Amidou
- Casting
Détails
| Autre nom | Hamidou Benmassoud |
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Nationalités |
| Filmographie | 3 films |
Biographie
Amidou est né le 2 août 1935 à Rabat, au Maroc, et décédé le 12 septembre 2013 à Paris, à l’âge de 78 ans. Acteur français d’origine marocaine, Amidou fait partie de ces figures pionnières qui, sans tambour ni trompette, ont ouvert la voie à plusieurs générations d’acteurs issus de l’immigration maghrébine dans le paysage cinématographique français.
Longtemps cantonné aux seconds rôles — policiers, ouvriers, soldats, chauffeurs, espions — Amidou a pourtant su marquer le cinéma hexagonal par sa sensibilité, son intensité tranquille et une forme de dignité mélancolique qu’il apportait même aux personnages les plus modestes. Il a aussi su s’aventurer à l’international, aux États-Unis notamment, sans jamais perdre de vue ses origines ni son attachement au monde arabe.
Un parcours commencé aux côtés de Jean-Louis Barrault
Amidou est le premier acteur marocain diplômé du Conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris, dans les années 1950. Ce seul fait suffit à mesurer la dimension pionnière de son parcours, à une époque où la représentation des acteurs nord-africains dans le cinéma français était quasi inexistante — ou, au mieux, cantonnée à des rôles caricaturaux.
Très vite, il attire l’attention de Jean-Louis Barrault, figure tutélaire du théâtre français, qui le prend sous son aile. Il participe alors à plusieurs productions théâtrales majeures, acquérant une formation classique solide, mais sans renier ses racines. C’est ce double ancrage — culture française et identité maghrébine — qui définira toute sa carrière.
La rencontre décisive avec Claude Lelouch
La trajectoire de Amidou bascule véritablement grâce à sa rencontre avec Claude Lelouch, qui en fait l’un de ses acteurs fétiches. Il joue dans Le Propre de l’homme, puis surtout dans Un homme et une femme (1966), Palme d’or à Cannes, où son rôle de mécanicien discret marque les esprits malgré un temps d’écran réduit.
Par la suite, Amidou tournera dans plusieurs films de Lelouch, devenant l’un de ses compagnons de route artistiques, au même titre que Jean-Louis Trintignant ou Anouk Aimée. Ce lien de fidélité artistique lui permet d’accéder à des rôles plus étoffés, et à une reconnaissance critique plus nette.
Loin des stéréotypes de l’époque, Amidou incarne dans ces films des personnages nuancés, loin de l’exotisme de façade. Son jeu, tout en pudeur, fait souvent mouche : il n’impose pas, il suggère. Et c’est cette retenue qui le rend si efficace.
Une parenthèse américaine avec William Friedkin
Dans les années 1970, Amidou attire l’attention du réalisateur américain William Friedkin, qui l’intègre au casting du film Sorcerer (1977), remake de Le Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot. Il y incarne Kassem, l’un des quatre hommes chargés de transporter des explosifs à travers une jungle sud-américaine. Un rôle physique, intense, dans un film éprouvant, devenu culte avec le temps.
Cette incursion hollywoodienne, bien que brève, révèle que Amidou avait le potentiel d’une carrière internationale plus étendue. Mais, fidèle à son style de vie modeste et à sa discrétion, il ne cherche pas à s’y installer durablement. Il préfère retourner à ses racines, au théâtre, et au cinéma français, où il continue à multiplier les apparitions.
Le cinéma comme reflet d’une double identité
Dans de nombreux films, Amidou incarne des personnages aux identités doubles, tiraillés entre deux cultures, deux pays, deux mondes. Que ce soit dans des drames sociaux ou des polars, il incarne souvent des figures silencieuses, parfois marginales, mais toujours profondément humaines.
Il apparaît dans Les Uns et les Autres, Il y a des jours... et des lunes, Hasards ou coïncidences, toujours sous la direction de Lelouch, mais aussi dans des films de réalisateurs aux univers très différents. On le retrouve dans La Crise de Coline Serreau, La Vérité si je mens ! de Thomas Gilou, ou encore Live and Become de Radu Mihaileanu, où il livre des prestations toujours marquées par une sincérité désarmante.
Son apparence sobre, sa voix grave, et sa manière de faire exister un personnage en quelques regards le rendent immédiatement crédible. Il n’a jamais cherché à dominer la scène, mais il savait la hanter.
Un pionnier resté dans l’ombre
Malgré une carrière longue de plus de cinquante ans, Amidou n’a jamais été mis en avant comme figure emblématique du cinéma français. Il est resté un acteur de l’ombre, respecté de ses pairs, apprécié du public, mais rarement célébré comme il l’aurait mérité.
Et pourtant, il a ouvert des portes à toute une génération d’acteurs issus de l’immigration maghrébine, dans un paysage audiovisuel longtemps frileux à représenter la diversité. Sans jamais militer de façon frontale, il a imposé par son simple talent l’idée qu’un acteur marocain pouvait jouer tous les rôles — pas seulement ceux qu’on lui assignait.
En 1995, il est décoré de la Légion d’honneur, reconnaissance tardive mais symboliquement forte d’un parcours qui a su faire le lien entre deux rives de la Méditerranée.
Amidou, une présence silencieuse devenue essentielle
Amidou, c’est l’illustration parfaite du second rôle essentiel : celui qui, sans occuper le centre, structure l’histoire. Celui qui donne chair à un monde, crédibilité à un décor, émotion à une scène. Il n’a pas cherché la lumière, mais elle l’a trouvé malgré lui.
Son regard mélancolique, sa diction calme, sa manière de jouer l’intériorité en silence font de lui un acteur profondément touchant. Il incarne une époque du cinéma français, mais aussi une forme de passage, entre le monde ouvrier et la culture, entre le théâtre classique et les banlieues modernes, entre le Maghreb et l’Europe.
Il laisse derrière lui un héritage discret, mais essentiel. Et une certitude : même sans bruit, certaines présences ne s’effacent jamais.