Alfredo Castro
- Casting
Détails
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Nationalité |
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| Filmographie | 3 films |
| Récompense | 1 nomination et 0 victoire |
Biographie
Alfredo Castro, né le 19 décembre 1955 à Santiago, au Chili, est l’un des acteurs les plus marquants et respectés du cinéma chilien. Révélé au théâtre, puis reconnu dans de nombreux films d’auteur qui ont marqué les festivals internationaux, Alfredo Castro est devenu un visage incontournable d’un cinéma exigeant, engagé, souvent politique, porté par une intensité de jeu rare. Collaborateur fidèle de plusieurs réalisateurs majeurs, il incarne cette génération d’acteurs capables d’alterner entre la scène et l’écran sans jamais perdre en justesse.
Une formation solide et une passion née sur les planches
Formé à l’Universidad de Chile, puis à la London Academy of Music and Dramatic Art (LAMDA), Alfredo Castro débute comme comédien et metteur en scène au théâtre. Il y acquiert un goût prononcé pour le texte, la composition de personnages complexes, et une certaine rigueur dans l’interprétation. Très actif dans la scène théâtrale chilienne, il participe à la fondation de la compagnie Teatro La Memoria, devenue au fil des années un véritable vivier de création et de réflexion artistique dans un pays encore marqué par les cicatrices de la dictature.
C’est d’ailleurs dans cette continuité que son passage au cinéma prend tout son sens. Chez Alfredo Castro, le théâtre n’est pas un tremplin vers l’écran, mais une école permanente de construction du personnage, une discipline de l’intériorité et de la parole, que l’on retrouve intacte dans son travail filmique.
La collaboration avec Pablo Larraín : un tournant décisif
La carrière cinématographique d’Alfredo Castro prend une dimension internationale avec sa rencontre avec Pablo Larraín, l’un des cinéastes chiliens les plus influents des années 2000. Il joue dans plusieurs de ses films majeurs, où il tient à chaque fois un rôle central. Dans Tony Manero (2008), il incarne un homme obsédé par John Travolta, dans le contexte trouble du Chili de Pinochet. Le film révèle Alfredo Castro au monde du cinéma d’auteur, et son interprétation glaçante, fascinante, attire immédiatement l’attention.
Suivront Post Mortem (2010) et No (2012), où il continue d’explorer des figures hantées par l’histoire, prises dans des logiques de pouvoir, de culpabilité, ou de déni. Il ne joue jamais les héros, au contraire, Alfredo Castro s’intéresse aux marges, aux ambigus, à ceux que l’Histoire a tordus ou laissés sur le bord.
Sa collaboration avec Larraín se double d’un véritable dialogue artistique : l’un écrit parfois pour l’autre, l’autre propose des rôles, ajuste les dialogues, s’investit dans la construction narrative. Il s’agit d’un tandem rare, où la vision du réalisateur s’imbrique profondément avec l’engagement de l’acteur.
Une filmographie engagée, sensible et sans concessions
Au-delà de son travail avec Larraín, Alfredo Castro multiplie les projets exigeants, souvent dans des contextes sociaux ou politiques forts. On le retrouve dans El Club (2015), film dérangeant sur des prêtres exilés pour leurs crimes, réalisé par Larraín, mais aussi dans Los Perros (2017) de Marcela Said, où il campe un ancien militaire soupçonné de crimes pendant la dictature. Ces rôles demandent une sobriété extrême, une capacité à transmettre la violence contenue sans jamais tomber dans l’effet.
En 2019, il est bouleversant dans Blanco en blanco de Théo Court, présenté à la Mostra de Venise, où il incarne un photographe témoin, et complice, du colonialisme en Terre de Feu. Encore une fois, Alfredo Castro donne corps à des personnages confrontés à la violence historique, tout en évitant les schémas binaires.
Plus récemment, il a également tourné avec des cinéastes internationaux, consolidant sa place comme acteur incontournable du cinéma latino-américain, et non plus seulement chilien.
Un acteur du silence, du trouble et de l’obsession
Ce qui frappe dans le jeu d’Alfredo Castro, c’est cette capacité à faire exister un personnage sans dire grand-chose. Il excelle dans les rôles d’hommes solitaires, en rupture, rongés par une obsession ou un passé qu’ils tentent de masquer. Son regard, sa posture, ses silences sont souvent plus éloquents que des pages de dialogue. Il incarne le trouble, l’ambiguïté morale, sans chercher à séduire ou à attendrir le spectateur.
Il n’est pas rare qu’on compare son jeu à celui de certains grands comédiens européens : Bruno Ganz, Michel Piccoli, ou Daniel Auteuil dans ses rôles les plus sombres. À l’image de ces derniers, Alfredo Castro ne compose pas des personnages sympathiques, mais des êtres humains profondément marqués par l’histoire et leurs choix.
Une figure intellectuelle du cinéma chilien
Au-delà de ses rôles, Alfredo Castro est aussi un passeur de culture, une figure respectée dans le monde artistique chilien. Il continue à s’impliquer dans le théâtre, à enseigner, à soutenir de jeunes auteurs. Il n’a jamais cherché la célébrité au sens médiatique du terme, mais a su imposer son nom comme synonyme de cinéma exigeant, à la fois profondément personnel et intimement lié à la mémoire collective de son pays.