Bernhard Wicki
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Détails
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| Filmographie | 4 films |
Biographie
Bernhard Wicki est né le 28 octobre 1919 à St. Pölten, en Autriche, et il est décédé le 5 janvier 2000 à Munich, en Allemagne. Réalisateur, acteur et photographe, Bernhard Wicki est une figure marquante du cinéma allemand d’après-guerre, mais aussi un témoin lucide des fractures européennes du XXe siècle. Artiste complet, il a su imposer un cinéma à hauteur d’homme, souvent grave, toujours ancré dans des enjeux éthiques, historiques ou existentiels.
Un parcours marqué par l’Histoire
Bernhard Wicki grandit en Allemagne, où il est arrêté par le régime nazi en 1939 pour « activité communiste », ce qui lui vaut un internement dans un camp de concentration. Une expérience traumatisante qui marquera profondément sa vision du monde, et qui transparaîtra dans son œuvre future, centrée sur les dilemmes moraux, la guerre, la culpabilité collective et la quête de justice.
Formé à la photographie et au théâtre, il débute d’abord comme acteur au cinéma dans les années 1940, avec un jeu souvent introspectif et mesuré, très loin du cabotinage ambiant. Mais c’est derrière la caméra qu’il trouvera vraiment sa voix.
Le Pont (1959) : un film-choc, et une date
En 1959, Bernhard Wicki réalise Die Brücke (Le Pont), son premier long métrage. Le film raconte la défense absurde d’un pont par un groupe d’adolescents enrôlés dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale. Inspiré de faits réels, le récit est d’une sobriété déchirante : pas d’héroïsme, pas de spectaculaire, juste la cruauté silencieuse de l’absurde en temps de guerre.
Le film devient un événement international, salué pour sa puissance narrative et sa mise en scène dépouillée. Il remporte de nombreux prix, dont un Golden Globe, et est nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le Pont reste encore aujourd’hui l’un des films allemands les plus importants du XXe siècle, souvent étudié dans les écoles de cinéma pour son approche réaliste et sa dénonciation sans détour du fanatisme.
Ce film marque aussi le début d’une œuvre cohérente, centrée sur les conséquences humaines de la guerre et des idéologies dévastatrices, un thème que Bernhard Wicki ne cessera d’explorer sous différents angles.
Entre Allemagne, Autriche, Suisse et Hollywood
Au fil des années, Bernhard Wicki alterne entre ses casquettes de réalisateur et d’acteur. Il tourne en Allemagne, en Autriche, mais aussi à Hollywood, où son sérieux et sa précision lui ouvrent les portes de certaines coproductions internationales.
Il apparaît notamment dans Le Jour le plus long (The Longest Day, 1962), grande fresque sur le Débarquement, où il incarne un officier allemand. Il y participe aussi derrière la caméra, en tant que coréalisateur des scènes allemandes, preuve d’un double regard sur l’Histoire, celui du narrateur et celui du témoin.
Il réalise ensuite Morituri (1965), un thriller politique avec Marlon Brando et Yul Brynner, autour d’un sabotage pendant la Seconde Guerre mondiale. Le film, plus hollywoodien dans sa forme, reste fidèle aux thèmes de résistance morale et d’ambiguïté humaine qui lui sont chers.
Dans les années 1980, il revient avec Das Spinnennetz (La Toile d’araignée), adapté d’un roman de Joseph Roth, et dans lequel il dépeint la montée du fascisme dans l’entre-deux-guerres. Là encore, le ton est grave, la réflexion dense, et l’image élégamment maîtrisée.
Un regard humaniste, une œuvre sans esbroufe
Le cinéma de Bernhard Wicki n’est pas fait de gestes spectaculaires ni d’effets appuyés. Il privilégie la lenteur réfléchie, le plan qui dure, la parole pesée, comme s’il cherchait non pas à émouvoir, mais à éveiller la conscience. Il n’est pas moralisateur, mais profondément éthique. Il questionne plutôt qu’il n’accuse. Et c’est ce qui donne à ses films une valeur durable, à la fois artistique et politique.
Son regard n’est jamais nationaliste, toujours tourné vers une mémoire partagée de la douleur. Il parle de l’Allemagne, mais aussi de l’Europe, de l’homme face à la barbarie, de la banalité du mal, pour reprendre l’expression d’Hannah Arendt.
Héritage et reconnaissance tardive
Bernhard Wicki s’éteint en 2000, à Munich. Il laisse derrière lui une œuvre relativement courte, mais profondément marquante. En Allemagne, il est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands cinéastes d’après-guerre, même si son nom reste moins connu à l’international que ses contemporains comme Fassbinder ou Schlöndorff.
En 2001, le Bernhard Wicki Preis – Le Pont est créé en son honneur, récompensant chaque année des films ou des cinéastes œuvrant pour la paix, la tolérance et la compréhension entre les peuples, un symbole parfait pour un homme dont le cinéma n’a jamais cessé de poser cette question essentielle : “Et maintenant, que fait-on avec notre mémoire collective ?”
Avec Bernhard Wicki, le cinéma reste ce qu’il est peut-être fondamentalement : un miroir tendu à notre conscience.
Filmographie
4 sur 4 films