets ou de répliques destinées à faire le tour des réseaux sociaux (qui, il faut l’avouer, n’existaient pas encore) : Ernest Lehman, c’était l’efficacité, la précision, et surtout, une compréhension fine de la dramaturgie hollywoodienne à son apogée.
Un parcours de journaliste et d’auteur avant Hollywood
Avant de se lancer dans l’écriture de scénarios, Ernest Lehman est journaliste et rédacteur publicitaire. Il publie aussi plusieurs nouvelles dans des magazines prestigieux, ce qui attire l’attention des studios de cinéma. On pourrait dire qu’il entre à Hollywood presque par la petite porte, celle de la prose bien écrite et des dialogues qui claquent sans avoir l’air d’en faire trop. C’est la Paramount qui lui ouvre les bras au début des années 1950.
Dès ses premiers scripts, on sent chez Ernest Lehman une capacité rare à conjuguer accessibilité et sophistication. Il sait écrire des histoires grand public sans jamais tomber dans la facilité, ce qui, à Hollywood, est un art délicat, et bien plus rare qu’on ne le croit.
La collaboration mythique avec Alfred Hitchcock
En 1959, Ernest Lehman écrit North by Northwest (La Mort aux trousses), réalisé par Alfred Hitchcock. C’est probablement le scénario le plus célèbre de sa carrière. Un thriller d’espionnage palpitant, construit autour d’un homme ordinaire plongé dans une affaire qui le dépasse. Cary Grant court sur le Mont Rushmore, un avion rase un champ, et les dialogues entre les personnages sont aussi tendus que brillamment écrits. Du grand Hitchcock, certes… mais aussi du grand Lehman.
Le scénariste dira plus tard que c’était l’un des rares cas où il n’adaptait pas une œuvre existante. Le scénario est totalement original, et Hitchcock lui a laissé carte blanche. Une preuve de confiance rare, et un signe évident du respect qu’il inspirait.
L’adaptateur de Broadway au grand écran
Ernest Lehman est aussi un maître dans l’adaptation de comédies musicales et de pièces de théâtre. Il signe notamment le scénario de West Side Story (1961), film devenu un monument du cinéma musical. Là encore, il réussit à transformer une œuvre scénique complexe en un film fluide, percutant et accessible, sans jamais trahir sa source. Même chose avec The Sound of Music (La Mélodie du bonheur, 1965), où il retravaille le scénario pour lui donner plus de rythme et d’efficacité dramatique.
Il adapte également Who’s Afraid of Virginia Woolf? (Qui a peur de Virginia Woolf ?, 1966), pièce d’Edward Albee, réputée intransférable à l’écran… et pourtant, le résultat est un chef-d'œuvre tendu, porté par Elizabeth Taylor et Richard Burton. Encore une fois, Ernest Lehman ne fait pas que transposer : il transforme, sculpte, donne à voir autrement.
Une reconnaissance tardive mais éclatante
Malgré toutes ces réussites, Ernest Lehman n’a jamais remporté d’Oscar pour un de ses scénarios. Une anomalie absolue, étant donné son impact sur le cinéma classique hollywoodien. Heureusement, l’Académie a fini par se rattraper en 2001, en lui remettant un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Il fut d’ailleurs le premier scénariste à recevoir ce type de récompense, preuve que même à Hollywood, la reconnaissance peut arriver… avec quelques décennies de retard.
Il a aussi été président de la Writers Guild of America et a beaucoup œuvré pour que le travail des scénaristes soit mieux reconnu dans une industrie qui valorise souvent davantage les réalisateurs ou les acteurs.
Un artisan de l’ombre devenu légende discrète
Ernest Lehman n’a jamais cherché la lumière. Pas de frasques, pas de phrases chocs en interview, pas de personnage public haut en couleur. Il préférait écrire dans le calme, polir ses dialogues, affiner ses scénarios. Un artisan, au sens noble du terme. Son style n’était pas flamboyant, mais redoutablement efficace : chaque ligne de texte servait l’histoire, chaque scène avait sa place, chaque personnage était crédible.
Aujourd’hui, même si son nom ne figure pas toujours parmi les plus cités du grand cinéma américain, son influence est immense. Et pour tous ceux qui s’intéressent à la mécanique du scénario bien ficelé, Ernest Lehman reste un modèle absolu. Un scénariste de l’ombre, certes… mais sans lui, certaines des plus grandes lumières du cinéma n’auraient jamais brillé.
Filmographie
4 sur 4 films