André Wilms
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Détails
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| Filmographie | 5 films |
Biographie
André Wilms est né le 29 avril 1947 à Strasbourg, en France, et est décédé le 9 février 2022 à Paris. Acteur de théâtre, de cinéma et de télévision, André Wilms a incarné une forme rare d’élégance sobre, de présence discrète mais magnétique. S’il n’a jamais cherché à être une star, il a marqué durablement le cinéma d’auteur européen, notamment à travers sa longue et féconde collaboration avec le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki. Son visage fin, sa voix douce et son ironie tranquille ont fait de lui un acteur à part, familier sans jamais être banal.
Une formation classique, un esprit libre
Formé au conservatoire de Strasbourg, André Wilms débute sa carrière sur les planches dans les années 1970. Il joue aussi bien Molière que Tchekhov, Marivaux que Brecht, avec une aisance rare et un style très personnel. Jamais démonstratif, toujours fin, il s’impose peu à peu comme un homme de théâtre respecté, aussi à l’aise dans le répertoire classique que dans la création contemporaine.
Il collabore avec de nombreux metteurs en scène, dont Patrice Chéreau, Claude Régy, ou encore Roger Planchon, et devient un acteur incontournable du théâtre public français. Il pratique un jeu tout en intériorité, teinté d’humour, parfois mélancolique, toujours nuancé. C’est cette capacité à ne jamais surjouer — à laisser le texte respirer, qui le rend si particulier.
La rencontre déterminante avec Aki Kaurismäki
Si André Wilms est resté longtemps discret en France, c’est en Finlande qu’il devient une figure presque mythique. Sa collaboration avec Aki Kaurismäki commence dans les années 1990 avec La Vie de bohème (1992), où il incarne Marcel Marx, écrivain fauché mais digne, au cœur d’un Paris intemporel et poétique. Le film, librement adapté de Henri Murger, lui offre un rôle à sa mesure : un personnage entre désillusion tendre et fierté silencieuse.
Le rôle sera repris presque 20 ans plus tard dans Le Havre (2011), sans doute le film le plus accessible de Kaurismäki, où André Wilms donne la réplique à Kati Outinen et Jean-Pierre Darroussin. Là encore, il campe un homme modeste, résistant à sa manière, qui prend sous son aile un jeune migrant africain. Dans ce conte social épuré, il incarne une solidarité simple, pudique, mais profondément humaine.
La justesse de son jeu est saluée dans le monde entier. Il reçoit le Prix Louis-Delluc avec l’équipe du film, et renforce cette image d’acteur européen, capable de passer d’une langue à l’autre, d’une culture à l’autre, sans jamais forcer son style.
Une présence fine dans le cinéma français
En parallèle de ses apparitions chez Kaurismäki, André Wilms tourne régulièrement dans le cinéma français, souvent dans des rôles secondaires — mais jamais anecdotiques. Il est l’un de ces comédiens qui font exister un personnage en trois répliques, sans effet. On le retrouve dans Europa Europa de Agnieszka Holland, On connaît la chanson d’Alain Resnais, La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli, ou encore dans des œuvres plus confidentielles, où il prête souvent sa voix à des personnages énigmatiques, cultivés, voire légèrement décalés.
Il incarne fréquemment des hommes seuls, intellectuels ou marginaux, lucides mais pas amers. Des personnages comme lui : en retrait, mais jamais invisibles.
Un acteur de la parole, mais pas du bavardage
Ce qui caractérise André Wilms, c’est aussi son rapport très particulier au texte. Il choisissait ses rôles autant pour la langue que pour l’histoire. Sur scène comme à l’écran, il parlait toujours avec une sorte de lenteur assumée, comme s’il cherchait la note juste, celle qui dirait tout sans avoir à l’expliquer. Son jeu ne cherchait pas l’émotion — il la laissait apparaître, si elle voulait.
Loin du cabotinage, il privilégiait la musique des mots, les silences qui parlent, et cette forme d’humour léger qui n’insiste jamais. Il avait aussi ce recul un peu ironique sur lui-même, cette conscience tranquille d’être là, acteur parmi d'autres, sans besoin de surplomber.
Une carrière discrète, mais un héritage durable
André Wilms ne cherchait pas à "faire carrière". Il allait là où le projet avait du sens, là où le texte vibrait, là où la mise en scène lui offrait une place juste. Il a tourné avec des cinéastes de plusieurs générations, mais sans jamais courir après les modes. Il a accompagné le théâtre français contemporain tout en prêtant sa voix et son visage à l’un des plus beaux chapitres du cinéma nordique.
Et s’il est resté un acteur relativement discret dans les grands médias, il laisse derrière lui une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui l’ont vu jouer. Ceux qui ont entendu sa voix, posé leur regard sur sa silhouette, perçu sa manière unique d’habiter l’espace, sans bruit, mais avec une profonde délicatesse.
André Wilms, c’était le contre-champ des grandes performances : l’incarnation de la mesure, du tact, et d’une certaine idée de l’élégance dans le jeu. Un comédien rare, au sens noble du terme.