Daria Nicolodi

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Filmographie 2 films

Biographie

Daria Nicolodi, née le 19 juin 1950 à Florence, Italie, et décédée le 26 novembre 2020 à Rome, est une actrice, scénariste et productrice italienne principalement connue pour ses rôles marquants dans le cinéma d’horreur italien, et pour sa collaboration artistique et personnelle avec Dario Argento.

Si son nom reste parfois éclipsé par celui de son illustre compagnon ou de leur fille, Asia Argento, Daria Nicolodi fut pourtant bien plus qu’une muse : elle a été une figure-clé de l’âge d’or du cinéma de genre italien, à la fois interprète puissante, créatrice engagée, et pionnière d’un regard féminin dans un univers très masculinisé.

Son jeu, souvent marqué par une forme de tension nerveuse ou d’ambiguïté subtile, s’est imposé dans des films où le surnaturel, la folie et la mort se mêlent dans un ballet souvent baroque et angoissant.

Une formation classique au service d’un cinéma hors normes

Avant de s’imposer au cinéma, Daria Nicolodi se forme au théâtre et à la télévision italienne. Elle débute sa carrière dans les années 1970, dans des productions plus classiques, avant de rencontrer Dario Argento, avec qui elle entame une relation aussi bien professionnelle que sentimentale. Leur rencontre est un tournant : elle entre dans le cercle très fermé du cinéma de genre italien — un univers visuellement foisonnant mais dominé par des regards masculins.

Très vite, Daria Nicolodi devient la figure féminine centrale de l’univers argentesque, aussi bien devant que derrière la caméra. Elle impose un style de jeu très physique, mais sans excès. Toujours sur le fil, elle parvient à incarner à la fois la victime, la survivante, et la témoin troublée d’un monde qui bascule dans l’étrange.

Profondo Rosso : l’icône du giallo

En 1975, elle crève l’écran dans Profondo Rosso (Les Frissons de l’angoisse), considéré comme l’un des chefs-d'œuvre de Dario Argento et une référence du giallo. Elle y interprète Gianna, une journaliste au tempérament fort et sarcastique, qui accompagne un pianiste dans une enquête sanglante. Contrairement à bien des personnages féminins passifs du genre, Daria Nicolodi donne vie à une femme résolument moderne, ironique et indépendante, dans un univers peuplé de tueurs masqués et de traumatismes enfouis.

Le film, au style visuel extrêmement travaillé (couleurs saturées, angles déformés, bande-son signée Goblin), est un immense succès, et marque le début de sa collaboration emblématique avec Argento, à la fois à l’écran et dans l’ombre du scénario.

Suspiria : la co-créatrice oubliée

En 1977, Daria Nicolodi coécrit le scénario de Suspiria, chef-d'œuvre du fantastique gothique signé Dario Argento. Inspirée des récits que sa propre grand-mère lui racontait sur une école de danse hantée par des sorcières, elle propose à Argento un concept plus féminin, plus symbolique, plus profondément ancré dans une forme de peur liée à l’invisible et au féminin sacré.

Si elle n’apparaît pas dans le film (en raison de tensions autour de la production), elle est pourtant au cœur de l’idée originale, et c’est elle qui initie le projet des "Trois Mères", cette trilogie ésotérique que formeront Suspiria, Inferno, et La Terza Madre. Pourtant, son rôle en tant que co-autrice a longtemps été minimisé, voire ignoré, dans les crédits officiels. Un effacement symptomatique, mais qui a depuis été partiellement réhabilité par les chercheurs et les fans du genre.

Actrice dans l’ombre et dans la lumière

Au fil des années, Daria Nicolodi continue de tourner avec Dario Argento, notamment dans Inferno (1980), Tenebrae (1982), Phenomena (1985) et Opera (1987). Même lorsque son rôle est mineur, sa présence reste marquante. Elle joue souvent des personnages entre deux mondes, ni totalement victimes ni tout à fait responsables, avec une intensité qui donne une profondeur nouvelle à des récits pourtant dominés par l’esthétique visuelle.

Parallèlement, elle apparaît dans d’autres productions italiennes, alternant thrillers, drames familiaux et télévision. Elle ne cherche pas la première place, mais accepte les rôles qui lui permettent d’explorer des figures féminines fracturées, parfois hystériques, mais toujours humaines.

Dans les années 2000, elle revient aux côtés de sa fille Asia Argento, notamment dans La Terza Madre (2007), dernier volet de la trilogie entamée avec Suspiria. Une forme de boucle artistique et familiale, presque incantatoire, où les trois générations de femmes se croisent à l’écran comme dans l’imaginaire collectif.

Une figure féminine complexe dans un cinéma souvent misogyne

Ce qui rend la carrière de Daria Nicolodi particulièrement importante, c’est son positionnement en tension permanente : à la fois muse et autrice, actrice et idéatrice, femme d’un cinéaste célèbre et artiste à part entière. Dans un genre souvent accusé de malmener les corps féminins, elle a réussi à imposer des personnages plus autonomes, plus troubles, moins décoratifs que la moyenne.

Elle a aussi été, d’une certaine manière, une pionnière d’un regard féminin dans l’horreur européenne, longtemps avant que cette notion ne devienne un sujet de recherche ou de réévaluation critique. Son influence, bien que longtemps éclipsée, est aujourd’hui mieux reconnue.

Un héritage artistique et familial profondément enraciné

Daria Nicolodi laisse derrière elle une carrière marquée par la radicalité, la poésie noire, et l’intensité de l’engagement, aussi bien comme actrice que comme scénariste. Sa mort, en 2020, a suscité de nombreux hommages dans le monde du cinéma de genre, où elle reste une figure culte, presque mythologique.

À travers les œuvres qu’elle a aidé à créer, les personnages qu’elle a incarnés, et la transmission qu’elle a assurée (notamment auprès d’Asia Argento, mais aussi d’un public en quête de modèles féminins moins lisses), elle continue d’habiter le cinéma italien comme une voix discrète mais indélébile.

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