Brian Reitzell
- Sons
Détails
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| Filmographie | 7 films |
Biographie
Brian Reitzell, né le 24 décembre 1965 à Los Angeles, en Californie, est un compositeur, producteur musical, multi-instrumentiste et superviseur musical américain, reconnu pour son travail subtil et immersif sur des films et séries où le son agit comme une présence à part entière.
S’il n’est pas une figure médiatisée de la musique de film comme peuvent l’être Hans Zimmer ou Trent Reznor, Brian Reitzell est pourtant l’un des créateurs sonores les plus singuliers et influents de sa génération, particulièrement apprécié pour son approche à la fois sensorielle, minimaliste et psychédélique.
Avant de devenir un compositeur recherché pour le grand et le petit écran, Brian Reitzell a fait ses armes dans l’univers du rock indépendant et de la musique expérimentale, notamment au sein du groupe Redd Kross, ce qui l’a nourri d’une culture musicale très éloignée des conservatoires classiques. Cette sensibilité alternative transparaît dans l’ensemble de son œuvre.
Une relation artistique durable avec Sofia Coppola
C’est en tant que superviseur musical que Brian Reitzell se fait remarquer, d’abord avec Sofia Coppola, dont il devient l’un des collaborateurs les plus fidèles. Il supervise la bande originale de The Virgin Suicides (1999), premier film de la réalisatrice, en collaboration avec le groupe Air, puis continue avec Lost in Translation (2003), pour lequel il co-compose également la musique avec Kevin Shields (de My Bloody Valentine).
Le résultat est une bande sonore vaporeuse, mélancolique, suspendue dans le temps, qui devient indissociable de l’esthétique du film. Guitares réverbérées, nappes électroniques, silences pesés : Brian Reitzell ne remplit pas l’espace, il le suggère. Lost in Translation reçoit une nomination aux BAFTA pour sa musique, et devient un repère pour toute une génération de sound designers de cinéma.
Il poursuit avec Marie Antoinette (2006), dans lequel il orchestre le contraste volontairement anachronique entre musique baroque et post-punk (The Cure, New Order, Siouxsie and the Banshees…), devenant ainsi le chef d’orchestre d’un dialogue entre image et son fondé sur l’émotion plus que sur la logique historique.
Compositeur de séries à l’univers dense : Hannibal
Si le cinéma l’a révélé, c’est avec la série Hannibal (NBC, 2013–2015), créée par Bryan Fuller, que Brian Reitzell entre véritablement dans une nouvelle dimension en tant que compositeur principal. Sa partition pour la série est dérangeante, atmosphérique, et souvent organique, presque corporelle. Il y mélange instruments classiques, bruitages étranges, sons trafiqués, percussions grinçantes… créant ainsi une musique qui agit comme une extension psychologique des personnages, en particulier de l’univers mental d’Hannibal Lecter.
La bande-son de Hannibal est tout sauf classique : elle est sensationnelle au sens propre du terme, agissant comme une expérience sensorielle complète. Certains morceaux sont si expérimentaux qu’ils se rapprochent de l’art sonore ou de la musique concrète, plutôt que de la musique de film traditionnelle.
Ce travail lui vaut l’admiration de nombreux créateurs de séries et lui ouvre les portes de projets aux partis pris esthétiques forts.
Une approche musicale organique et expérimentale
Contrairement aux compositeurs qui construisent autour de thèmes musicaux mémorables ou de motifs héroïques, Brian Reitzell s’intéresse à la texture, au rythme interne d’un récit, au grain sonore. Il utilise des instruments parfois rares, détourne des objets du quotidien pour en faire des sources sonores, enregistre dans des lieux atypiques pour capter une résonance particulière. Sa musique n’accompagne pas les images, elle en est l’écho émotionnel, l’ombre ou le miroir.
En 2014, il sort un album solo, simplement intitulé Auto Music, où il continue son exploration de la musique instrumentale expérimentale, mêlant ambient, krautrock et électronique minimale. L’album reflète bien sa manière de penser le son : comme une dérive mentale, un paysage mouvant, plus proche du rêve éveillé que de la narration frontale.
Un artisan du son, toujours en marge du système
Brian Reitzell reste un compositeur très sélectif, qui préfère les projets singuliers aux commandes impersonnelles. Il continue à collaborer avec des auteurs à forte identité visuelle, comme Bryan Fuller ou Sofia Coppola, et n’a jamais cherché à entrer dans le système des blockbusters. Il se situe à la frontière entre musique de film, art sonore et expérimentation pop.
Peu de compositeurs parviennent à travailler autant l’ambiance que la musicalité, et c’est là toute la particularité de Brian Reitzell : il ne cherche pas à écrire des "musiques de film", mais à fabriquer des expériences sensorielles qui enveloppent le spectateur.