Bernardo Bertolucci

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  • Écriture

Détails

Âge
Nationalité
Filmographie 5 films
Récompenses 7 nominations et 4 victoires

Biographie

Bernardo Bertolucci, né le 16 mars 1941 à Parme, en Italie, et décédé le 26 novembre 2018 à Rome, reste l’un des réalisateurs les plus marquants du cinéma du XXᵉ siècle. Connu pour son sens visuel somptueux, ses récits souvent traversés par la passion et le pouvoir, et sa fascination pour la mémoire individuelle et collective, Bernardo Bertolucci a marqué autant les cinéphiles que les controverses. Entre l’héritage du néoréalisme et les audaces du cinéma moderne, il a su faire du langage cinématographique un espace de poésie et de provocation.

Une enfance littéraire et des débuts sous le signe de la poésie

Fils du poète Attilio Bertolucci, Bernardo Bertolucci grandit dans un milieu profondément artistique. Il se destine d’abord à l’écriture avant de tomber amoureux du cinéma, un art qui lui permettra de conjuguer image et langage poétique. Très jeune, il fréquente les cercles intellectuels de Rome, où il rencontre Pier Paolo Pasolini, dont il devient l’assistant sur Accattone (1961).

Cette collaboration marque un tournant. Inspiré par la liberté de Pasolini mais désireux d’explorer sa propre voix, Bernardo Bertolucci réalise à seulement 22 ans La commare secca (1962), un premier film déjà empreint de réflexion sur la mort, la culpabilité et la vérité. L’élève a trouvé son territoire : celui d’un cinéma où la psychologie, l’histoire et le désir s’entrelacent.

Les années 1970 : entre engagement politique et sensualité

La décennie 1970 propulse Bernardo Bertolucci au rang de cinéaste majeur. Le Conformiste (1970), adaptation d’Alberto Moravia, est souvent cité comme son chef-d’œuvre. À travers l’histoire d’un homme ordinaire happé par le fascisme, il signe une réflexion vertigineuse sur la lâcheté et la compromission. Son style, somptueux et rigoureusement composé, influence durablement le cinéma mondial.

Deux ans plus tard, il provoque un séisme avec Le Dernier Tango à Paris (1972), film sulfureux mettant en scène Marlon Brando et Maria Schneider dans une relation sexuelle anonyme et destructrice. L’œuvre, célèbre pour ses scènes explicites et controversées, bouleverse les codes de la représentation du désir au cinéma. Mais elle reste aussi entachée par les témoignages ultérieurs de Maria Schneider, évoquant une expérience douloureuse et non consentie sur le tournage. Ce film, autant admiré que condamné, illustre le paradoxe Bernardo Bertolucci : un artiste audacieux, mais parfois aveuglé par sa quête de vérité émotionnelle.

Il poursuit cette exploration des relations de pouvoir et de désir avec 1900 (1976), fresque monumentale de plus de cinq heures retraçant l’histoire politique et sociale de l’Italie à travers le destin croisé de deux hommes. Le film, porté par Robert De Niro et Gérard Depardieu, mêle luttes de classes, symbolisme marxiste et lyrisme épique, confirmant la démesure du style Bertolucci.

Le Dernier Empereur et la reconnaissance mondiale

En 1987, Bernardo Bertolucci atteint la consécration internationale avec Le Dernier Empereur, fresque somptueuse retraçant la vie de Puyi, le dernier souverain de Chine. Tourné en partie dans la Cité interdite, le film est un exploit de production autant qu’une méditation sur l’exil, la mémoire et la perte d’identité.

Le succès est phénoménal : Le Dernier Empereur remporte neuf Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. C’est la première fois qu’un cinéaste italien reçoit cette distinction. Avec ce film, Bernardo Bertolucci parvient à fusionner l’intime et le politique, l’Orient et l’Occident, l’histoire collective et la tragédie personnelle.

Entre introspection et contemplation : la maturité

Après ce triomphe, Bernardo Bertolucci continue à explorer les rapports humains à travers des films plus méditatifs. Un thé au Sahara (1990) adapte Paul Bowles et plonge le spectateur dans la dérive existentielle d’un couple en Afrique du Nord. Little Buddha (1993) s’essaie à une réflexion spirituelle sur la réincarnation, tandis que Stealing Beauty (1996) revient à un ton plus sensuel et lumineux, porté par Liv Tyler.

Dans ses dernières œuvres, comme Les Innocents (2003) ou Moi et toi (2012), Bernardo Bertolucci réduit l’échelle de son récit pour se concentrer sur des histoires plus intimes, sans jamais renoncer à son regard poétique sur la jeunesse et la liberté.

Un cinéaste de la contradiction

Paradoxal, parfois provocateur, Bernardo Bertolucci a toujours cherché à confronter la beauté à la brutalité, le politique au personnel, le sacré au charnel. Son cinéma est profondément européen dans sa complexité et universel dans ses émotions. Il mêle une mise en scène somptueuse, souvent baroque, à un questionnement constant sur la conscience, la culpabilité et le désir.

Mais il a aussi traîné derrière lui une ombre : celle du Dernier Tango à Paris, dont la polémique a redéfini la lecture de son œuvre à la lumière de nouvelles sensibilités. Même ses admirateurs les plus fervents reconnaissent aujourd’hui cette part douloureuse de son héritage.

L’héritage d’un esthète du regard

Jusqu’à la fin de sa vie, Bernardo Bertolucci est resté une figure de référence, admirée par des cinéastes comme Martin Scorsese, Luca Guadagnino ou Wong Kar-wai. Son cinéma continue d’inspirer par sa capacité à unir le grand spectacle et la réflexion intime, la sensualité et la philosophie.

Il laisse derrière lui une œuvre profondément cohérente, traversée par la beauté visuelle, l’audace intellectuelle et une recherche incessante de vérité émotionnelle. Bernardo Bertolucci n’a jamais cessé d’explorer ce que c’est qu’être libre, aimer, se souvenir, et parfois se perdre. Un poète de l’image, dont la caméra a su transformer le tumulte du monde en pure émotion visuelle.

Filmographie

5 sur 5 films

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