Carlo Collodi

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Autre nom Carlo Lorenzini
Âge
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Filmographie 4 films

Biographie

Carlo Collodi est né le 24 novembre 1826 à Florence, en Italie, et mort le 26 octobre 1890 dans la même ville. Écrivain, journaliste et satiriste, Carlo Collodi reste aujourd’hui universellement connu comme le créateur de Pinocchio, ce personnage de bois devenu un symbole littéraire mondial. Pourtant, l’homme derrière le pantin cache une trajectoire bien plus complexe, faite d’engagement politique, de réflexions pédagogiques et d’ironie mordante.

Avant d’être écrivain pour enfants, ou plutôt avant d’être réduit à cela par la postérité, Carlo Collodi est d’abord un homme de son temps, profondément marqué par les bouleversements politiques de l’Italie du XIXe siècle. Il participe activement au mouvement du Risorgimento, ce processus d’unification de l’Italie, à la fois comme soldat volontaire et comme journaliste engagé, maniant volontiers la satire pour critiquer les travers de la société.

Du journalisme à la littérature : un regard ironique sur son époque

Issu d’une famille modeste, son père est cuisinier, sa mère domestique, Carlo Collodi reçoit une éducation religieuse avant d’embrasser des études littéraires et philosophiques. Il commence par travailler dans l’édition et la presse florentine. En 1853, il fonde un journal satirique, Il Lampione, vite censuré par le régime du Grand-Duché de Toscane pour ses critiques politiques. Cette expérience préfigure l’un des traits majeurs de son écriture : une langue vive, ironique, parfois caustique, rarement moraliste au sens convenu.

Il participe aux guerres d’indépendance italiennes, notamment en 1848 et en 1859, et son œuvre s’inscrit clairement dans un projet politique : celui d’une Italie unifiée, laïque, éduquée et consciente de ses contradictions. Il n’écrit pas pour divertir, mais pour réveiller les esprits. Cela vaut aussi pour ses premiers textes destinés à la jeunesse, qui sont loin d’être naïfs ou édulcorés.

Pinocchio : un conte plus sombre qu’il n’y paraît

C’est en 1881 que paraît, dans le journal pour enfants Giornale per i bambini, la première aventure de Le avventure di Pinocchio. Carlo Collodi n’envisage pas au départ d’en faire un roman. Il publie les épisodes au fil de l’eau, dans un esprit proche de la chronique moralisante, mais toujours sur un ton décalé. Le succès est immédiat, au point que le récit est rassemblé en volume dès 1883.

Et contrairement à ce que laissent croire certaines adaptations, le texte original n’est pas une fable gentillette. Le Pinocchio de Collodi est désobéissant, parfois cruel, souvent paresseux, et le monde qui l’entoure est brutal, dangereux, et peuplé de figures inquiétantes. La fée n’est pas toujours bienveillante, le renard et le chat sont de vrais manipulateurs, et Gepetto lui-même, dans les premières pages, est loin d’être un vieil homme attendrissant.

Il faut replacer ce récit dans le contexte italien d’alors : l’éducation des enfants, notamment dans les milieux populaires, était une préoccupation centrale. À travers les épreuves de son pantin, Carlo Collodi propose une allégorie de l’apprentissage, non pas au sens scolaire, mais dans ce qu’il a de rude, d’expérimental. L’enfant n’apprend pas en écoutant les adultes, mais en échouant, en souffrant, en répétant ses erreurs. Ce n’est qu’à ce prix que le pantin de bois devient enfin un "vrai garçon".

La dimension morale du récit n’est donc pas simpliste. Elle repose sur une vision lucide de la condition humaine, entre désir de liberté et poids des conséquences. Et c’est sans doute là que réside la force de l’œuvre : derrière le conte, une lecture adulte est non seulement possible, mais presque inévitable.

Un héritage littéraire largement méconnu… sauf pour Pinocchio

La postérité n’a retenu de Carlo Collodi que son chef-d’œuvre. Pourtant, il a écrit bien d’autres choses : traductions, essais politiques, critiques théâtrales, ouvrages pédagogiques… Son engagement en faveur d’une instruction publique de qualité reste un fil rouge, qu’on retrouve aussi dans sa volonté de s’adresser aux enfants sans les infantiliser.

En Italie, son œuvre est davantage connue dans sa globalité, notamment ses premiers écrits pour adultes et ses textes critiques. Mais à l’échelle mondiale, Carlo Collodi est systématiquement associé à Pinocchio, souvent réduit à une image plus douce que celle de son texte original. Il faut dire que la version de Disney, en 1940, a largement redéfini les contours du personnage, gommant au passage une bonne partie de la rugosité initiale.

Cela dit, ce phénomène n’enlève rien à la puissance de l’imaginaire inventé par Carlo Collodi : un univers où le merveilleux côtoie la cruauté, où le voyage initiatique prend des formes imprévues, et où chaque détour de route est une leçon, mais pas toujours la leçon attendue.

Une figure fondatrice de la littérature jeunesse moderne

Aujourd’hui, Pinocchio reste l’un des livres pour enfants les plus traduits dans le monde. Mais derrière cette diffusion massive, il y a l’empreinte d’un écrivain érudit, militant, lucide, qui ne cherchait pas à séduire, mais à faire réfléchir. La modernité de Carlo Collodi, c’est peut-être justement ça : avoir compris que la littérature jeunesse ne doit pas faire la morale, mais donner aux jeunes lecteurs les outils pour la construire eux-mêmes.

Il n’aura pas vu de son vivant l’ampleur de son succès. Mort à 63 ans, Carlo Collodi laisse une œuvre dense, traversée de contradictions, et un personnage devenu immortel. Et quelque part, on peut voir dans le destin de Pinocchio un écho de celui de son auteur : un être de papier, taillé dans le bois de l’époque, mais animé par une conscience bien vivante.

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