Anémone

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Détails

Autre nom Anne Bourguignon
Âge
Nationalité
Filmographie 4 films

Biographie

Anémone, de son vrai nom Anne Bourguignon, est une actrice et scénariste française née le 9 août 1950 à Paris, et décédée le 30 avril 2019 à l’âge de 68 ans.

Figure marquante du cinéma français des années 1980 et 1990, Anémone a su imposer un style à part, mêlant révolte, poésie et ironie mordante. Longtemps associée à la troupe du Splendid, elle a ensuite tracé une voie plus personnelle, parfois plus sombre, toujours habitée d’un inconfort salutaire face à la norme et à l’hypocrisie sociale.

Artiste engagée, femme de caractère, actrice instinctive : Anémone n’a jamais joué le jeu de la séduction. Ce qu’elle a cherché à faire, c’est incarner la vérité des émotions, dans toute leur beauté mais aussi leur inconfort. Et cela, le public l’a ressenti.

Une naissance artistique dans le cinéma contestataire des années 70

C’est en 1968, année hautement symbolique, qu’Anémone fait ses débuts au cinéma, dans le film Anémone de Philippe Garrel. Elle en adopte le titre comme nom de scène, clin d’œil à cette première expérience cinématographique mais aussi à son désir de réinvention. Le ton est donné : ce sera une trajectoire hors des sentiers battus, à l’image du cinéma post-68, libre, désordonné, politique.

Dans les années 70, elle fréquente les milieux alternatifs, le théâtre expérimental, la scène militante. Elle croise les routes d’artistes comme Romain Bouteille ou Coluche, participe à des projets collectifs, et ne cherche pas encore à devenir une figure populaire. Elle est ailleurs. Ou plutôt : elle est là où on pense rarement à regarder.

La période Splendid : succès fulgurant, mais malentendu tenace

Le grand public découvre Anémone au début des années 80 grâce à son rôle dans Le Père Noël est une ordure (1982), film culte adapté de la pièce du Splendid, dans lequel elle incarne Thérèse, bénévole naïve et désabusée de SOS Détresse-Amitié. Son duo avec Thierry Lhermitte, son regard ahuri et son humour pince-sans-rire font mouche. Le personnage devient mythique, les répliques entrent dans le langage courant. C’est un raz-de-marée culturel.

Mais si ce film la propulse, Anémone reste à distance du Splendid. Elle n’en fait pas vraiment partie, et ne se retrouve pas entièrement dans l’esprit potache et commercial que le succès du groupe finit par incarner. Elle le dira plus tard : cette époque fut pour elle ambiguë, joyeuse sur le moment, mais pas représentative de son parcours ou de ses envies artistiques profondes.

L’après-Splendid : des rôles plus profonds, une comédienne révélée

Dès la seconde moitié des années 80, Anémone s’oriente vers des projets plus dramatiques, souvent portés par des personnages de femmes un peu cassées, déboussolées, en rupture avec leur époque. Elle impressionne dans Le Grand Chemin (1987), où elle incarne une femme rustre et blessée, confrontée à l’arrivée d’un enfant dans sa vie figée. Pour ce rôle, elle reçoit le César de la meilleure actrice en 1988. Sa performance, tout en tension et en pudeur, révèle ce qu’elle sait faire de mieux : incarner les failles, les blessures muettes, les révoltes sourdes.

Elle retrouve ensuite des rôles marquants dans La Belle Verte, Le Petit Prince a dit, Le Mari de la coiffeuse ou encore Le Monde de Marty, alternant les genres mais toujours avec cette intensité intérieure qui refuse le superflu.

Même dans les comédies, elle insuffle une gravité inattendue. Et même dans les drames, elle conserve ce sens de l’absurde, cette manière bien à elle de glisser une réplique qui désarme tout.

Une actrice en marge, et fière de l’être

Anémone n’a jamais été une actrice docile. Elle a souvent refusé des rôles qu’elle jugeait creux ou trop commerciaux. Elle a tenu tête à des productions, quitté des projets, claqué des portes. On l’a parfois jugée “difficile” ou “incontrôlable” — des qualificatifs souvent utilisés, il faut bien le dire, quand une femme affirme simplement ses limites.

Elle était aussi politiquement engagée, écologiste convaincue, proche de mouvements alternatifs. Elle s’est présentée sur une liste écologiste aux élections européennes dans les années 2000, avant de se retirer du monde public. Elle disait ne plus reconnaître ce monde, et souhaitait s’en éloigner. Elle ne faisait plus vraiment partie du système — et cela semblait lui convenir.

Une disparition discrète, à l’image de sa dernière décennie

Anémone s’est éteinte en 2019 des suites d’une longue maladie, après s’être progressivement éloignée du cinéma et de la vie publique. Sa mort a déclenché un flot d’hommages sincères, souvent marqués par la reconnaissance de son intégrité artistique, de son courage, et de sa singularité. Beaucoup ont salué une comédienne à contre-courant, une femme libre, un “clown triste” du cinéma français.

Elle laisse derrière elle une filmographie riche, mais surtout une présence inoubliable. Une voix légèrement traînante, un regard qui ne triche pas, un humour sec, un refus de se plier aux attentes. Elle faisait rire autrement, jouait autrement, pensait autrement.

Et c’est sans doute pour cela qu’on s’en souvient, encore aujourd’hui, comme d’une actrice qui ne jouait pas : elle était.

Filmographie

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