Apichatpong Weerasethakul
- Réalisation
- Production
- Écriture
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 4 films |
| Récompenses | 4 nominations et 4 victoires |
Biographie
Apichatpong Weerasethakul est né le 16 juillet 1970 à Bangkok. Issu d’un milieu médical, ses deux parents étaient médecins, il grandit dans la ville de Khon Kaen, au nord-est du pays, une région qui deviendra une source d'inspiration majeure pour son œuvre. Diplômé en architecture à Bangkok, il bifurque vers le cinéma et part étudier aux États-Unis, à la School of the Art Institute of Chicago, où il obtient un master en film en 1997. C’est là que naît son langage visuel si singulier, loin des structures narratives classiques.
Un parcours artistique ancré dans l’expérimentation et la contemplation
Dès ses premiers courts-métrages, Apichatpong Weerasethakul se démarque par une approche sensorielle du cinéma. Il joue avec les codes, brouille les frontières entre rêve et réalité, entre passé et présent, et propose des récits souvent fragmentés, à la temporalité flottante. Ce qui pourrait passer pour du flou est en réalité une construction méticuleuse, dans laquelle chaque plan est pensé comme une expérience immersive.
Le film Blissfully Yours (2002) l'impose sur la scène internationale grâce à un prix Un Certain Regard à Cannes. Il poursuit avec Tropical Malady (2004), un film en deux parties qui divise mais fascine, jusqu’à son chef-d'œuvre Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures), qui remporte la Palme d’or en 2010. Ce dernier titre, à la fois poétique, spirituel et doucement déroutant, illustre bien son approche du cinéma comme un espace de résonance entre la mémoire, les croyances animistes et l’inconscient collectif.
Une œuvre empreinte de spiritualité, de politique et de paysages intérieurs
Apichatpong Weerasethakul filme la nature comme un personnage à part entière, souvent silencieux, parfois inquiétant. Forêts épaisses, sons étouffés, temps suspendu : son esthétique s’inscrit dans une démarche où l’attente et l’écoute deviennent des actes actifs. Mais derrière cette apparente douceur se cache une critique sociale et politique forte, notamment envers la censure, les inégalités rurales ou encore la répression militaire en Thaïlande.
Il n’est pas rare que ses films, bien que peu bavards, soient interdits ou censurés dans son pays natal. Cela ne l’a jamais empêché de continuer à créer, y compris en marge des circuits commerciaux. Il est aussi très actif dans l’installation vidéo et les formes artistiques hybrides, prolongeant ses recherches sur l’image et la mémoire au-delà du cadre du cinéma.
Une reconnaissance internationale, mais une démarche profondément indépendante
Considéré aujourd’hui comme l’un des cinéastes les plus importants du cinéma d’auteur contemporain, Apichatpong Weerasethakul reste pourtant à l’écart des modes et des industries. Il tourne lentement, choisit ses projets avec soin, et travaille souvent avec des acteurs non professionnels. Son cinéma ne cherche pas à plaire mais à évoquer, à réveiller des sensations enfouies, parfois à la lisière du sommeil, littéralement, puisque certains de ses films frôlent la transe contemplative.
En 2021, il signe Memoria, son premier long métrage tourné hors de Thaïlande, avec Tilda Swinton dans le rôle principal. Fidèle à sa démarche, il y explore les sons, les souvenirs et les résonances invisibles, cette fois dans les paysages luxuriants de Colombie. Le film a été salué par la critique, confirmant que l’univers d’Apichatpong Weerasethakul transcende les frontières géographiques autant qu’il défie les catégories traditionnelles du cinéma.
Une œuvre rare et précieuse, taillée pour les spectateurs curieux
Il faut accepter de se laisser désorienter pour entrer dans le monde d’Apichatpong Weerasethakul. Ses films ne délivrent pas de message clair, ils murmurent des sensations. Ce n’est pas un cinéma de réponses, mais de présences. Et c’est justement ce qui en fait toute la richesse. Entre rêve éveillé, rituel hypnotique et exploration intérieure, son travail invite à voir autrement, ou, du moins, à voir lentement.
Avec le temps, Apichatpong Weerasethakul est devenu un repère pour les amateurs de cinéma contemplatif, mais aussi une figure essentielle pour qui s'intéresse aux dialogues entre culture, politique, spiritualité et langage cinématographique. Si ses films ne font pas l’unanimité, c’est peut-être parce qu’ils ne cherchent jamais à séduire, mais à hanter. Doucement.
Filmographie
4 sur 4 films