Edward Bunker
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Détails
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| Filmographie | 6 films |
Biographie
Edward Bunker, né le 31 décembre 1933 à Hollywood, en Californie, et mort le 19 juillet 2005 à Los Angeles, est un écrivain, scénariste et acteur américain, à la trajectoire hors du commun. Ancien détenu, il est devenu l’une des voix les plus authentiques de la littérature carcérale et criminelle américaine, avant d’apparaître au cinéma dans des rôles souvent proches de son propre passé. Pas besoin d’inventer des gangsters quand on en a été un soi-même, pourrait-on dire. Et dans le cas de Edward Bunker, la fiction n’a jamais été très éloignée de la réalité.
Une jeunesse marquée par la violence et l’incarcération
Le parcours de Edward Bunker commence dans la délinquance. Placé très jeune dans des foyers et des établissements pour mineurs, il connaît ses premières arrestations dès l’adolescence. Instable, colérique, brillant mais incontrôlable, il enchaîne les délits, braquages, escroqueries, fugues, et finit par devenir l’un des plus jeunes détenus de la célèbre prison de San Quentin.
C’est derrière les barreaux que Edward Bunker commence à écrire. La lecture devient son exutoire, et l’écriture, sa discipline de survie. Il lit Dostoevsky, Hemingway, Camus, et commence à consigner ses pensées, ses expériences, ses observations du monde criminel. Cette période de réclusion, aussi brutale qu’elle ait été, forge le regard aigu et sans concession qu’il portera plus tard dans ses romans.
Une voix littéraire brute et lucide
Son premier roman, No Beast So Fierce (La Bête contre les murs), publié en 1973, est salué pour sa puissance réaliste. Il y raconte la sortie de prison d’un homme tiraillé entre sa volonté de s’en sortir et ses pulsions criminelles. Ce n’est pas un polar classique avec un héros qui s’en sort par miracle, c’est un récit à hauteur d’homme, viscéral et sans glamour. Le livre est adapté au cinéma en 1978 sous le titre Straight Time, avec Dustin Hoffman, et Edward Bunker y officie comme scénariste et conseiller technique. Une manière pour lui de s'assurer que le film ne dénature pas ce qu'il a vécu.
Il publie ensuite d’autres romans marquants comme The Animal Factory, Little Boy Blue ou encore Dog Eat Dog, où il dissèque l’univers carcéral, les codes de la criminalité et l’illusion de la réinsertion. Pas de glorification du crime chez Edward Bunker, ni de leçon de morale non plus. Juste la description précise, souvent impitoyable, de ce que c’est que de vivre en marge, d’être en colère contre le monde, et de devoir affronter ses propres contradictions.
Du côté des caméras, une gueule de truand authentique
Le physique buriné, le regard dur et la diction lente mais percutante de Edward Bunker ont naturellement attiré le cinéma. Il apparaît dans plusieurs films, souvent dans des seconds rôles qui font écho à son passé. Son apparition la plus célèbre reste celle dans Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, où il incarne Mr. Blue. Un rôle court mais symbolique, presque une signature : celle d’un vrai criminel devenu acteur, dans un film qui joue précisément avec les archétypes du gangster.
Il est également à l’affiche de Runaway Train, Tango & Cash, ou The Long Riders, prêtant sa présence à des univers où la brutalité n’est jamais loin. Edward Bunker ne joue pas : il est. Ce qui lui donne une crédibilité naturelle que peu d’acteurs peuvent égaler.
Une existence rachetée par l’écriture
Avec le temps, Edward Bunker est devenu une figure respectée, presque légendaire, dans le monde littéraire comme dans celui du cinéma indépendant. Sa capacité à transformer une vie de violence et d’exclusion en matière littéraire a forcé le respect. Il n’a jamais cherché à se présenter en victime ou en repenti modèle, mais plutôt comme un témoin. Il écrivait le crime de l’intérieur, sans le romantiser, mais sans le condamner de manière simpliste non plus.
Il est mort en 2005, à 71 ans, après avoir prouvé qu’il était possible de réinventer sa vie sans pour autant renier d’où l’on vient. Edward Bunker, c’est un peu le chaînon manquant entre le détenu et le romancier, entre le gangster et l’intellectuel. Un écrivain pour qui les murs de prison ont été, paradoxalement, le point de départ d’une œuvre littéraire libre.